Le 15 août et le père de l’indépendance: l’abbé Fulbert Youlou

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Date très importante de notre pays, le 15 août 1960 marque l’accession du Congo-Brazzaville à la souveraineté nationale. Seulement, depuis lors, les célébrations du 15 août se suivent et se ressemblent, sans qu’aucune référence ne soit faite dans les manifestations officielles, au père de l’indépendance, l’abbé Fulbert Youlou.

On fait comme s’il n’avait jamais existé, alors que, sous d’autres cieux, la fête nationale, c’est l’occasion de passer en revue l’histoire entière du pays, de recoller les morceaux, de consolider l’unité nationale, de sorte que chaque citoyen, jeune ou vieux, s’approprie l’histoire de son pays, sans en tronquer un seul pan.
Malheureusement et tristement, chez nous, l’histoire du pays semble être torpillée, ce qui est un danger énorme pour la mémoire des générations à venir et même des générations intermédiaires qui sont sans repères historiques et donc sans connaissances véritables de leur pays.
A l’heure où le président de la République, Denis Sassou Nguesso, permet aux Congolais de vivre la fête de l’indépendance dans les départements, grâce à la politique de municipalisation accélérée qui est, on ne le dira jamais assez, sans doute, le choix le plus prolifique des investissements réalisés par le président de la République. Pour que la fête soit totale et trouve l’adhésion de tous les Congolais, il faudra expliquer aux nouvelles générations d’où nous sommes partis et rappeler aux anciennes générations et aux générations intermédiaires, notre histoire, sans la galvauder. Il faudra dérouler l’histoire avec son actif et son passif, l’assumer, car c’est notre histoire!

Et pour emprunter la célèbre citation de mon aîné Alain Foka de Radio France Internationale: «Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire, est un monde sans âme».
L’abbé Fulbert Youlou, le père de notre indépendance, est né le 9 juin 1917, à Madibou, l’actuel arrondissement 8 de Brazzaville. C’est lui qui choisit expressément, pour la proclamation de notre indépendance, la date du 15 août, en tant que prête catholique, voulant la faire coïncider avec la date de l’Assomption, fête très importante chez les Catholiques, qui est célébrée le 15 août, et qui correspond à la croyance selon laquelle la Vierge Marie, Mère de Jésus, au terme de sa vie terrestre, est entrée directement dans la gloire du ciel, âme et corps, sans connaître la mort et la corruption physique qui s’ensuit.
Alors que d’autres colonies autour de nous, choisirent en 1960, le 1er janvier pour le Cameroun, le 27 avril pour le Togo, le 26 juin pour Madagascar, le 30 juin pour la RDC, le 1er juillet pour la Somalie, le 1er août pour le Benin, le 3 août pour le Niger, le 5 août pour le Burkina Faso, le 7 août pour la Côte d’Ivoire, le 11 août pour le Tchad, le 13 août pour la Centrafrique, le 17 août pour le Gabon, le 20 août pour le Sénégal, le 22 septembre pour le Mali. Pour son pays, le Congo-Brazzaville, l’abbé Youlou, lui, choisit le 15 août, jour de l’Assomption, comme je l’ai évoqué supra.
Le 15 août est, donc, une date intimement liée à cet homme exceptionnel qui fut le premier Congolais aux plus hautes fonctions nationales: premier maire congolais de la ville capitale, Brazzaville, premier premier-ministre du gouvernement de la République, sous un président français de l’époque coloniale, René Coty, et premier président de la République du Congo.
Nous ne pouvons pas passer pieds joints ce pan de l’histoire, sans doute, le plus important de notre histoire commune, sans en répondre, un jour, alors que notre élite ne manque pas d’arguments à ce sujet. Intellectuels, historiens et politiques devront se ressaisir et faire valoir ce qui est notre patrimoine historique sur lequel les générations futures prendront appui, pour la perpétuer, car il y a bien des pages nouvelles à écrire qui n’attendent d’ailleurs que cela.
Tous les grands pays du monde ont toujours su conserver et transmettre leur histoire aux générations futures. Ce qui est, d’ailleurs, le point focal pour la consolidation de la nation. La France d’aujourd’hui n’a pas effacé son histoire très ancienne d’avant même Napoléon Bonaparte, Philippe Pétain, Charles de Gaulle, etc. Les jeunes Français continuent à prendre appui sur cette histoire. Barack Obama, l’actuel président américain, ne s’empêche pas de se référer à Abraham Lincoln, le 16ème président des Etats-Unis (1865), alors qu’il est, lui, le 44ème et nous sommes en 2013.
Or, justement, la nation, c’est le vrai problème de plusieurs pays africains. L’idée même du mot nation reste, pour beaucoup de pays africains, très superficielle, très théorique, donc loin d’une réalité vivante. Le père de l’indépendance du Congo-Brazzaville, l’abbé Fulbert Youlou, est mort le 5 mai 1972, à 54 ans, à Madrid, en Espagne. Il repose à Madibou, le 8ème arrondissement de Brazzaville. Nous allons devoir, je l’espère, nous départir de nos scaphandres de clivages qui empêchent l’idée même de la nation de rejaillir, de prendre du chemin, pour reconstituer et consolider notre histoire commune, avec, je l’ai déjà dit, l’actif et le passif à différentes époques, et qu’aucune page de celle-ci ne soit effacée et que toutes les générations apportent leur pierre, en vue de l’édification de la nation congolaise.

Diop MAHOUCKOUS

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