Campagne d’adhésion ... Rejoignez-nous ! L’Appel du Rassemblement Citoyen de Juin 1998 : Les leçons de l’histoire… ou l’opportunité manquée

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A la fin des années quatre-vingt, nous avons sans doute été pris de court par les soubresauts mondiaux. L’éloignement géographique joint aux menus problèmes du quotidien ne nous a pas aidés à prêter l’attention nécessaire à ce qui se déroulait dans les pays de l’Est de l’Europe. Sans que ces événements nous passent totalement par-dessus la tête, nous n’en avons que moyennement saisi la portée. 

En fait, nous n’avons pas été capables d’y lire la trame d’une des plus grandes révolutions de ce millénaire finissant, cause des grandes répercussions dans le monde. Il n’est pas faux aujourd’hui d’affirmer que les événements de l’Est ont suscité un regain d’énergie tel que les peuples n’en avaient pas connu depuis des décennies.

Pris dans la tourmente des évolutions entraînées par les événements de l’Est, nous avons cru devoir examiner les requêtes qui venaient de la société congolaise selon les critères de la justice et de la morale. Mais au terme de cinq mois de conférence nationale avons-nous seulement été capables d’apporter une réponse à la revendication éthique du peuple, celle qui consiste à voir apparaître des leaders politiques qui donnent l’exemple? Mieux avons-nous soupçonné un seul instant que la  paix dans toute société a pour fondement la justice?    

Notre pays dans le passé n’a toujours pas fait les bons choix

Pourtant le grand dessein de la conférence nationale souveraine était d’offrir à notre pays le Congo l’opportunité d’une nouvelle donne politique. Nous avions visiblement besoin d’un new-deal qui réalise les grands travaux et restaure l’Etat régalien dans son exigence d’une gestion plus morale.
La conférence nationale était également l’occasion d’instaurer un climat politique qui permette le respect des différences et empêche d’instituer des citoyens blessés. Au-delà, elle était l’occasion  d’un renouveau humain partant du renouveau de nos mœurs et pratiques politiques.

C’est dire que l’histoire nous offrait là l’occasion d’un renouvellement de la classe politique congolaise. Mais éduqués dans le respect des aînés, nous nous sommes abstenus de prendre la relève. Encore ancré dans la tradition, notre peuple n’aurait pas compris qu’il en fût autrement. C’est ainsi que nous avons soutenu de toutes nos forces nos aînés, pensant pouvoir faire d’eux des leaders crédibles et capables de porter la nouvelle espérance nationale. Tout en nous témoignait de notre loyauté à leur égard. Quoi d’étonnant que certains d’entre nous en soient morts, puisqu’ils ont cru jusqu’à la fin de leur vie à la possibilité pour nos aînés de se ressaisir chaque fois qu’ils s’engageaient dans des options qui s’éloignaient de l’intérêt général en compromettant dangereusement la cohésion nationale.
Privilégier le dialogue et les solutions négociées dans toutes nos crises, garantit au Congo une paix durable et une crédibilité sur le plan international.
Ainsi souvent, des drames nationaux nous ont donné raison. Nous aurions préféré sincèrement nous priver de pareil  privilège.

Souvenons-nous que la Conférence Nationale a outrancièrement personnalisé les questions politiques en désignant des boucs émissaires et en voulant introduire dans les pratiques politiques les règlements de comptes. Pressentant les risques de crispation dangereuse des différentes familles politiques, nous nous sommes radicalement opposés à ces pratiques inquisitoriales d’un autre âge. On ne construit pas un pays dans l’exclusion de ceux qui pensent différemment. Aussi, avons-nous largement contribué à la mise en place des formules consensuelles en nous exposant à toutes les incompréhensions et toutes les inimitiés. Cette philosophie devait pourtant triompher avec éclat.
Pour s’être écartées de notre option, les dernières évolutions politiques étaient encore une fois la preuve de la justesse de nos premières positions.

La faillite des aînés

De ce point de vue, la guerre de 1997 n’est que la matérialisation de la faillite de nos aînés et de leur conception du pouvoir. Elle est plus radicalement la preuve qu’ils ne peuvent intégrer la démocratie dans son exigence de dialogue et d’arbitrage pacifique. Enfin, la guerre de 1997 marque le point de fracture irrémédiable entre les générations. Elle clôt  une période  de l’histoire politique de notre pays en sanctionnant des hommes, leur génération et leurs pratiques. Que la démocratie si génératrice de valeurs consensuelles et si favorable au progrès sous d’autres cieux ait été facteur de guerre prouve que nous assistons à un dangereux renversement de situation.
Les agents d’un tel recul historique ne peuvent plus prétendre être les moteurs de l’histoire nationale désormais dévoyée. Il est impératif qu’émergent des énergies nouvelles afin que l’histoire reprenne son cours et que le peuple traumatisé reprenne espoir. Il est surtout indispensable que naisse un espace capable de fédérer lesdites énergies dans une volonté radicale d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire politique de notre pays. La démocratie n’abolit ni les différences ni les contradictions sociales. Elle fédère des volontés dans la défense des grandes valeurs nationales et arbitre les conflits par le débat. Nulle part elle ne fait éclater le pays en petits camps ennemis qui se suspectent et sont obligés de s’éliminer pour survivre.

Le R.C, un trait d’union de toutes les bonnes volontés

La création du Rassemblement Citoyen répond à ce besoin d’un tournant nouveau qui réconcilie le peuple avec la politique. En même temps qu’elle offre un instrument de lutte pour des conquêtes fondamentales et durables, elle donne aux nouvelles générations l’occasion de prendre résolument le relais pour l’organisation d’une société congolaise moderne, démocratique et apte à affronter les défis de la mondialisation.
Le R.C. ne se contentera pas de se lamenter sur les malheurs du Congo; il est surtout un laboratoire de recherche de solutions afin que les notions de fatalité et de malédiction soient définitivement bannies des représentations de notre peuple.
Dans ce sens, le R.C. est un trait d’union de toutes les bonnes volontés tendues vers un avenir qui garantit à chaque citoyen le minimum pour son bien-être. Notre pays regorge de richesses suffisantes pour que le peuple en soit le premier bénéficiaire à condition toutefois de réhabiliter le sens de la responsabilité, la rigueur au travail et le goût de l’effort.
S’adapter pour mettre en place une économie mise au service de l’homme en créant des emplois

Le monde aujourd’hui est soumis à des contraintes si fortes que les choix efficaces ne s’opèrent plus qu’à l’intérieur d’un cadre binaire: mondialisation ou autarcie, marché ou idéologie. C’est dire combien le monde réel est devenu plus fort que l’univers des concepts, combien l’idéologie a été subordonnée au monde économique.
Mal préparé à la marche économique du monde, tout en espérant tirer profit de celle-ci, le Congo n’en collectionne que les effets négatifs. Quoi d’étonnant que les corollaires en soient l’instabilité, la guerre, l’insécurité et la précarité la plus insoutenable pour  notre peuple: toutes choses si néfastes à l’investissement.
Un sursaut vigoureux s’impose si nous voulons survivre en tant que nation. D’où l’urgence de modifier aujourd’hui notre rapport à la politique, au politique ainsi qu’aux impératifs du marché, si nous voulons nous adapter. Dans cet esprit, notre préoccupation nationale ne doit plus être d’évincer le capitalisme mais de l’apprivoiser et de le gérer le plus humainement possible. Une nouvelle optique cherchera donc dans l’économie et le social ce qui les rend complémentaires. Difficile désormais en effet de concevoir l’une sans l’autre. Ainsi, sur le registre social, notre gestion sera protectrice à l’égard des plus pauvres. Mais comment atteindre pareils objectifs sans nous convaincre des vertus de l’initiative, de l’innovation et de la compétition? C’est ici qu’il apparaît que l’entreprise est une priorité qui commande toutes les autres. En termes plus clairs, le Congo doit maintenant apprendre à produire, produire plus et mieux; savoir vendre et être compétitif. Seuls ceux qui sont capables de dégager des profits sont en mesure d’investir; et nul n’ignore que seul l’investissement crée de l’emploi et permet de combattre le chômage qui constitue la pire des inégalités sociales. Le chômage rend les jeunes vulnérables et réceptifs aux idéologies extrémistes. Il fragilise la paix et l’équilibre sociale.
Loin d’être une capitulation à l’égard des ambitions sociales, notre vision ainsi esquissée est la vraie voie vers la paix, la justice sociale, l’Etat de droit, la démocratie et la prospérité pour notre peuple.
Cette voie amènera inévitablement chacun à se déterminer par rapport aux valeurs principales de paix, de justice, de tolérance et de travail, valeurs émancipatrices. Elle ouvrira donc d’autres issues sur le plan psychologique à des situations où plus personne ne se déterminera par rapport à l’ethnie, à la région ou à la famille. N’est-ce pas la justice qui est le fondement de la paix?

Rejeter la théorie des «minorités» c’est refuser la régression et la répétition des tragédies

Tout naturellement, la force compromet la paix quand la volonté de développement ne s’accompagne pas d’une démocratie permettant l’alternance politique.
Car il est absurde de penser qu’un pouvoir fort et durable soit à la fois garant et facteur de prospérité. Nombreuses déjà sont les théories qui accréditent l’idée d’une possible renaissance africaine par la mise entre parenthèses de la démocratie transparente et l’instauration des pouvoirs forts, agents de développement et de stabilité. Les trois dernières décennies de monopartisme que vient de vivre l’Afrique sont le plus cinglant démenti à ces idéologies de l’inaptitude congénitale de l’Afrique à la démocratie pour causes de frictions ethniques. Même les drames du Rwanda ne peuvent fournir de prétexte à une mise à plat des processus démocratiques sous le fallacieux argument que la démocratie serait toujours défavorable aux «minorités» condamnées à n’accéder au pouvoir que par les armes.
Il n’est qu’à recenser la cinquantaine d’ethnies que compte notre pays le Congo, pour comprendre qu’il peut toujours y avoir une «minorité» d’une autre «minorité». Raison pour laquelle la théorie des «minorités» ne peut qu’entretenir l’instabilité et compromettre le destin national. Elle est l’alibi de la loi du plus fort. Elle conteste l’égalité comme objectif. Notre pays a heureusement apporté un démenti à cette vision en amenant au pouvoir après la conférence nationale souveraine, un homme issu d’une des plus infimes «minorités». En élisant cet homme, le peuple congolais faisait le choix d’un programme politique qui lui paraissait correspondre à ses intérêts. On ne peut donc pas faire endosser au peuple congolais la responsabilité des drames que connaît notre pays qui ne sont que la conséquence du manque de sagesse des dirigeants politiques dans la gestion du pouvoir.

C’est du peuple que doit venir l’autorité des pouvoirs publics

Réaffirmons que la stabilité, le développement durable et la prospérité sont inséparables de la démocratie. C’est pourquoi le Rassemblement Citoyen est attaché à l’article 21 de la déclaration universelle des droits de l’homme en son alinéa 3**.

Parions sur l’intelligence pour apprivoiser notre avenir

La solution à nos crises répétées viendra surtout de la résorption de nos déficits sur le plan économique et de l’élimination de ce sentiment d’impuissance que nous éprouvons toujours face à nos partenaires économiques étrangers. D’où l’importance de l’école à la fois comme lieu d’acquisition des connaissances objectives, de l’égalité des chances et des renouvellements des consciences. Grâce à celles-ci sera réintroduite de l’éthique là où il y’a trop souvent concussion, corruption et compromission tout en injectant de la transparence là ou il y’a ambiguïté et clandestinité.
Difficile est la période mais prometteuses sont les perspectives nationales pour peu qu’elles rencontrent des volontés et des consciences au service du peuple et de l’intérêt national. Ces volontés et ces consciences existent et n’attendent qu’à être fédérées au sein d’une grande famille qui sache réinventer la politique et ses vertus.
Cet appel est un premier pas dans cette direction. Il vous appartient désormais d’en faire un large écho pour que le Congo, notre pays meurtri, se remette debout.

Agissons pour ne plus subir.
Réapproprions-nous notre destin

Mais un tel objectif peut-il être atteint si le Congo reste éternellement suspendu à la volonté de certaines multinationales qui, comme l’affirme la presse occidentale, maintiennent ou font accéder au pouvoir les fils du pays sans aucun égard pour la vie des Congolais? C’est ici l’occasion de réaffirmer que la Paix durable, le développement durable, la prospérité et la démocratie sont à notre portée, si nous nous impliquons dans la réappropriation de notre destin. Ici nous vient comme en écho cette célèbre réflexion de J.F. Kennedy: «Au lieu de vous demander qu’a fait mon pays pour moi; demandez-vous plutôt qu’ai-je fait pour mon pays».
Qu’ai-je fait, en effet, pour que le Congo ne subisse plus?
Incontournable, cette question nous sera posée demain par les générations à venir. Ne nous y dérobons pas.
Juin 1998 à Brazzaville

Claude Alphonse N’SILOU
Le Président du RC


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