Contre toute attente, l’élection présidentielle réussie du Nigeria

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Très peu d’observateurs pronostiquaient la réussite de la dernière élection présidentielle de ce géant africain, avec ses cent-soixante-dix millions d’habitants. Et de fait, ce pays était labouré (et continue de l’être) par une grave crise sociale profonde qui laissait peu de place à la tenue sereine d’un scrutin présidentiel. La crise est si profonde que les esprits pessimistes y voyaient quelque malédiction métaphysique et une espèce de tare congénitale. De sorte que se battre contre, chercher des remèdes, c’est à l’avance peine perdue.

Pour les moins pessimistes, un coup d’Etat ferait l’affaire qui ramènerait l’ordre pour faire de ce pays une grande puissance africaine, à l’instar de l’Afrique du Sud.
Ce qui est encore troublant, dans le cadre du Nigeria enlisé dans une crise interminable, c’est que ce pays, tout comme les autres Etats d’Afrique, compte un grand nombre de cadres formés dans les Universités occidentales les plus prestigieuses: Etats-Unis et Grande-Bretagne. On s’attendait, donc, à ce qu’ils imposent même le modèle de société des pays où ils ont été formés. Qu’ils imitent donc, s’il est vrai, comme le souligne le professeur Dominique Ngoïe-Ngalla, que l’imitation assume une fonction pédagogique, si elle se donne pour fin d’amener l’élève à prendre conscience de son talent personnel, à se réveiller à ses valeurs dormantes, à se détacher, pour finir, du modèle. Pour comble de malheur, l’Afrique n’a imité de son maître que sa brutalité et sa violence, laissant de côté le versant positif et humain de son génie, qui est loin d’être, de bout en bout, barbare.
Ce manque de volonté pour faire de cette élection une réussite n’est peut-être pas sans lien avec le souvenir décourageant d’un passé de dictature tyrannique et la menace de chaos dans lequel Boko Haram s’est juré de jeter le pays.
Mais voilà que contre toute attente, l’élection présidentielle, dont on redoutait l’issue, se passe comme dans le meilleur des mondes possibles (Leibniz). Sur le plan théorique, cette élection ouvre un chemin de paix et de stabilité pour ce pays longtemps logé dans le club des pays politiquement les plus instables de la planète. Et pour l’Afrique, une grande espérance des jours meilleurs, puisqu’avant le Nigeria, d’autres exemples d’élections réussies existent. C’est le cas du Ghana, du Sénégal… A tout voir de loin, l’Afrique n’avance pas si mal sur le chemin de la liberté des peuples.
Deux facteurs déterminants sont à mettre à l’actif du sursaut nigérian. D’abord, le peuple, uni et fier, a su s’exprimer dans et par les urnes, en mettant en avant l’intérêt supérieur de la Nation. L’incapacité et les turpitudes de l’armée nigériane dotée, pourtant, d’une flotte de guerre capable de mettre hors d’état de nuire une horde de «croyants» violeurs laisse pantois et interroge sur le rôle même de nos armées déjà budgétivores. Goodlock Jonathan, le président sortant, paie, sans aucun doute, sa désinvolture à régler la question sécuritaire du pays.
Le deuxième élément a été paradoxalement son attitude face aux résultats du vote. Non seulement il a reconnu sa défaite avant la proclamation officielle des résultats avec élégance, mais encore il sort par la grande porte. Il a été, enfin, président du Nigeria, renchérit l’éditorialiste de Jeune Afrique. Cette sortie honorable lui vaudra, sans doute, si le peuple en décide ainsi, une absolution de tout son lourd héritage avec Boko Haram. Il rentre, bien qu’à la fin, dans la cour des grands. Seuls, les imbéciles et les morts ne changent pas, dit-on. Il faudra espérer que cette belle leçon de démocratie fasse réfléchir nos élites politiques qui adoptent, généralement, les positions ambigües et floues, face au destin de leurs peuples.
 
Père Saturnin Cloud BITEMO, SJ

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