MTN CONGO : Une modeste contribution à la noble vision du Centre Ephata des jeunes sourds

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Vivre ou naître avec un handicap n’a rien de facile pour tout le monde (qu’il s’agisse de la personne handicapée elle-même, de sa famille de son environnement,…). En effet, les obstacles à surmonter sont multiples tout au long de leur vie. Dans les pays industrialisés, la technologie, la médecine et les services sociaux mettent à disposition du handicapé tout un écosystème de solutions ayant pour but de faciliter la vie, en atténuant leurs difficultés.

Tel n’est pas le cas dans notre pays, qui souffre d’un manque d’infrastructures spécialisées susceptibles de répondre à un besoin en faveur de cette population souvent laissée-pour-compte, sans aucun moyen palliatif adéquat la plupart du temps.

C’est face à cette réalité que la société de téléphonie mobile MTN Congo, qui fait de l’éducation des jeunes Congolais, une de ses préoccupations majeures,  est  allée à la rescousse du Centre Ephata. Celui-ci, en charge de la scolarisation et de la formation professionnelle des jeunes sourds-muets congolais, à Koubola, village situé à 34 km de Brazzaville, sur la Route nationale n°1, a reçu, le jeudi 14 janvier 2016, un important don d’équipement de la Fondation MTN Congo.
La cérémonie, agrémentée par le groupe de danse  «Les Echos de Brazzaville», s’est déroulée dans l’enceinte du centre, en présence de la directrice de cabinet du ministre des Affaires sociales, Mme Marie Céline Tchissambou Bayonne, du directeur général des Affaires sociales, M. Clotaire Tombé, du directeur de la Fondation MTN Congo, M. Cyriaque Okoumou Ombolla, du chef du village Koubola, M. Norbert Mahounkou, de l’Abbé Xavier Mbemba Bissémo, initiateur et responsable du centre Ephata et des MTNers (les agents de MTN Congo).
Outre les élèves dudit centre, on a noté également la présence des élèves de l’école et des habitants de la localité. Le don, composé entre autres, de tables-bancs pour les classes, des lits superposés pour les dortoirs, des gouttières et des cuves pour  recueillir et conserver l’eau, a été réceptionné par l’Abbé Xavier, qui a exprimé toute sa reconnaissance aux responsables de MTN Congo, pour cet acte noble.
L’acte que vient d’accomplir la Fondation MTN Congo pose la véritable problématique de la scolarisation des enfants vivant avec handicap, souvent désavantagés, tels les sourds. D’autant que la surdité est un handicap invisible qui peut rester longtemps ignoré et avec pour conséquence la marginalisation de cette couche vulnérable. La déficience auditive est donc un handicap difficile, tout particulièrement dans notre société où la capacité de participer à des conversations est vitale pour la survie économique et sociale.
Quel peut être l’avenir des enfants sourds, quand les questions de qualifications, d’apprentissage et d’emplois se posent avec acuité?  
 Force est de constater que  les perspectives des personnes sourdes se trouvent trop souvent limitées. Il est important de réduire ces insuffisances, en soutenant des initiatives telles que celles entreprises par l’Abbé Xavier, qui a créé le Centre Ephata, en 2004. Installé, au départ, à l’étroit, au quartier Diata, à Brazzaville, le centre a été transféré, ensuite, sur  son nouveau site, à Koubola, plus spacieux, pour de meilleures conditions d’accueil des enfants provenant de tous les départements du pays. Pour la cinquantaine de ses apprenants, le centre dispose, actuellement, de sept enseignants, dont trois permanents.
«J’ai eu l’initiative de créer cette structure de formation, de prise en charge des enfants sourds–muets, à cause du manque d’école spécialisée dans les autres localités de notre pays, en dehors de Brazzaville et Pointe-Noire. Alors, il m’était difficile de supporter voir des enfants sourds congolais, vivant dans ces localités, restés analphabètes  toute leur vie…», a expliqué l’Abbé Xavier.
L’éducation des enfants sourds est une initiative permettant la réduction du phénomène de rejet de cette couche vulnérable, car au Congo, les gens considèrent, souvent par ignorance, la surdité comme un signe d’idiotie et de bêtise, empêchant les enfants qui en souffrent d’apprendre quoi que ce soit. De même que dans certaines familles, les gens croient que les personnes sourdes possèdent des esprits démoniaques. Nos coutumes et traditions montrent à quel point les sourds peuvent avoir une condition misérable, ne se mêlant pas avec des personnes entendantes. Certains de nos compatriotes sourds ne connaissent pas leurs droits, comme celui de s’exprimer en public. De même que souvent, la naissance d’un handicapé dans une famille donne lieu à des interprétations et préjugés de tous genres.
La contribution de la Fondation MTN Congo permettra, assurément, de combattre le concept péjoratif de «sourd-muet», car ces personnes ne sont atteintes d’aucun trouble les empêchant physiologiquement de parler, simplement leur mutité n’est que la conséquence de leur surdité. L’enfant qui naît sourd, pour diverses raisons, ne pourra jamais entendre la parole et la répéter naturellement, comme font tous les enfants apprenant à parler; sans prise en charge, il deviendra «muet». Par ailleurs, celui qui développe une surdité, suite à une maladie telle que la méningite, perdra, progressivement, l’usage de la parole, si une rééducation ne lui est pas proposée. Nous constatons également qu’il est difficile, pour un chef de famille congolais, de prendre en charge, seul, un enfant sourd de naissance, sachant qu’il a une dizaine de personnes qui dépendent de son seul revenu pour la survie quotidienne. C’est une situation généralement lourde de conséquences. De plus, la famille ne pourra souvent pas compter sur les gains du travail futur de l’enfant sourd. Il constitue alors une charge de plus pour la famille, un fardeau. Et quand cet enfant sourd est une fille, la surdité devient un double handicap. Qui voudra épouser une fille sourde et combien la famille de la mariée pourrait-elle demander le jour de sa dot à la famille du futur époux?
Oui! Il est un devoir, une responsabilité sociale, et nationale, de faire de la question des handicaps des enfants congolais une cause nationale. Souvent marginalisés par notre société, ignorés de l’Etat, parfois analphabètes et sans éducation, les enfants sourds au Congo vivent encore une situation qui est loin d’être enviable. Pourtant, pour eux, la clé serait l’apprentissage: «apprendre non seulement les matières scolaires, mais surtout, apprendre le monde, apprendre à se connaître, à savoir qu’elles sont des personnes à part entière, pleines de capacités et de possibilités à éveiller. Au Congo, il n’y a pas d’enfant sourd, mais des enfants avec des surdités de toutes sortes» , comme le dit Cyriaque Okoumou Ombolla, Directeur de la Fondation MTN Congo.
Le projet du Centre Ephata des jeunes sourds, du valeureux Abbé Xavier, est un projet éducatif structuré avec une clairvoyance émergente pour des générations futures, mais qui sollicite un accompagnement de toute la société congolaise, afin de faire face à des besoins les plus urgents et des ressources encore plus grandes (des enseignants spécialisés, des orthophonistes qualifiés, des outils pédagogiques adaptés, des formations, des équipements et prothèses, des lois appropriées en la matière…).
Telle a été la compréhension du directeur de la Fondation MTN Congo, qui a salué la «vision claire» de l’Abbé Xavier et a reprécisé la place que MTN accorde à l’éducation. «Pour la Fondation MTN, la notion de l’éducation de l’enfant congolais est une priorité», a-t-il fait observer, soulignant que «depuis 2004, nous sommes ensemble et nous allons continuer. Ce que nous allons faire, c’est pas des promesses, mais une réalisation; nous allons équiper, à partir de la semaine prochaine, la salle de classe des CP (cours préparatoires) avec des tables, des chaises adaptées, pour que les enfants puissent étudier dans de bonnes  conditions». «Cette année, ce que nous allons également faire pour le Centre Ephata, nous allons équiper  d’une bibliothèque complète de 3.000 livres, depuis la classe de CP (cours préparatoire) jusqu’à la classe de Terminale technique; nous allons amener tout l’équipement nécessaire pour la formation de la coiffure et de la couture»,  a-t-il rassuré, insistant que le directeur général de MTN Congo, Djibril Ouattara, «nous a donné ordre d’agir  au maximum pour ces enfants» du Centre Ephata.
Le Centre Ephata, sur le site de Koubola, est d’environ un hectare, acheté en 2007, sur lequel, aujourd’hui, est érigé un bâtiment comprenant une salle de réunion, deux dortoirs pouvant loger une centaine d’enfants, des salles d’apprentissage de la coiffure, de la couture et de la maçonnerie, trois salles pour le logement des enseignants. Un réfectoire, un bloc administratif avec une bibliothèque, un espace de jeux sous les arbustes et un enclos pour l’élevage de volailles et de porcs, n’est pas une simple vue de l’esprit, mais une tentative de réponse à la question de la scolarisation (pas d’argent pour le transport jusqu’à l’école et peu de temps pour le suivi scolaire à la maison).  
En toute convivialité, l’Abbé Xavier a terminé ses propos: «Au nom de tous les enfants sourds du Centre Ephata, c’est une joie de vous manifester notre reconnaissance, particulièrement au Ministère des Affaires sociales, ici représenté, mais aussi de façon particulière à la Fondation MTN Congo, qui a bien voulu nous octroyer ce don. Ces enfants déficients auditifs ont besoin de notre attention, de notre amour»,  a-t- il déclaré, soulignant qu’«un pays émergent a besoin de l’apport de tous ses enfants» «Nous le faisons sans but lucratif. Les enfants sont formés gratuitement», a-t-il  dit.
Intervenant en dernier, Mme Tchissambou Bayonne a rappelé que depuis sa création, le Centre Ephata est en relation avec le Ministère des Affaires sociales, qui a, entre autres fonctions, de s’occuper de la réadaptation dans tous les domaines. «L’Etat fait de son mieux pour donner quelque chose à toutes les catégories (handicapés, aveugles, handicapés moteurs …) Ces enfants sourds sont des Congolais. Nous avons essayé d’accompagner l’Abbé Xavier qui a eu une idée géniale, mais complexe et coûteuse. L’Etat doit tout faire, mais ne peut pas tout faire en même temps. Et l’Etat ne peut pas faire seul. C’est pour cela que je me tourne du côté de MTN, pour leur dire, une fois de plus,  merci pour votre apport, parce que vous êtes dans un pays, il faut rendre l’ascenseur à la population congolaise et comment rendre l’ascenseur, si ce n’est par ce type d’actions. J’encourage MTN, que nous continuons le chemin ensemble; pas seulement  avec Ephata, mais peut-être, demain, un autre centre surgira dans un autre domaine de la réadaptation, nous pouvons compter sur MTN», a conclu la directrice de cabinet du ministre des Affaires sociales.   
L’Abbé Xavier, dans sa soutane noire, le visage rayonnant, a partagé un rafraîchissant avec ses «enfants»  et ses hôtes venus de loin, pour le soutenir dans cette belle œuvre d’humanisme.
A quand la vulgarisation de la langue des signes dans notre écosystème en République du Congo…?