Nouvel appel à projet de la délégation de l’Union européenne au Congo: quel espoir pour les O.s.c congolaises?

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

La délégation de l’Union européenne au Congo est parmi les rares représentations pays de la Commission européenne a lancé, pratiquement chaque année, des appels à proposition à l’attention des acteurs non-étatiques. Cette pratique qui se fait dans l’esprit des accords de Cotonou, permet ainsi aux Etats membres de l’Union européenne d’apporter un appui significatif, sous forme de subventions, aux initiatives ou projets des acteurs non-étatiques et autorités locales des pays A.c.p.

  Le principe étant que les actions présentées par ces acteurs soient au bénéfice des populations du pays qui le lance, c’est-à-dire le Congo. Si les autorités locales sont exclusivement congolaises, les acteurs non-étatiques, quant eux, peuvent être des organisations de la société civile congolaise, européenne ou internationale.

Grâce à ces appels à projet, le Congo, qui était  parmi les pays les moins nantis en O.n.gs internationales, voit leur nombre s’accroître, d’année en année et dans tous les domaines. Les plus importantes d’entre elles n’hésitent pas à ouvrir des représentations nationales, alors que d’autres s’installent sur la base des projets de plus ou moins longue durée, avec du personnel expatrié recruté en qualité d’experts pour assurer la bonne exécution desdits projets.
Seulement voilà. Tout le monde pense que les O.s.c congolaises, en grande partie, manquent d’expériences et de capacités nécessaires pour élaborer, mettre en œuvre, conduire  et suivre un projet de  grande importance. Elles ne seraient donc pas en mesure de gérer, seules, une subvention de plus de 150 mille euros (environ 100 millions de francs Cfa). Serait-ce pour cette raison que les subventions accordées dans le cadre de ces appels à projets sont orientées plus vers les Ane (Acteurs non-étatiques) européens que vers les congolais? Sur 23 projets financés par la délégation de l’Union européenne au Congo, ces deux dernières années, 17, soit un peu plus de 80%, sont étrangères, exécutant soit seules, soit en partenariat avec une O.s.c congolaise, les projets financés.
Dans ce dernier cas, les acteurs congolais appréciaient fort bien ce partenariat, en ce sens que, dans un esprit gagnant/gagnant, ils se voyaient renforcés, tant sur le plan professionnel que sur le plan matériel et, pourquoi pas, financier.  Or, ce qui se passe c’est que dans la grande majorité de ces partenariats, les O.n.gs congolaises en sortent perdantes. Nous avons vu circuler, l’année dernière, un message de dénonciation de mauvais comportement dans le partenariat qui liait une O.n.g congolaise, Handicap Afrique, et une autre européenne que nous ne citerons pas. Le retrait de la partie congolaise pendant la phase d’exécution du projet aurait été une cause d’arrêt de ce projet. Malheureusement, la délégation n’a nullement daigné gérer ce différend qui, en définitif, a davantage affaibli et on peut le dire, ridiculisé l’O.s.c congolaise. Le projet s’étant poursuivi avec d’autres acteurs de la place.  Dans ces conditions, quelle valeur comporte l’accord de partenariat exigé aux organisations internationales si elles peuvent limoger, virer ou changer leurs partenaires locaux sans conséquence?
En tout cas, pour ce nouvel appel qui risque d’être la dernière de cette génération (sachant que le prochain ne paraîtra peut être pas avant deux ans), les acteurs non étatiques congolais sont inquiets sur la place qui leur sera réservé. Les budgets proposés sont tellement énormes que l’on se demande combien d’O.n.gs congolaises seules ou entre elles, pourraient être admises à ces financements. Leur seule chance étant d’aller en partenariat avec leurs homologues européennes. Mais, qui dit qu’elles ne serviraient pas de tremplin une fois de plus?
Autre élément qui inquiète, mais cette fois ci les populations bénéficiaires, c’est la certitude que les organisations récipiendaires des subventions sur cette période ne se comportent pas comme la plupart des investisseurs étrangers. Pour eux, 2016, année électorale au Congo, est une année de tous les risques. Il faut y être mais ne pas agir. Ne risquons-nous pas d’assister à un blocage du financement des projets, parce que le personnel expatrié des organisations internationales penseraient se sentir en insécurité et attendraient la fin des élections pour revenir travailler au Congo?
Par ces temps où les finances de notre pays traversent une phase difficile voire d’austérité, les aides de la Commission européenne sous cette forme contribuent de beaucoup à l’amélioration des conditions de vie des populations. Parmi ces dernières, il faudrait également compter les travailleurs des O.s.c congolaises qui se retrouveraient vite au chômage, si leurs projets ne sont pas pris en compte.
Nous comprenons que les O.n.gs congolaises sont jeunes et faibles, mais  il y a lieu de relever aussi que la concurrence sur ce terrain d’élaboration de note succincte est un peu déloyale, car les O.s.c européennes disposent des moyens en ressources humaines que leurs consoeurs congolaises ne peuvent avoir. Leurs documents sont souvent élaborés depuis l’Europe par un personnel affecté exclusivement à cette tâche, alors que les acteurs des O.s.c congolaises sont à la fois au four et au moulin, à la conception et à l’exécution. Disons leur quand même «bonne chance les gars», pour le nouvel appel à projets!

Paul DAH

Informations supplémentaires