Droits de l’homme, Etat de droit et développement socio-économique

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Toute société s’organise, en s’appuyant sur un principe ou sur des principes organisateurs. Un bref aperçu historique nous montre que les sociétés qui ont réussi à mettre en place les institutions les plus stables, sont les Etats-Nations. L’histoire nous montre, également, qu’il est extrêmement difficile et très long de construire une Nation. Il est encore plus difficile de construire un Etat, lorsque la Nation n’existe pas, pour la simple raison que les différents groupes en présence n’ont qu’un réflexe: celui de s’accaparer des structures en place, pour en tirer le maximum de profit.


A l’orée du troisième millénaire, la grande majorité des Nations riches sont celles qui essaient, le plus possible, de respecter les droits de l’homme. Il y a, donc, une corrélation entre l’existence d’un Etat de droit bien organisé, qui respecte les droits de l’homme, et l’enrichissement de la société. On peut, donc, dire que lorsqu’un pays est pauvre, c’est parce qu’il y a un déficit dans l’organisation de l’Etat et dans sa capacité de faire respecter les droits humains; il est évident qu’on ne peut rien attendre des êtres humains, lorsque ceux-ci se sentent bafoués dans leur dignité.
Lorsqu’on observe les quelques pays démocratiques, ô combien minoritaires sur cette planète, on constate que les seuls pays où la démocratie a pu s’exercer sont les pays où les idéaux universels de travail, de tolérance et de respect du prochain avaient droit de cité. La démocratie consacre le règne de l’individu, en cela qu’elle vise l’épanouissement total de l’individu rendu conscient des restrictions inhérentes à toute vie en société. Le développement harmonieux passe nécessairement par la mise en place d’un Etat de droit faisant respecter les droits humains. Ces généralités étant rappelées, nous constatons tout le chemin qu’il reste à faire pour beaucoup de pays en voie de développement, pour promouvoir un développement harmonieux.
Le développement basé sur une compétition loyale entre différents acteurs socio-économiques est seul créateur de richesse. C’est cette richesse qui est la seule base matérielle de la dignité des hommes. Il faudra veiller à la redistribuer, de telle sorte que l’initiative privée ne soit jamais découragée et que la cohésion sociale soit maintenue.
Le développement économique suppose des réformes politiques préalables; réformes acceptées de façon volontaire par la grande majorité de la société.
Pour qu’il y ait démocratie, il faut conscientiser et former les individus, pour augmenter leur sens des responsabilités individuelles. Il faut, pour toutes les questions importantes concernant la vie de la communauté, se référer au souverain primaire, c’est-à-dire organiser des élections libres, transparentes et justes; il faut qu’il y ait, au niveau de l’organisation de l’Etat, une réelle séparation des pouvoirs; qu’il existe des contres pouvoirs, une réelle liberté de la presse, une armée et une police républicaines, composées de cadres compétents, dont les compétences sont régulièrement vérifiées; il faut qu’il existe des tribunaux compétents, une justice indépendante et bien organisée, pour garantir toutes les libertés individuelles et le droit des gens.
On ne pourra, donc, faire de la démocratie qu’avec des démocrates. Ce qui impose la formation, en densité suffisante, de deux types de personnalités: les grands commis de l’Etat et les hommes de conviction. Pour beaucoup de pays africains, une coopération responsable s’avère nécessaire avec les grands Etats démocratiques.
Il doit être entrepris un vaste programme de formation, car ce qui fait la richesse d’un pays, ce n’est pas son sous-sol, mais son sur-sol constitué d’hommes et de femmes de haut niveau culturel, ayant assimilé toutes les valeurs de la démocratie et la culture des droits humains.
Nous voyons donc que l’on ne peut pas ajourner l’institution d’un Etat démocratique respectueux des droits de l’homme, car c’est le passage obligé vers un développement socio-économique harmonieux.
Les principes démocratiques et la culture des droits humains doivent être vulgarisés, comme ce fût fait pour le communisme au cours de la révolution culturelle. On ne devrait plus parler que du goût du risque qui paye, de compétition loyale, d’Etat minimal et compétent, d’une politique sociale, en vue de préserver la cohésion sociale...
Dans le cas de notre pays, nous devons faire la politique de nos moyens en hiérarchisant les priorités:
1- former une armée et une police républicaines, en adéquation avec les valeurs démocratiques et le respect des droits humains;
2- mettre en place une justice indépendante et compétente qui garantisse le droit des gens et la loyauté de l’entreprise;
3- créer des écoles républicaines où la formation viserait la compétence et le civisme. Toutes les idées qu’elles soient nouvelles ou anciennes sont toujours portées par des forces sociales, il s’agit donc d’une question de densité.

Professeur Agrégé Thierry GOMBET
Interniste CardiologuePremier Vice-Président de la Commission Nationale
des Droits de l’Homme.