La pauvreté des riches

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C’est refuser de jouir sainement de la vie. Les riches ont tout. Mais en fait, ils n’ont rien. Il en est ainsi de l’Antiquité à nos jours. Pourquoi n’ont-ils rien, alors que, tel Harpagon de Molière, ils ont tout amassé? Ils ne semblent ne rien avoir, parce qu’ils veulent tout acquérir, réunir un trésor colossal qui puisse leur permettre de vivre éternellement. Ils s’engagent ainsi dans toutes formes de spéculations financières, pour s’assurer qu’ils ne mourront jamais. Mais, même ce que leur rapportent ces spéculations ne leur suffit pas. D’où une fièvre de conquête matérielle effroyable. Ce sont des prédateurs.



Ninive, Babylone, Athènes, Rome en ont connu qui ont souvent tenté de tout acheter pour eux seuls, y compris leurs propres pays. Aujourd’hui encore, l’histoire se répète; n’en déplaise à Karl Marx. Nos riches sont insatiables. Ils veulent être partout, des villes prospères d’Europe, d’Amérique, d’Asie, d’Océanie à certaines villes florissantes d’Afrique, mais où, bien souvent, l’on tire le diable par la queue. Car voyez-vous, ici comme en Europe et en Amérique, tout appartient à ceux qui sont riches, extrêmement riches. Peu importe comment ils le sont devenus. Le plus intéressant, c’est la manière dont ils le prouvent, leur acharnement à tout avoir, même l’air que tout le monde respire! Car en fait, tout ce qui est supposé rapporter de l’argent doit leur revenir. C’est ainsi que directement ou indirectement, ils sont présents dans tout le pays et plus particulièrement dans les capitales politiques et économiques, les grandes villes d’import-export. Ils y font construire restaurants, résidences de luxe, hôtels et palaces sans aucun respect des normes de mobilité spatiale et de salubrité publique.
Ne vous étonnez pas de vos délestages intempestifs. C’est dû à ce désordre urbanistique. Selon des spécialistes, quatre immeubles de quatre étages consomment à eux seuls l’électricité de tout un arrondissement! De même, si vous vous rendez compte qu’il y a une anarchie de conteneurs aux abords des principales artères, un nombre ahurissant de moyens de transport privés, autobus, taxis, taxis-motos; des petits marchés qui naissent comme des champignons, c’est que nos riches entendent tout accaparer, tout gérer et montrer que l’argent, c’est le bonheur absolu.
Ce qui est davantage frappant, c’est le nombre incroyable d’hôtels dans toutes les agglomérations. Ces hôtels qui sont construits pour les touristes ou les visiteurs de passage, demeurent vides de leurs clients en toute saison. Le manque à gagner n’a aucun sens. Il en est qui finissent transformés en maisons closes. Le plus important, c’est la richesse ostentatoire. Les écoles privées sont également un aspect de cette anarchie entrepreneuriale. De fait, il s’en construit partout, au mépris des normes fixées par les autorités compétentes. Tout se passe comme si en plus de la pollution ambiante, l’argent devait emprisonner l’oxygène. Dans certains pays africains, les bords des fleuves et des mers sont envahis par une hôtellerie qui y a dressé des murs de béton hostiles à l’écologiste, au poète, au rêveur ou au badaud amoureux du vent du large.
Somme toute, cette richesse est appauvrissante, si appauvrissante que l’argent amassé ne crée pas d’emplois. Les jeunes diplômés frais émoulus des centres de formation professionnelle, des grandes écoles et des universités, n’y ont pas droit. On le garde chez soi, dans des coins obscurs. On le caresse du regard dans les grands sacs de jute et les puits thésaurisateurs où on le cache. La pauvreté des riches, c’est le refus du progrès partagé. Car, ils oublient qu’«on n’est jamais heureux, que dans le bonheur qu’on donne».

Antoine YILA.

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