Plaidoyer pour Joseph Mapakou et compagnie?

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Je voudrais, par ces colonnes, prendre le risque de réagir publiquement à un article du journal La Semaine Africaine (en abrégé La SA dans cet article), sur la situation du président de l’O.a.c et de 4 ou 5 membres de son équipe administrative. Mardi 23 juillet, ce journal que j’aime bien réagissait, enfin, sur cette affaire dans laquelle certaines personnes, dont ma cousine, Mme Rose Miehakanda, sont aux arrêts, depuis le mois de mai. Cette réaction du journal consista en un compte-rendu de la conférence de presse du porte-parole de la police nationale, le colonel Allakoua.

Dans cet article, La SA s’efforça à un certain équilibre des points de vue, en faisant aussi état de la réaction du vénérable Ikongo Logan, vice-président de l’O.a.c, sénateur, lui-même aussi suspecté dans cette affaire.
Mardi dernier, le 30 juillet 2013, La SA faisait le compte-rendu des propos tenus par M. El Hadj Djibril Abdoulaye Bopaka, au cours d’une fameuse conférence de presse à Brazzaville. Dans cet article, La SA a cruellement manqué à son devoir d’impartialité. En effet, aucun point de vue contradictoire n’est mentionné à ce sujet dans l’article et dans le journal. La SA a, de plus, manqué d’exercer son esprit critique sur le droit que M. Bopaka a, de tenir une conférence de presse, sur une affaire qui est en justice. Une affaire dans laquelle, comme dans toutes les autres, les accusés sont présumés innocents, jusqu’à ce que la justice, par une procédure (je ne dis pas encore procès) indépendante et juste, prononce une sentence.  
M. Bopaka, comme nous tous,  a l’obligation de respecter le secret de l’instruction dans cette affaire. Je m’attendrais, dans un État de droit, à ce que les autorités nationales et judiciaires, ainsi que la presse, le lui rappelassent. Il est aberrant qu’il parle de ces personnes comme de «voyous», alors que ce sont des cadres non-politiques pour la plupart qui, durant toute leur carrière, ont fait la fierté des institutions où ils ont opéré. J’espère que ce sera la dernière fois que les médias nationaux et les autorités nationales le laisseront tenir des conférences de presse sur le sujet, tant qu’il n’y a pas un jugement exécutoire (donc juste) sur l’affaire.
En outre, M. Bopaka, en sa qualité de membre du bureau de l’O.a.c, est tenu au devoir de réserve, pendant que l’affaire est en traitement par les services compétents. Il peut être entendu par ces services sur les irrégularités qu’il aurait observées, mais il ne peut tenir des conférences de presse ou donner des interviews.
Je comprends la situation du journal La SA. Mapakou est le représentant des Églises et de la société civile à l’O.a.c, et le journal catholique veut éviter d’être soupçonné de prendre parti. Mais, La SA a une longue tradition de défendre les droits des gens de la société civile. Chaque fois qu’il y a eu risque d’abus de pouvoir à leur encontre de la part des autorités politiques. Je ne suis pas non plus satisfait que les avocats et la presse locale ne dénoncent ce matraquage médiatique, qui est de la pure propagande, et qui vicie les procédures judiciaires. L’objectif de Bopaka et ses complices semble clair: influencer le cours de la justice, quelle que soit la vérité.
Mme Rose Miehakanda est celle qui est restée le plus longtemps en prison, jusqu’ici. Elle n’a jamais été libérée provisoirement, depuis son arrestation. Le colonel Allakoua fit mention de «cinq Messieurs» tenus aux arrêts. Avait-il oublié qu’il y avait une femme, de santé fragile de surcroît, parmi ces «Messieurs»? Je prends encore le risque de préciser ma relation familiale à cette comptable chevronnée, cadre de longue date de l’ex-D.g.c.r.f, afin d’éviter toute équivoque. Je connais, par ailleurs, M. Mapakou, parce qu’il fut longtemps, à titre bénévole, l’un des réviseurs synodaux de l’Église évangélique du Congo. À ce titre, il a présenté des rapports qui ont très tôt (je n’étais qu’un enfant, dans les années 80) forgé ma compréhension de ce qu’est le travail bien fait d’un réviseur.
Je fais partie de ces consciences qu’il a contribué à former au respect d’une rigoureuse éthique du travail, au respect de la critique et à l’autocritique. Si lui, si Mme Rose Miehakanda et d’autres se sont rendus coupables d’actes que cette éthique, commune à nous autres chrétiens engagés dans la chose publique, réprime, alors: que la justice établisse les responsabilités. S’ils sont victimes d’une conspiration visant à faire partir M. Mapakou de la présidence de l’O.a.c, sans qu’il ne soit coupable de délit ou de faute grave, qu’ils soient donc, tout simplement, libérés et dédommagés pour les préjudices subis sur les plans physique, moral, social et matériel. J’ai remarqué que certains sites Internet ont publié des documents, qui tendent à soutenir qu’il n’y aurait même pas matière à faire un procès. Je sais que les organisations internationales de la lutte contre la corruption suivent ce dossier avec intérêt, tout en observant leur devoir  de réserve. J’espère que la justice les auditionnera aussi comme témoins.
La République du Congo n’a pas une tradition judiciaire dont elle peut être fière, s’agissant des affaires d’intérêt public. M. Bopaka affirme que lorsque le président de l’O.a.c est arrêté, c’est sérieux, comme pour accréditer son combat personnel (je veux dire son intérêt personnel) pour occuper la tête de l’O.a.c. Monsieur Bopaka se trompe, en oubliant que, dans ce pays, des innocents ont payé de leur vie des décisions incompétentes, cyniques, abjectes et criminelles de la part des pouvoirs publiques de tout acabit.
Enfin, que dire des ambitions de M. Bopaka à succéder à M. Mapakou? M. Bopaka parvient à peine à les cacher. Pourtant, il n’a ni la probité morale, ni la formation, ni l’expérience pertinente pour ce genre de travail. M. Mapakou avait tout cela, au moment de son élection à la tête de l’O.a.c. Ceux qui l’accusent veulent, au mieux, dire  qu’il a perdu sa probité morale, sans laquelle il n’aurait jamais gagné une telle élection au Congo.
M. Bopaka ne fait même pas montre d’une compréhension élémentaire du fonctionnement réel et souhaité des services publics. Ce dont sa conférence de presse est la démonstration flagrante. Ce n’est simplement pas un bon administrateur. Or, à ce poste, il nous faut un grand administrateur, capable de faire preuve d’un minimum d’impartialité, dans un pays où les conflits d’intérêt sont potentiellement énormes.
Pas besoin d’un politicien, en tous cas pas de cette trempe-là, à ce poste. Si cela arrive, le monde de la lutte contre la corruption, garant de la convention des Nations unies contre la corruption, saura, une fois pour toutes, que le Congo a décidé de ne plus lutter contre la corruption. Qui en a le lâche courage? En tous cas, pas un responsable sérieux.
En attendant que Mapakou et compagnie soient blanchis ou condamnés par une vraie justice, je nous invite, tous, à respecter le secret de l’instruction et le devoir de réserve (pour ceux comme Bopaka, qui ont des responsabilités). Laissons les juges nous apporter une raison de ne pas désespérer de ce pays.

Michaël  MIZIDY

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