Livre: «La tragédie du pouvoir - Une psychanalyse du slogan politique» : Lorsque Charles Zacharie Bowao exalte l’honnêteté intellectuelle de Sylvestre Ossiala

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Dans son ouvrage intitulé «La tragédie du pouvoir - Une psychanalyse du slogan politique» paru récemment, l’ancien ministre Charles Zacharie Bowao relève, dans le chapitre 6 consacré à «l’épineuse question des partis politiques», l’honnêteté intellectuelle de Sylvestre Ossiala (député P.c.t), qui «aborde courageusement cette question épineuse dans son ouvrage» intitulé «L’action économique du président Denis Sassou-Nguesso: forces et faiblesses». Rares sont ces exemples où les intellectuels congolais fassent preuve de modestie et d’honneteté, en reconnaissant la pertinence de l’analyse de l’autre. Ci-après, l’intégralité du chapitre 6 (Pages 49 à 54) de l’ouvrage de Charles Zacharie Bowao.

 

«L’épineuse question des partis politiques»

Mesdames et Messieurs!
Je salue l’honnêteté intellectuelle de Sylvestre Ossiala. Non seulement parce qu’il assume ses propres points de vue, mais aussi et surtout, parce qu’il prend sur lui d’insérer, sans tripatouillage aucun, les réactions critiques de ses contradicteurs, en l’occurrence Bonaventure Mbaya, Cyriaque Magloire Mongo-Dzon et Chris Antoine Walembaud. Ce que j’ai moi-même fait, il y a quelques années, dans un de mes ouvrages, en y insérant la réaction critique du Professeur Côme Mankassa, ainsi que mes échanges de correspondances avec Gabriel Oba-Apounou, à propos de la refondation du P.c.t.
L’auteur a choisi, en toute liberté, de dédier son ouvrage au vénérable Gabriel Oba-Apounou, qui est dans la salle et que je salue, en lui disant qu’il a, là, un beau miroir du débat sur la refondation du P.c.t.
C’est de la confrontation des idées que jaillit la lumière. C’est cela être porté vers la vérité par l’éthique de la discussion rationnelle au cœur de l’espace public. Il ne faut jamais avoir peur de discuter, de critiquer et d’être critiqué pour le bien public, pour la bonne cause. Personne n’a le monopole de la vérité. Ce qu’il faut éviter, en revanche, c’est l’hypocrisie et/ou la couardise.
Or, c’est cette culture de l’hypocrisie et/ou de la couardise qui fait que les élites congolaises s’enlisent dans la servitude volontaire, notamment la servitude ethnocentriste, au point d’accepter l’inacceptable ou de défendre l’indéfendable. Cette servitude ethnocentriste fait encore, hélas, beaucoup de tort à l’émergence d’une vraie démocratie dans notre pays et en Afrique. J’offre généreusement et humblement ma sollicitude intellectuelle à un ancien condisciple de Lycée, à un éminent spécialiste des questions pétrolières, à un honorable député. Un haut cadre de ce pays. Je le fais pour deux raisons:
La première: Sylvestre Ossiala aborde courageusement cette question épineuse dans son ouvrage. C’est cet aspect qu’il veut que je traite. J’ai accepté. La seconde:
La manière insidieuse dont il l’aborde, recoupe intelligemment ma propre réflexion critique sur la refondation du P.c.t et la nécessité de recomposer qualitativement l’espace politique au Congo.
Voici ce que, parlant de parti politique, Sylvestre Ossiala écrit: «Une intelligence particulière est, en conséquence, à construire pour rendre ces partis au pouvoir «nobles et républicains»; car un parti au pouvoir «pauvre» ne donne à son pays qu’un «pauvre» gouvernement et un «pauvre» parlement. () Il revient souvent, en Afrique, que ces partis au pouvoir enfantent des personnages ubuesques, des personnages «misérables» susceptibles de faire la misère à leurs pays». Nous sommes à la page 12.
Le générique notionnel de «parti au pouvoir» ne prête pas à confusion chez l’auteur, puisqu’il subsume la suspicion argumentée tout au long de la réflexion, à l’égard des partis politiques au pouvoir, aujourd’hui et demain, demain et pour toujours! À suivre l’auteur, l’intelligence dont il est question procède, de façon critique, d’un bilan qui prend en compte les partis politiques d’hier, dont ceux d’aujourd’hui sont les prolongements subtilement et savamment entretenus par le jeu publique de la mal-gouvernance, tandis que ceux de demain devraient être en rupture qualitative avec ceux d’aujourd’hui, que j’appelle les ethno-partis classiques, ceux qui font et défont la gouvernance publique au gré de l’instrumentalisation ethnique du jeu politique. Ce sont bien sûr pour ne pas les citer, le P.c.t, l’U.pa.d.s et le M.c.d.d.i. Partis politiques qui ont du mal à se refonder pour se hisser au diapason des enjeux de la modernité, ou du développement national au sens où le montre Sylvestre Ossiala.
Notons encore avec lui: «Dans un pays où le parti au pouvoir est de mauvaise qualité, c’est-à-dire pauvre, ce pays ne disposera, pendant longtemps, que d’un «pauvre gouvernement» et d’un «pauvre parlement», sans envergure. Alors, il n’est nullement rationnel que soient exigés, à tout bout de champ par le peuple, des remaniements ministériels productifs, sans qu’il ait eu au préalable exigence d’aggiornamento et de toilettage du parti au pouvoir» [page 32).
Et de poursuivre: «La nouvelle fonction à assigner au parti au pouvoir, la prise de conscience de son importance et () de sa nocivité ou de sa «malfaisance» ( ) relèvent d’une intelligence à construire et d’une innovation à introduire dans la gestion des affaires publiques» [idem].
Vous avez compris que lorsque l’honorable Ossiala parle de «pauvreté», c’est essentiellement sur l’angle de la problématisation du temps, du monde vécu, pour reprendre un concept habermassien. Car, c’est de ce lieu critique que l’on peut innover idéologiquement et sur le plan de l’organisation. C’est la question de la modernisation politique des partis politiques qui est ici posée, parce qu’elle est une urgence nationale au regard de l’insalubrité ambiante. Cette problématique est au cœur de mon ouvrage: Surgissement éthique ou retour à l’humain (Entretiens), qui vient aussi d’être publié par Les Éditions Hemar, Brazzaville, 2013, notamment de la page 31 à la page 39.
Je puis affirmer que c’est la servitude volontaire, ethnocentriste qui a fait brillamment échec à la refondation politique prônée par La Nouvelle Espérance 2002-2009 et encore en recapture sur le tracé du Chemin d’avenir 2009-2016, relatif à la modernisation des partis politiques. Le Titre IV de la Constitution de 20 janvier 2002, consacré aux partis politiques, fait clairement signe vers une telle modernisation. Voilà pourquoi, entre autres, il ne faudrait pas changer, de manière folklorique (ou cavalière), cette Constitution qui a le mérite démocratique d’exister, en viciant ethno-politiciennement le débat dans le tiraillement du pouvoir, pour le pouvoir et rien que pour le pouvoir. Le problème qui se pose est plutôt celui de ramener la pratique politique au niveau des dispositions si pertinentes de cette Loi fondamentale, peut-être, par exemple, en corsant davantage la Loi Ibovi sur les partis politiques. Il s’agit bien ici de sortir de la platitude du fanatisme aveuglant, qui finit toujours par se transformer en violence meurtrière fratricide, si l’on y prend garde.
Or depuis l’avènement du pluralisme politique Post-C.n.s, ce pays a déjà connu la «bêtise humaine versus M.c.d.d.i», puis la «bêtise humaine versus U.pa.d.s», puis la «bêtise humaine versus U.pa.d.s-M.c.d.d.i». Il ne faut pas laisser prospérer la «bêtise humaine versus P.c.t», qu’annoncent les slogans du genre «Touche pas à mon président» ou «Touche pas à mon pouvoir», et leur antidote «Touche pas à ma constitution».
Ceci est une autre manière de dire: «C’est notre tour», et/ou «c’est notre retour». On est dans la querelle des ethnocraties pour le pouvoir, à l’antipode de la noblesse républicaine. Ce type de slogans annonce fébrilement, le refus de l’alternance démocratique, ou le culte de la personnalité, toute chose au cœur des déshumanisations déjà vécues dans notre pays.
On ne peut pas indéfiniment couvrir des partis politiques qui ne sont exclusivement que des instruments plus ou moins efficaces de conquête ou de conservation de pouvoir. Mais, qui ne sont pas des espaces démocratiques de débats contradictoires. Qui ne sont pas des lieux appropriés de discussions méthodiques des projets de développement. Qui ne sont pas des écoles d’éducation à la citoyenneté ou de promotion du civisme. La noblesse du militantisme pour l’intérêt général et pour le respect du bien public, est complètement sacrifiée au profit des intrigues politiciennes et des acrobaties de pouvoir à la merci des présidents fondateurs ou de leurs chantres ou autres disciples sans intuition idéologique.
Dans cette atmosphère d’insalubrité publique, aucune critique n’est permise. Les décisions du «parti» sont prises ailleurs et l’on ne vient au «parti» que pour les avaliser debout et par acclamations prolongées. La frénésie partisane ne peut s’accommoder de la liberté de pensée et de critique. La pauvreté des partis politiques passe ainsi par le refus l’anticipation de l’avenir. Ethiquement parlant, les intellectuels qui se respectent pour ce qu’ils sont (des anticipateurs du temps) et qui se respectent aussi, pour ce qu’ils ne sont pas (des couards), n’ont pas le droit de soutenir la ruse politicienne, pour subir le pire.
Sous cet angle précis de la pauvreté des partis politiques, Sylvestre Ossiala construit sa démarcation intellectuelle, en abordant là une question parmi celles qui fâchent. Je prends personnellement acte de cette intelligente démarcation. Une démarcation soutenue par l’implication de Bonaventure Mbaya à l’endroit de Son excellence Monsieur le président de la République. Merci de votre très bienveillante attention.

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