Que l’Islam, comme le christianisme avant lui, accepte de se remettre en question

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La mobilisation de millions d’hommes et de femmes accourus à Paris des quatre coins de la planète, pour, ensemble, protester contre l’inacceptable, témoigne de l’enracinement, dans les consciences et les sentiments de tous les groupes composant l’humanité, de la conviction que la personne humaine est sacrée et que la liberté, pas seulement physique, est, avec la parole, ce qui la définit.

Vérité d’évidence dans tous les groupes humains, par-delà les différences de culture; simples contingences historiques.
Seuls, des barbares mettent des entraves à la quête de liberté de l’homme. L’unanimité de la protestation contre les massacres parisiens commis au nom d’Allah a ainsi réveillé l’espoir des retrouvailles fraternelles de l’humanité, depuis quelques décennies devenues proprement utopiques, à la suite du discours grinçant des fondamentalistes musulmans. Cependant, il faut bien se rendre à l’évidence que le fondamentalisme islamique, s’il n’y fait échec, retarde le moment du grand rendez-vous. Parce que l’idéologie réactionnaire du fondamentalisme islamique développe des thèses anti-humanistes abrutissantes.
Au vu de l’horrible idéologie de la charia, y a-t-il rien de plus sinistrement opposé aux idéaux de liberté, égalité, fraternité, exigence de la raison et vecteurs du progrès de l’esprit humain, dès qu’on les respecte? Y a-t-il rien de plus sinistrement opposé à la quête et à la conquête de l’homme que l’idéologie barbare de la charia qui exalte une société de brutes dans laquelle, seule la force physique compte, qui ne fait pas leur place aux membres les plus fragiles de la société; qui humilie l’intelligence en saccageant les meilleures de certaines productions de l’esprit?
Dans le domaine de l’art, les pertes irréparables causées au patrimoine mondial de l’humanité par la rage du fondamentalisme islamique sont connues. Bannir de la société les activités artistiques, pour sauvegarder la pureté des mœurs, est-ce raisonnable? Est-ce sensé? Comme si l’art n’était pas, avec le langage et la parole, ce par quoi l’homme se définit et se libère de l’emprise du destin!
Comment alors vivre avec les fondamentalistes qui ramènent l’humanité à ses bégaiements néolithiques, tournant le dos à la vocation de l’homme: devenir maître de la nature et, sans doute d’abord, devenir une conscience personnelle en permanence assiégée par le souci de ne jamais laisser la matière prendre le dessus sur l’esprit?
Celui-ci ayant le devoir d’avoir toujours l’initiative. Mais, cela implique que l’Islam, comme le christianisme avant lui, accepte de se remettre en question. Remonter l’histoire avec le souci de se purger de toutes ces scories culturelles dont la sédimentation à travers les âges, a fini par le défigurer. Dévié de son axe originel de spiritualité, l’Islam est devenu une simple idéologie de la domination dissimulée sous des simulacres de spiritualité. Il faut encourager l’Islam soufi si noble et si beau, si éloigné des visées belliqueuses d’un certain Islam ravalé au rang d’une idéologie de la conquête du pouvoir temporel.
Cela implique aussi que l’adhésion à l’Islam, même dans les sociétés de confession majoritairement musulmane, devienne libre, démocratique, personne n’étant susceptible de poursuite et de condamnation pour refus d’adhérer à l’Islam. Cela est possible si l’islam devenu une religion parmi d’autres, cesse d’être la religion de l’Etat qui, jusque-là, dans la majorité des pays musulmans, en a fait un instrument de gouvernement et d’intégration sociale, et gare aux récalcitrant!
L’intériorisation, par dressage d’un Islam de vulgate, dont le contenu doctrinal a été simplifié pour le rendre accessible même aux faibles d’esprit, est responsable de tout ce que le monde civilisé reproche, aujourd’hui, aux sociétés musulmanes. Mahomet deviendra sympathique au monde civilisé, lorsque les pays et les sociétés qui croient en lui se seront démocratisés.
Pour comprendre la violence des sociétés arabes depuis l’aube de leur histoire, il faut chasser l’idée saugrenue que l’Arabe est belliqueux et cruel par nature, même si le crime d’honneur est au centre de sa culture. Même si l’Arabe a derrière lui une riche tradition de conquêtes brutales: Gengiskhan, Timourlan. En revanche, il est difficile de se défaire de l’idée que le rituel musulman de l’obligation d’égorger le mouton de la tabaski entretient, chez les fidèles, l’instinct de meurtre et sa banalisation.
Les fondamentalistes islamiques sont des esprits égarés qui ignorent le sens exact à donner à notre existence d’homme. Au nom d’aucune idéologie religieuse, personne ne peut s’arroger le droit de porter atteinte à la vie d’autrui. Les hommes sont faits pour s’épanouir ensemble, dans la quête inlassable, jamais renoncée, les uns des autres. Dans ma langue, ce besoin de l’autre éprouvé par les hommes pour exister, se dit «ndzala bantu» (avoir faim (besoin) des autres), non pour les manger, mais pour s’épanouir ensemble avec eux.
C’est la grande affaire de l’éducation qui a mission de nous délivrer de la brute qui rue en nous, pour nous mettre sur le chemin de la droite humanité, lequel mène à la réconciliation de l’homme avec lui-même. Ainsi, la paix sur la terre serait pour bientôt, si au nom de Dieu, on arrêtait de massacrer et de dresser des buchers.

Dominique NGOÏE-NGALLA
(Historien)