La constitution du 20 janvier 2002 peut-elle permettre la réalisation de «la vision du Congo émergent d’ici à 2025»?

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La République du Congo, notre pays, traverse, actuellement, une phase de prospérité non seulement historique, mais aussi exceptionnelle. Ce bonheur nous arrive au moment où le pays dispose d’une jeunesse foisonnante, mais désœuvrée, dans  un climat politique assaini, avec la paix et la stabilité retrouvées. Ces atouts sont autant d’opportunités qui rendent, à notre sens, crédible l’ambition du président de la République de faire du Congo un pays émergent, d’ici à 2025.

Sans parler de l’aura diplomatique dont se pare notre pays, et qui l’a rendu, désormais, plus fréquentable: le Congo est quasiment devenu l’arbre à palabre tant au niveau sous-régional qu’au delà. Il dispose,  pour ainsi dire, de quatre cartes maîtresses pour poser, solidement, les jalons de son devenir. Et le Congo vient de loin!

1- La reconquête de la paix et de la sécurité
Il y a dix-sept ans, au sortir des événements douloureux que notre pays a connus, personne ne donnait une seule chance au Congo de remonter la pente et de se remettre sur le chemin du développement. Circuler d’un endroit à un autre était une vraie gageure. Les libertés n’étaient devenues que de vains concepts.
La paix des braves a été signée et les protagonistes d’hier ont pris toute leur place dans les institutions de la République. Tout cela ne s’est pas fait sans mal, ni peine. La preuve: notre pays est, désormais, un cas d’école en matière de règlement des conflits.

2- Pourquoi le texte constitutionnel actuel était-il opportun?
Au sortir de la période de transition, la constitution du 20 janvier 2002 s’est imposée pour préserver la stabilité chèrement acquise. L’institution d’un régime présidentiel fort, avec une stricte séparation des pouvoirs, se conçoit comme la volonté de la recherche d’une paix durable et d’un environnement institutionnel exempt de germe de conflit. La constitution du 20 janvier 2002 trouve, donc, sa justification dans le combat contre les épiphénomènes de la situation chaotique antérieure.

3- Les enjeux actuels ne sont plus les mêmes!
Onze ans après l’adoption de la constitution actuelle, une évidence s’impose: les raisons qui ont présidé à l’élaboration de ce texte ne sont plus actuelles. La configuration de l’État n’est, manifestement, plus en mesure de satisfaire les aspirations légitimes du peuple congolais. D’où la nécessité de la recherche d’un nouvel ordonnancement institutionnel capable de prendre en compte les préoccupations actuelles. Les pouvoirs ne doivent plus seulement se superposer, mais aussi et surtout, s’équilibrer et s’autocensurer. Les contingences de la quête du développement de notre pays nous obligent à instaurer des mécanismes nouveaux permettant d’optimiser l’action publique.  
Au niveau exécutif, une meilleure coordination et un meilleur suivi de l’action s’imposent. Les conseils des ministres sont intermittents. Aussi, l’opinion a quelquefois du mal à saisir la cohérence de l’action gouvernementale, non seulement par une communication insuffisante, mais aussi, par l’impression d’un manque de suivi au quotidien de son action, alors que le pays se transforme en profondeur, de façon palpable, lentement, mais sûrement.
Il est loisible d’observer que le chef de l’exécutif est à la recherche d’une formule qui fonctionne. Nous sommes bien passés par un cheminement fait d’un gouvernement de ministres d’Etat, à celui chapeauté par un premier ministre dépourvu de la prérogative de chef du gouvernement, chargé, simplement, de la coordination de l’action gouvernementale, suivi d’un exécutif subdivisé en pôles, avant de revenir à la première formule.
Par ailleurs, il est de notoriété publique que le président de la République est très sollicité, au niveau diplomatique. Aussi, l’institutionnalisation d’un maillon intermédiaire entre le chef de l’État et son gouvernement s’avère indispensable.
Au niveau législatif, il s’agit de redonner à la représentation nationale, sa prérogative non moins essentielle, qui est le contrôle et la censure de l’action du gouvernement. Il est entendu que le renforcement de l’Etat de droit, à travers un pouvoir judiciaire véritablement indépendant, demeure une quête essentielle. Il y a aussi plusieurs organes institutionnels, qui méritent d’être repensés, à l’instar du Conseil économique et social et du sénat, et revenir aux standards de durées des mandats présidentiels, qui doivent correspondre à celles des députés, soit cinq ans renouvelable.

4- Les conditions de succès de l’ambition de l’émergence d’ici 2025
Cette vision affutée de l’avenir de notre pays est enchanteresse. Mais, sa concrétisation appelle les pouvoirs publics à la nécessité d’une refondation aussi bien de l’appareil de l’Etat, pour le rendre capable de gérer les changements structurels requis, mais aussi et surtout, de la gouvernance de la chose publique. Au risque de transformer cette ambition louable en un simple slogan. Parce que, osons le dire, l’émergence ne se décrète pas!
Elle est l’aboutissement de la mise en œuvre des politiques publiques efficientes et soutenues, pour garantir la productivité des investissements publics colossaux qui sont, actuellement, consentis et qui sont soutenus par une embellie budgétaire exceptionnelle. Les lois des finances crèvent les plafonds: 3.004 milliards de francs Cfa, en 2011; 3.935 milliards de francs Cfa, en 2012 et 4.116 milliards de francs Cfa, pour 2013. On parle même d’épargne budgétaire pour les générations futures. Il est crucial de les encadrer par des mécanismes de suivi et d’évaluation fiables et sans état d’âme. La présente réflexion est une contribution au débat ambiant. C’est aussi une interpellation à l’endroit du président de la République, sur la responsabilité historique qui est la sienne et sur la nécessité, pour lui, de transcender les clivages et les contingences idéologiques et politiques actuels.
A vous, Monsieur le président de la République, de prendre les décisions qui s’imposent et de rentrer ainsi dans l’histoire. Il faut le dire, pour nous autres Sassouïstes, la vision et les actions de Denis Sassou Nguesso sont, au-delà de leur portée nationale, l’héritage de tout un continent.

Léon Juste IBOMBO
Politologue, Président du Cercle des Espérants.

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