Les méfaits d’un dialogue dans la situation politique actuelle du Congo-Brazzaville

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Une rencontre des acteurs politiques et sociaux dans le contexte congolais actuel frise le risque et présente des dangers réels. Notre analyse repose, premièrement, sur les effets des coutumes encore vivantes et de l’existant politique actuel. Aussi s’appuie-t-elle sur l’expérience des 55 années de la République.

 

I- De la persistance des pesanteurs coutumières
 
L’ancêtre de la République du Congo est l’ensemble des communautés. Ces communautés avaient chacune une organisation fondée sur des supports sociologiques propres à elles-mêmes. Ces particularités organisationnelles dérivaient des spécificités de coutumes et de cultures. Cette différence de coutumes explique celle des normes qui règlementent «la vie en groupe» dans les diverses communautés. La disparité des normes de vie explique celle des codes de vie des membres de chaque communauté. A cela s’ajoute le caractère limité de la communication intercommunautaire qui ne permettait pas d’élaborer des politiques (éducative, économique, etc.) de grande surface et de grande intensité.
La colonisation avait mis en place la République du Congo, en regroupant diverses communautés liées ou pas par la proximité géographique. Elle avait fixé les limites du territoire congolais, puis introduit la langue française, laquelle a servi de ciment de la République. Ce parfait héritage, le français, ne présente pas moins d’embuches dans la clarté du discours et la compréhension des arguments.
Ces deux facteurs limitant (la différence des normes coutumières servant de règle à chaque communauté et la difficulté dans la maîtrise de la langue de travail) ne permettent pas d’éclore la sincérité et le dépassement de soi; donc empêche la reconnaissance partagée de l’argument le plus convaincant.
L’épreuve est rendue plus dure avec l’opacité que suscite la divergence des objectifs poursuivis par les parties qui composent le Congo (communautés du Nord, communautés du Sud) et qui se sont métamorphosées en partis politiques fortement impliqués dans la gestion de l’Etat. Comprenons la dérive qui saborde l’administration publique devenue «l’entreprise de tout fonctionnaire», le tout, au mépris des règles déontologiques.
La passion que suscite la propension enrichissante du pouvoir soumettra toute concertation à l’épreuve des calculs; les tenants du pouvoir régentant pour conserver leurs positions, en impliquant fortement la tribu et la zone: l’incompréhension qui naît de cette situation n’est-elle pas la source des revanches, règlements de compte et conflits persistants?
En effet, l’évaluation des suites de la conférence du parti des années 70 et celle de 1991 indique plus de pertes humaines, des blocages institutionnels et plus de repli identitaire dans ce pays où le pouvoir est la meilleure source d’enrichissement, la mine qui nourrit les tribus et les courtisans du chef. Combien sont-ils encore en vie les principaux acteurs de la Conférence nationale souveraine de 1991? Quel changement a produit cette conférence dans les comportements des hommes politiques? Quelle considération a-t-on faite des conclusions de cette conférence? Le clivage des normes communautaires, le sens donné par chaque communauté à «ravoir», le déficit du lien au travail et à la loi, sont ces raisons qui rendent inefficace le dialogue politique au Congo, car pouvant susciter le glissement vers des atrocités à court, moyen et long terme... Le tout, au détriment du peuple.

II-De l’existant politique actuel
Les 55 années de République ont été le théâtre de l’instabilité politique et de l’échec de la loi. Les ambitions personnelles, les comportements et pratiques pour la conservation du pouvoir, autres que l’efficacité et la confiance, ont rompu le lien avec la loi. Le respect et la soumission à la loi ont disparu; ce qui a exposé la morale et le civisme à une dure épreuve. L’éthique n’est plus qu’un souvenir et le travail a perdu son sens là où la facilité enrichit plus que l’effort. La facilité et la paresse payée, devenues la règle et l’effort l’exception, posent, malgré tout, le problème de la misère (injustice sociale, incivisme soutenu par l'impunité, déficit au niveau de l’éducation, de l’emploi et de la santé dans une cynique indifférence les exigences de la communauté internationale).
Si la sanction et le contrôle ont été exclus de la vie des Congolais, il reste, simplement, l’ancrage des mécanismes de pérennisation du pouvoir. La création des partis politiques vides d’idéologie, la structuration des armées et des milices-armées, des associations de soutien et l’instrumentalisation de l’administration publique supplée par des entreprises d’appui à l’action du pouvoir, sont ces mécanismes actuels qui ligaturent la République. Ces mécanismes empêchent la pratique de toute action démocratique dont le «dialogue parfait», qui devrait aboutir à la prise des décisions, permettant d’instaurer la justice, l’unité nationale et le bien-être collectif.
On ne peut donc pas parler du dialogue politique, actuellement, au Congo, du fait de l’absence des outils du dialogue. Aussi, l’absence d’une raison à caractère conflictuel qui justifierait la tenue d’un dialogue renforce le non au dialogue.
Justement, le débat introduit après le «congrès des sages du Congo», en mars 2014, sur le changement de la Constitution est une pure manipulation. Loin d’un conflit né de l’observation ou de l’inobservation des normes fixées par la loi ou les coutumes, la contradiction suscitée sur la Constitution du 20 janvier 2002 n’est qu’une procédure pour faire aboutir les objectifs de ceux qui veulent régenter sur les dispositions constitutionnelles et, partant, sur les conventions exprimant la volonté réelle du peuple.
Est-il loisible de créer un faux conflit et utiliser la vraie fausse volonté d’une partie minimale du peuple, pour glisser vers un dialogue avec des conclusions connues d’avance: «le maintien au pouvoir».
Souvenons-nous de ces livres parus dans le giron du pouvoir qui parlent d’une démocratie africaine, alors que l’Afrique vivait en communautés et non sous forme de République. Ecrire un livre pour dire que des décennies de pouvoir ne suffisent pas pour exprimer «un bon sens», c’est camoufler l’intention de puiser continuellement les fonds publics, au détriment des contribuables et bénéficier d’une immunité imméritée.

Que faire?
La réflexion ne peut tarir, car il appartient aux citoyens de construire, au même moment, la République et toutes les valeurs qui la soutiennent. La première action est l’implication de chaque citoyen dans la recherche des mécanismes pacifiques, fondés sur la parole, qui convainquent nos concitoyens à adhérer aux pratiques républicaines et établir un lien solide avec la loi. Le respect de la loi étant un indice de modernité, une affirmation de la grandeur et de l’engagement à la vie commune, elle-même faite de justice et d’amour.
Ensuite, il nous faut prouver notre capacité de dépassement excluant toute allusion à la revanche. Cela adoucira la pression morale des coupables. Et si, par tolérance, peut être exclue la peur, fille de la culpabilité, la Nation congolaise gagnera. Le recours vers un dialogue laisse la Nation dans l’impasse, quand on tient compte des écarts inacceptables des niveaux de vie entre Congolais; l’organisation d’un référendum procède par l’harmonisation de la gouvernance électorale (Commission électorale indépendante, recensement administratif spécial), sans compter les autres conditions légales à remplir par le gouvernement. Où en est-on? Moins de dix mois, pour gagner ce pari.

Patrice KADIA
Président de la Ledip (Ligue pour l’émergence et la diffusion des idées panafricanistes),
Ancien député.

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