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Le football africain a ses vedettes. Adulées par les fou les hystériques des stades, elles plongent, souvent, dans l’oubli, une fois leurs godasses à crampons rangées. Ainsi en est-il des Diables-Rouges, «héros de Yaoundé 72»,  entrés vivants au gotha du football, grâce à leur triomphe à la 8ème édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, au Cameroun. Ils étaient quelque 22 amateurs, dans toute l’acception du terme, excepté François M’Pelé (A.C Ajaccio/France) et, dans une moindre mesure, Jean-Bertrand Balekita «Eusebio» (S.C Toulon/France). Que sont devenus ces enfants terribles, ces gars à la fougue et la détermination légendaires, auréolés le soir du 5 mars 1972, à Yaoundé?
Les conquérants sont rentrés dans le rang. Et, c’est «la galère», pourrait-on dire, pour la plupart. Ils vivent dans un état indigne de champion. Et gèrent, pour tout dire, leur misère et le souvenir lointain de leur passé glorieux que rappelle, de temps en temps, la presse. Pourtant, ils ont sué sang et eau, pour ramener la fameuse coupe baptisée «Marie-Jeanne», mais n’avaient eu que des bribes, pour récompense: 50.000 francs Cfa et une parcelle de terrain.
François M’Pelé, le bombardier, après une longue carrière en France, est revenu au pays, depuis 1982. Gravement malade, l’année dernière, on aurait déjà déchiré son acte de naissance, si la présidence de la République ne s’était pas hâtée de l’évacuer dans un hôpital, en France. En dépit de l’argent amassé en treize années de carrière professionnelle, à Ajaccio, au Paris Saint-Germain, au R.C Lens et au Stade Rennais, il ne vit pas une retraite dorée, à Pointe-Noire, où il s’est retiré.  Ses affaires, à Brazzaville et dans la capitale économique, n’auraient pas prospéré. Hélas!
Ses coéquipiers ne sont guère mieux lotis, loin s’en faut.  Emmanuel Mayanda «Combattant», avant-centre devenu entraîneur, un peu plus tard, au CARA, son ancien club, à l’Union Sport Mbingui, et au Gabon, ronge son frein. Il n’est pas le seul à avoir embrassé le rôle, combien ingrat, d’entraîneur. Agent retraité du Ministère des sports, l’arrière droit Gabriel N’Dengaki «Impfondo» a fait long feu dans les clubs successifs qu’il a entraînés, à Brazzaville, Kinshasa, Libreville. Il est, désormais, sans club, après avoir claqué, cette saison sportive, la porte de Cuvette F.C d’Owando. Entraîneur de l’équipe nationale féminine, mais sans  contrat, il n’en tire pas le bénéfice escompté. Il en est de même pour le milieu de terrain Noël Minga «Pépé», l’homme au pied gauche libérateur. Officier militaire retraité, il est l’adjoint, mais sans contrat, du Français Jean-Guy Wallemme, à l’équipe nationale masculine seniors (il a été déjà entraîneur titulaire, deux ou trois fois). Le métier d’entraîneur ne nourrit pas encore son homme, au Congo, alors que les expatriés sont grassement payés.
D’autres retraités de la fonction publique poursuivent leur voie dans une jungle inextricable de difficultés. Ce sont les cas de Gilbert Poaty «Hidalgo», Augustin Ndouli «Rhyno», Joseph Matongo «Secousse», Félix Mfoutou, Emmanuel Mboungou,  résidant tous, à Pointe-Noire, et Bahamboula-Mbemba «Tostao», Serge Samuel Boukaka, Gabriel Samba «Njoléa», à Brazzaville. On ignore, par contre, le sort du gardien de but Paul Ntandou «Vieux  Paul», l’ancêtre des grands gardiens de but congolais. Son bras étant fauché, semble-t-il par des débris d’obus, pendant la guerre de 1997, il a émigré, depuis lors,  en France, auprès de sa progéniture.
Finalement, seul leur capitaine, à l’époque, Jacques Yvon Ndolou, général des F.a.c (Forces armées congolaises), s’en sort mieux. Il a été ministre délégué à la défense et, récemment, ministre des sports. Avec lui, dans une certaine mesure, Jean-Bertrand Balekita, colonel des F.a.c, lui aussi. Il est, actuellement, attaché militaire à l’ambassade du Congo à Cuba. Jean-Michel Mbono «Sorcier», fusil n°1 de la CAN 72, s’en sort tant bien que mal, lui aussi. Cadre retraité de la C.n.s.s (Caisse nationale de sécurité sociale), ce dernier a pris les rênes de la Fédération congolaise de football, par un tour de passe-passe. Il bénéficie des multiples avantages que confère cette fonction, désormais valorisée par la Fifa.
Dernière vague,  ceux qui ont connu un destin tragique. Ils nous ont quittés, l’un après l’autre: Paul Mbemba «Thorex», le 2 novembre 1990; Alphonse Niangou «Yaoundé», le 5 avril 1992; Paul Moukila «Sayal», le 23 mai 1992; Ongagna «Excellent-Exce», le 7 décembre 1992; Maxime Matsima «Yachine-Diable-vêtu de noir», le 20 janvier 2003; enfin, Joseph Ngassaki «Zeus-Lénine», le 22 novembre 2005. Deux techniciens, Adolphe Bibanzoulou «Amoyen» (le 18 janvier 2003), entraîneur principal, et Jean-Michel Oba (2006), directeur technique national, ne sont plus, également, de ce monde…

Guy-Saturnin MAHOUNGOU

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