Modification de la constitution du 20 janvier 2002: coup d’Etat ou nécessité?

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Dans un premier article paru au mois de mai dernier, nous avions relevé les défauts majeurs de la Constitution du 20 janvier 2002, notamment les prérogatives démesurées et sans contrôle du pouvoir exécutif, le rôle insignifiant de l’assemblée nationale, la servilité du pouvoir judiciaire et de l’audiovisuel public. Bref, l’existence d’un régime dit démocratique, mais sans contre-pouvoirs réels. Tout cela ne constitue pas une garantie, pour rendre possible une alternative politique, nécessaire à la vitalité d’une démocratie moderne. (1)


Face à l’éventualité de la modification de la Constitution du 20 janvier 2002, ce qui n’est plus une énigme, aux yeux de la majorité du peuple congolais, deux interrogations pertinentes se posent:
- pourquoi le débat sur la modification de la Constitution est-il lancé au moment où le terme du dernier mandat du président Denis Sassou-Nguesso pointe à l’horizon?
- ce débat aurait-il eu lieu, si le nombre de mandats était illimité et l’âge de la candidature non plafonné?
La réponse à ces interrogations nous permet d’observer, aisément, que la Constitution du 20 janvier 2002 avait été élaborée, essentiellement, pour concentrer les pouvoirs entre les mains d’un seul homme et de rendre incontrôlables ces pouvoirs. Or, à présent, le piège dont les anciens législateurs n’avaient, semble-t-il, pas cerné les effets, paraît se refermer sur le pouvoir, lui-même. Moralité: «Trop de pouvoir tue le pouvoir». Ce que nous pouvons avancer, c’est qu’après deux mandats de sept ans, additionné à 18 ans d’exercice du pouvoir (de 1979 à 1992 et de 1997 à 2002), le président Denis Sassou-Nguesso, qui totalisera, en 2016, 32 ans de pouvoir au sommet de l’Etat, ne peut plus briguer un autre mandat présidentiel. Cela, pour l’honneur du Congo et la dignité de l’Afrique.
Considéré comme le fossoyeur de la démocratie au Congo, par son retour au pouvoir en 1997, à l’issue d’une guerre civile fratricide, le président Denis Sassou-Nguesso va disposer, en 2016, d’une opportunité historique que tous ses prédécesseurs, depuis la chute du président Fulbert Youlou en 1963, n’ont pas eue, qui est celle de devenir le premier président de la République au Congo, à accéder au pouvoir selon les règles constitutionnelles en 2002 et en 2009, et d’en sortir selon le même mécanisme constitutionnel.
En prenant la décision noble de ne pas se représenter en 2016, il va accomplir un acte d’une importance capitale, qui va marquer l’histoire politique du Congo-Brazzaville et celle de l’Afrique. Or, dans son entourage, certains partisans, aveuglés par l’ivresse de la manne pétrolière, veulent lui ôter ce privilège historique, qui pourra faire de lui, dans l’avenir, un recours possible.
Autrement dit, combien de temps, le peuple congolais, détenteur de la souveraineté, devrait-il attendre, pour assister, enfin, à l’investiture, puis à la sortie du pouvoir, d’un chef d’Etat, selon les règles définies par la Constitution? Le Congo-Brazzaville restera-t-il toujours l’un des derniers pays au monde à ne pas appliquer les règles constitutionnelles?
Si, en 2016, le président Denis Sassou-Nguesso ne respecte pas les règles constitutionnelles qu’il a établies et décide de briguer un mandat supplémentaire, il portera, sur sa conscience, les conséquences inimaginables que cela aura sur le destin politique, économique et social de son pays. Plus jamais, le peuple congolais ne pourra accorder sa confiance à un personnel politique qui aura démontré, aux yeux du monde, son allergie et son mépris pour le respect des lois et des institutions. Son maintien au pouvoir pourrait être qualifié de «coup d’Etat».
Quel message le président Denis Sassou-Nguesso veut-il adresser au peuple congolais et au monde, sachant qu’en arrivant au pouvoir, il a changé de constitution et pour ne pas quitter le pouvoir, comme le prévoit cette constitution, il veut, à nouveau, changer de constitution? La démocratie, c’est ni plus ni moins, l’application et le respect des lois, pour l’unité, la sécurité, la paix et le progrès économique et social d’un pays.
A. NGOLONGOLO
Journaliste diplômé de l’INA (Paris)
Auteur-Ecrivain.

Notes
1-Voir «Le Métropolis» n°15 avril-mai 2013. Pages 40-41.