Après Congo-Ghana : Pas encore des foudres de guerre, ces Diables-Rouges là !

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Le spectre ghanéen est toujours là. Il n’a pas disparu du ciel congolais. Les férus  de football, présents en surnombre au Stade Président Alphonse  Massamba-Débat, dimanche 27 mars dernier, l’ont constaté. Les Ghanéens, très décontractés, y ont effectué une véritable promenade de santé face à des Diables-Rouges  tétanisés, semble-t-il, par l’enjeu du match. Ils ont joué… la peur aux tripes. Pitoyables. Il y a longtemps qu’on a goûté à un si langoureux spectacle. Et pourtant, les trompettes avaient annoncé la prise prochaine  du fort ghanéen!

Réelle est, donc, l’hégémonie du Ghana sur le Congo. Elle est sans entorse. On avait  promis, pourtant, un léger mieux. On  a le vertige. On vacille. On se perd en conjectures. Les pros congolais semblent n’avoir pas encore l’étoffe de professionnels. Ils  ne sont pas  encore porteurs d’espoir. Les sélectionneurs nationaux seront-ils, dorénavant, plus regardants, en s’interdisant de sélectionner à la sauvette? L’équipe nationale est si précieuse qu’elle devrait être l’apanage  d’authentiques footballeurs. Jamais le contraire. Les prochaines sorties des Diables-Rouges (mais en quoi seraient-ils toujours rouges?) seront-elles plus probantes, à la place de l’exhibition fétide offerte en prime à un public qu’on ne respecte même plus?

Par ailleurs, le  mimétisme  pourrait se révéler, si l’on ne prend garde, une  cécité. Il est dangereux de former l’ossature d’une équipe nationale à partir des dires. Une équipe nationale normale appartient, voyez-vous, aux joueurs les plus performants évoluant au plus haut niveau. Cela leur  permet de se produire sans le  moindre complexe d’infériorité dans les compétitions internationales. Or, la différence de  niveau provoque des catastrophes. Les Congolais sont en train de le découvrir avec  des   sélectionnés, semble-t-il,  difficilement catégorisables.

Il faudra sortir des solutions de facilité. La diaspora ne constituerait pas la seule réponse à notre problème, bien au contraire. Sous d’autres cieux, les équipes des cadets et des juniors sont le soubassement de l’équipe senior. Et notre pays peut s’enorgueillir, justement, d’en avoir accouché. Que l’on se souvienne de ses Juniors champions d’Afrique des nations 2007 et médaillés d’or des Jeux de la Francophonie de Beyrouth, en 2009, au Liban. De même, de ses cadets médaillés de bronze, cette année, à Kigali. La Fécofoot  (Fédération congolaise de football) a l’impérieuse mission de veiller sur ces champions. Le  Ghana semble l’avoir compris. Le résultat n’est plus que probant. Il en glane, aujourd’hui, les dividendes. Mais ces jeunes ne s’improvisent pas. Ils viennent de quelque part: les centres de formation, les clubs… On ne les prend nullement sur le trottoir. Existerait-il, aujourd’hui, un seul club congolais avec  des cadets et des juniors?

Il faut refonder le football congolais. Les clubs actuels regorgeraient  des joueurs qui rêvent d’un matelas d’or dans un football essentiellement amateur et pauvre. Les uns et les autres  ont fait du football un job. Or, ces clubs n’ont jamais pignon sur rue. Ils manqueraient même le strict minimum: terrain d’entraînement à eux, siège social à eux, budget de fonctionnement. Et pourtant, ils ont accepté l’aventure semi-professionnelle qu’on leur impose, même si elle ne dit pas son nom.

Il faut refonder le football congolais, en lui assurant les moyens de ses ambitions. Pour paraphraser le Dr. Joâo Havelange, ancien président de la Fifa (Fédération internationale de football association), le football devra, d’abord, vivre des retombées financières de ses matches, avant d’en appeler au sponsoring qui, dans le cas de notre pays, traîne encore les pieds.

Par ailleurs, le  championnat actuel  serait un vieux rossignol,  eu égard à son niveau. Or, en  le valorisant, on déboucherait,  heureusement,  sur une sélection objective de joueurs où la diaspora trouverait sa place. Dans la mesure où les meilleurs, retenus, formeraient  l’armature du groupe et vice versa.

Bref, il est presque irréaliste d’avoir une équipe performante dont l’entraîneur réside, en permanence, à 6 000 km des joueurs qu’il prétend avoir sous la main. En réalité, il les connaît à peine. Dimanche dernier, certains d’entre eux, mains aux hanches, ont accusé de la fatigue, au bout seulement  d’un quart d’heure de jeu. Ils tiraient la langue: signe avant coureur d’une catastrophe! Timorés, interdits, ils ont préparé le lit de la victoire, simple et régulière, ghanéenne.  On l’a vu, le  Ghana était en train d’enfoncer des  portes ouvertes. Il a marqué les buts les plus faciles des éliminatoires de la  Coupe d’Afrique des nations 2012, comme à la parade, face à une défense congolaise figée, incapable, sans influx nerveux. On n’a pas attendu longtemps  pour voir s’étioler l’enthousiasme du public et  se dégarnir, à vue d’œil, les gradins populaires. Il y avait tout sur le terrain, excepté ce que l’on attendait: les Diables-Rouges! Et les Ghanéens, rassurés, s’applaudissaient dans un stade mort. A peine quelques voix, de temps en autre,  pour rappeler à l’entraîneur, Camille N’Gakosso, son devoir…de modifier l’équipe. Il semble que les injonctions des gradins n’épousent nécessairement pas la lecture du match  faite par l’entraîneur. On l’invitait, simplement,  à puiser dans sa réserve, elle, aussi, perplexe et très peu rassurante. Et l’arbre est tombé du côté où il était penché. Diantre! Qu’est-ce qu’ils sont venus foutre là, ces messieurs sans suavité?

On promet, certes, de rebondir… C’est l’éternelle chanson des entraîneurs. On veut bien les croire, mais avec quels joueurs et quelle préparation? La Fédération de football du Congo serait l'unique qui n'a ni agenda de matchs amicaux, ni moyens financiers pour assurer le regroupement régulier de son équipe nationale. Une chose paraît possible: à moins d’un gros miracle, les Diables-Rouges ont bien amorcé leur élimination. Ils resteront au bord du chemin qui mène à Libreville et Malabo! Point n’est besoin d’être devin ou  prophète infaillible pour l’affirmer… C’est une évidence qui est comme une plaie frontale.

F.K.M. PILOTE