La société civile ne doit être ni absente, ni figurante, ni dispersée

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Essayer de définir la société civile, dans le monde actuel, peut paraître, à la fois, banal et prétentieux. En effet, nés, élevés, éduqués dans le monde des humains, nous sommes tous imprégnés des qualités, des travers, des préjugés de la société qui nous entoure. L’expression de la société civile est d’origine assez récente. Elle remonte au milieu du XVIIème siècle.

Cependant, Hobbes, Locke et J.J Rousseau, qui sont les trois pères de la société civile, quoiqu’à des degrés différents, ont la même soif: celle de la paix, une paix qui serait enfantée par la société elle-même. L’expression société civile n’est pas indispensable. L’usage connaît deux autres mots: corps électoral, peuple.

Si l’on ne considère que l’aspect extérieur des gens qui accomplissent l’acte de voter, «corps électoral» peut convenir. Il est même très précis, dans la mesure où en sont exclus tous ceux ou celles qui n’ont pas le droit de vote et l’on est à même de savoir de combien de personnes il est composé.
Quant au mot peuple, il a subi, au cours de l’histoire, une évolution irréversible. Sous l’ancien régime, il était synonyme de roture, inséparable d’ignorance et d’obscurantisme. Malgré cet handicap, les premiers révolutionnaires l’ont adopté et les premiers mots de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 commencent ainsi: «Les représentants du peuple français constitués en assemblée nationale, considérant que…». Depuis lors, il n’y a guère de dirigeants ou d’hommes politiques qui ne s’en réclament expressément.
Le peuple est souverain, mais un souverain occasionnel mandataire de la Nation. Un souverain organisé en société comportant des liens juridiques et économiques qui unissent les individus dans des rapports de dépendance réciproque.
A contrario, une consultation populaire (référendum ou élections) où chaque citoyen peut se prononcer librement, constitue le signe recognitif de l’existence d’une société civile. Elle résulte de sa capacité à demeurer inaltérée parmi d’autres entités, dans un univers plus ou moins hostile. Une société vivante se fait une place au soleil et se défend contre toute tentative d’asservissement. Celle qui se donne librement des lois (par le référendum), notamment ou des gouvernants (par les élections), apporte des preuves suffisantes de sa vitalité et mérite le titre de société civile.  
La société civile se définit par opposition à la société politique. Dans la société politique, les relations entre individus sont, essentiellement, organisées en vue de la conquête, de l’exercice ou de la conservation du pouvoir d’Etat: administration, armée, police.
Mais en réalité, la société politique va bien au-delà de ce trio. Elle inclut également toutes les organisations de conquête et de conservation du pouvoir d’Etat, tels que les partis politiques et les divers mouvements de soutien.
La société civile se définit comme un ensemble d’organisations apolitiques dont les objectifs visent diversement, à l’amélioration des conditions matérielles et morales, de toute ou d’une partie de la société d’un pays, d’une région ou d’un continent. Il s’agit de toute une organisation autonome de l’Etat. Elle joue un rôle important dans le renforcement du processus démocratique. Elle doit être dynamique, solidaire et devrait développer un esprit unitaire autour d’objectifs communs. Ces objectifs sont ceux relatifs aux droits de l’homme, à la liberté de la presse et à la consolidation de la démocratie. La société civile devrait voir de plus en plus la participation des femmes, parce qu’elles sont les premières victimes, en cas de guerre. Les femmes constituant ainsi, avec les jeunes, les personnes âgées et les défavorisées, les couches vulnérables.
Le manque de moyens constitue, toutefois, une limite objective à l’action de la société civile. Elle a la vocation à promouvoir la participation citoyenne qui ne devrait pas se réduire à une simple participation périodique, à des élections. Cette participation doit s’inscrire dans la constance et engendrer une conscience citoyenne, fondée sur l’intérêt général.
Elle a la responsabilité d’impulser les réformes nécessaires et de développer une expertise en matière de lutte contre la corruption, en se constituant en force de propositions. Elle œuvre dans le sens de réduire le déséquilibre entre les pouvoirs. Elle est l’agent de changement au sein de sa propre société.
Il faudrait valoriser les initiatives locales issues des populations et des organisations. Le renforcement des capacités des groupes de la société civile s’inscrit dans une stratégie de développement participative où les changements institutionnels et politiques répondent aux pressions des citoyens et trouvent leurs racines dans les sociétés concernées.
La contribution fondamentale de la société civile à la prévention des conflits est de construire un soubassement sur lequel les Etats pourront se construire. Cette contribution résulte du travail d’éducation civique mis à l’avant et par l’émergence de réseaux multiples qui occupent des espaces grandissants. La société civile s’éduque et éduque les populations, par le renforcement des capacités.
Dans le cas précis du Congo-Brazzaville, notre pays, la société civile ne doit être ni absente, ni figurante, ni dispersée. Elle doit se mobiliser pour prendre part activement aux différents débats qui concernent l’avenir de notre pays. La majorité et l’opposition ne peuvent, en aucun cas, être les seuls principaux acteurs à occuper l’espace médiatique, dans des revendications qui concernent, directement, le peuple. Cependant, la société civile doit éduquer, sensibiliser et former les populations, devancer les problèmes et attirer l’attention des gouvernants, prévenir les conflits, jouer le rôle d’arbitre. Elle doit être en éveil, jouer le rôle de veille et être en alerte,  pour lutter contre les maux qui minent la société congolaise.
Quelques pistes à exploiter: la pauvreté, la faiblesse des institutions, l’impunité, la corruption, le clientélisme… Lutter également contre le phénomène: «L’étranger d’abord et le Congolais après», qui s’est incrusté dans notre société. Les Congolais ne s’aiment pas ou même peut être plus entre eux. L’étranger est privilégié dans tous les domaines, au détriment des fils et filles de la Nation. En effet, le manque d’amour et l’indifférence sont les maîtres maux qui minent notre société actuelle. Il faut réactiver ou susciter cet amour qui fera retrouver à la Nation, l’unité de ses fils et filles. L’humilité! L’humilité! Pour tous ceux qui occupent des postes de responsabilité. Car, «à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire» (Pierre Corneille, (1606-1684) dans «Le Cid».

Lydie-Patricia ONDZIET

Présidente de l’Association la Trinité;
Présidente d’honneur de Dynamique Implication 2009;
Membre de l’Association Panafricaine d’Aquitaine.