Des silences interrogateurs sur la vie politique nationale

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Une lecture analytique du prestigieux et long message sur l’état de la nation 2013 du président de la République le fait apparaître comme une belle et grande fresque économique et financière, en termes de bilan élogieux et de projections alléchantes  sur la gestion du pays, avec le risque évident de tomber et de s’enfermer dans un économisme singulier.


En effet, la dimension politique, fondement incontournable de toute activité sociale, à laquelle n’a été réservée qu’une portion dérisoire du discours, est, par conséquent, traitée en des termes généraux, pour ne pas dire superficiels et hâtifs.  Il s’est agi, notamment, en une page, d’énoncer les principes fondateurs de la démocratie, les concepts de libertés individuelles et publiques, de fonctionnement institutionnel, de sagesse congolaise, de dialogue apaisé, etc.
Les rédacteurs du discours présidentiel ont, effectivement, choisi de ne pas descendre dans l’arène politique nationale, d’ignorer les sujets délicats et conflictuels -ceux qui fâchent- et ainsi de ne pas répondre aux attentes incessantes de leurs compatriotes sur des questions importantes aux enjeux politiques grandement affichés.
Prenant en compte le fait avéré que le président de la République est la personne la plus informée du pays, car disposant d’efficaces et puissants moyens, réseaux et services de renseignements, le citoyen congolais moyen ne peut qu’être abasourdi de constater que l’autorité suprême de la République n’a fait qu’évoquer, sinon effleurer des problèmes politiques importants de l’actualité brûlante.
D’abord, il note, avec un certain émoi, pendant la lecture du discours, que l’évocation, simplement, des multiples tracasseries pour l’obtention des documents et pièces administratifs déclarés gratuits, difficultés résultant de la corruption des agents de l’Etat auxquelles aucun début de solution n’est proposé, ait déclenché autant d’éclats de rire collectif de la part de l’honorable et vénérable assistance.
Finalement, il éprouve un sérieux désarroi de constater une omission inexplicable des questions primordiales de la vie politique nationale: les contours organisationnels des prochaines élections locales et le lancinant et passionnel débat sur la modification, la  révision, le changement ou pas de la Constitution actuelle, qui échauffe, insidieusement, les esprits, divise l’opinion nationale et oppose, dangereusement, la classe politique.
Somme toute, diriger n’est-ce pas aussi et surtout avoir le courage d’anticiper et d’affronter la réalité politique, les conflits majeurs en gestation, et de trancher dans le vif, en prenant une position claire et nette, afin d’éviter de laisser, contre logique élémentaire, des antagonismes et des querelles stériles se développer et s’amplifier, polluer et gangrener l’atmosphère sociale et d’apaiser, en temps opportun, le climat politique?

Claude-Richard M’BISSA
Ancien élève
de Sciences Po Paris

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