Réflexion d’une panafricaniste : le choc de deux concepts: africaniste et panafricain

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Le terme «africaniste» est attribué aux chercheurs spécialistes non-africains des langues, des civilisations et de l’histoire africaine. Depuis bien des siècles, ces africanistes sont des euro-centristes. Ainsi, tout ce qui est africain est jugé, évalué, compris selon les appréciations purement européennes


- les spiritualités africaines sont des «fétichismes» et des «animismes»;
- les philosophes africains sont des «systèmes de pensée»;
- les peuples et nations africains sont des «tribus» et des «ethnies»;
- les arts africains sont des «arts nègres», «sauvages», «primitifs»;
- les langues africaines sont des langues inférieures «semi-bantoues», «chamito-sémitique», «afro-asiatique»,  «peuples paleonigritiques»,  «peuples hamites», «peuples hottentots», «société acéphale»,  «peuples sans histoire».
Les africanistes sont, par définition, racistes. Ils croient, tous, sans exception, qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les races, sur le plan social, politique, intellectuel et affectif. Les races sont inégales et la race noire est inférieure  à la race blanche. A cet effet, nous pouvons citer quelques exemples:
- Montesquieu (1689-1755), juriste, écrivain et philosophe français, qui, dans L’esprit des lois (1748), établit que l’Africain, noir de la tête aux pieds, n’est pas une créature de Dieu et que la couleur de la peau relève de l’essence même de l’humanité. C’est à peine si le Noir africain peut avoir une «âme» aussi bonne que celle des chrétiens d’Europe, auquel cas, les chrétiens d’Europe ne seraient pas, eux-mêmes, des chrétiens; c’est-à-dire que Dieu qui est si bon ne peut pas se tromper, en mettant une «bonne âme» dans des corps entièrement noirs. En tout état de cause, Montesquieu conclut que le Noir africain n’a ni raison, ni sens commun;
- David Hume (1711-1776), philosophe et historien britannique, qui décréta que le Noir est inférieur par nature et qu’il n’a jamais été responsable d’aucune civilisation. Hume affirme même que les nations européennes les plus barbares sont encore supérieures aux peuplades nègres.
- Hegel (1770-1831), philosophe allemand, a théorisé ainsi: le climat africain, torride, caniculaire, excessivement chaud, ne convient guère au séjour de l’esprit qui s’actualise dans le temps et dans l’espace comme histoire; en conséquence, l’Egypte pharaonique n’appartient pas à l’esprit africain; l’Egypte pharaonique appartient au monde méditerranéen  oriental; et l’esclavage des Noirs africains, quoique contre la liberté, est, néanmoins, bénéfique, car c’est une forme d’éducation pour les Africains, au contact avec les Européens, les seuls êtres humains civilisés.
En effet, le travail  de l’africaniste consiste à enlever aux peuples africains toute confiance en eux-mêmes, le dogme de l’infériorité congénitale, naturelle du noir; le Noir, c’est le néant, Dakar en est le témoin. Ainsi, le XVème sommet de l’O.i.f (Organisation internationale de la francophonie), qui s’est déroulé à  Dakar (Sénégal), du 29 au 30 novembre 2014, nous a replongés, nous Africains, dans un «passé colonial».
Ce qui revient à dire  que  pour le pays hôte, c’est un rendez-vous manqué, face à son continent, son histoire, son peuple. «Chasser le naturel, il revient au galop», Dakar a été rattrapé par: «le syndrome du sergent Malamine».
De cette réflexion, une certaine auto-critique s’impose: que faisons-nous pour échapper à ce schéma?
Pour l’instant, rien du tout. Malgré les intelligences africaines, le manque de cohésion fait que l’anti-thèse a du mal à éclore, l’aliénation culturelle fait que chacun veuille apparaître comme le meilleur élève de la puissance coloniale, au détriment, parfois même, du bon sens.
Cela s’est vu au sommet de la francophonie. Les propos tenus par un chef d’Etat d’un pays souverain envers ses pairs (également chefs d’Etat de pays souverains) étaient désobligeants. Malgré leur indignation, il ne s’est trouvé personne ou presque pour le dire à haute voix.
Nous pouvons parier que cette situation va s’accentuer. Plus la puissance coloniale connaîtra des difficultés d’ordre économique, politique et social, plus la main mise sur les anciennes colonies se fera pressante, de manière économique, militaire et sociale, à travers leurs différentes O.n.gs.
A cet effet, le président de la République du Congo, Etat souverain, a eu une attitude digne et majestueuse. Face à un comportement méprisant, il a non seulement défendu une nation, mais tout un peuple, une race. Il n’a pas dérogé à la règle, effectivement, lui, le «panafricain convaincu», s’est opposé à «l’africaniste pur». Pour la jeune génération africaine, c’est une étape très importante. Dakar est le début d’une ère nouvelle: il y aura, désormais, «un avant et après Dakar».

Lydie-Patricia  ONDZIET
Présidente de l’Association «La Trinité»;
Présidente d’honneur du mouvement «Dynamique Implication 2009»;
Membre de l’Association Panafricaine d’Aquitaine (APA).

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