Notice sur les recteurs de l’Université Marien Ngouabi

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Dans la continuité de l’article intitulé «Historique de l’enseignement supérieur laïc au Congo: quelques faits saillants» (cf. La SA n°3320 du 30-862013 et La SA n°3331 du 8-10-2013) ma réflexion de ce jour porte sur l’Université Marien Ngouabi, pour parler des personnalités qui l’ont dirigée depuis sa création, c’est-à-dire, les recteurs. Etablissement public à caractère scientifique, culturel, technique et professionnel, l’Université Marien Ngouabi a été créée, on le sait, par ordonnance n°29/71 du 4 décembre 1971, à la suite de la dissolution en avril 1971 de la Fesac (Fondation de l’enseignement supérieur en Afrique centrale).

Elle a incarné, seule, l’enseignement supérieur dans notre pays, pendant vingt ans, jusqu’en 1990, quand est intervenue la libéralisation ou dénationalisation de l’enseignement, comme cela a été dit dans l’article précité. Notre université étant composée de plusieurs établissements d’enseignement supérieur (facultés, écoles supérieures, instituts), son recteur, qui est nommé par décret présidentiel pris en conseil des ministres parmi les enseignants permanents du grade de professeur, sur proposition du ministre de l’enseignement supérieur, apparaît comme le «directeur général», au-dessus des chefs d’établissement que sont les doyens des facultés et les directeurs des écoles ou des instituts nommés, eux aussi, en conseil des ministres. Il reçoit les instructions du ministre, les transmet aux chefs d’établissement, rend compte de leur exécution et lui fait connaître les problèmes des établissements universitaires.
Selon Maurice Quenet, un recteur à Paris (France), le terme «recteur» vient du latin «rector», lui-même lié au verbe «regere» (diriger, régir) qui désignait au XIIIème siècle, dans ses premières occurrences en français «le capitaine d’un navire».
Chef de l’Université Marien Ngouabi, le recteur dispose, au rectorat, de toute une administration où il est assisté, entre autres responsables et acteurs, de deux vice-recteurs et d’un secrétaire général de l’Université qui constituent son «état-major». L’un des vice-recteurs a en charge les affaires académiques et l’autre, la recherche et la coopération.
Le recteur de l’Université est, donc, un manager de l’administration et le premier pilote de la pédagogie. Toutefois, ses attributions (de direction, de gestion et de contrôle) sont définies dans le décret n°2013-395 du 29 juillet 2013 portant réorganisation de l’Université Marien Ngouabi. Ce décret, qui a abrogé les décrets n°76-439 du 16-11-76 et 96-261 du 3-6-96. Tout recteur de l’Université Marien Ngouabi est un haut-fonctionnaire de l’administration de notre système éducatif. Comme le disait J.M. Mayeur, dans le journal «Le Monde» des 15 et 16 février 1976, «l’administration, au-delà des textes, des règlements et des circulaires, ce sont des hommes, et des hommes dans le temps», on devrait apprendre à connaître ces hommes que sont nos recteurs!
Cette notice se voulait biographique, pour mieux faire connaître des lecteurs de La Semaine Africaine, les différents recteurs qui ont dirigé notre alma mater. Mais, comme une telle notice prendrait la forme d’un ouvrage, tel un dictionnaire biographique, au lieu d’un simple article de presse, cela nécessite une recherche plus systématique d’informations et même de témoignages.
Je laisse, alors, le soin aux historiens ou chercheurs en éducation de nous instruire tôt ou tard sur les missions -en évolution- de la fonction rectorale et sur l’action menée par chaque recteur pour améliorer la réussite des étudiants, renforcer les capacités professionnelles des personnels et développer le rayonnement de l’institution universitaire car tous n’ont pas eu la même envergure et mis le même temps au poste. Ayant seulement creusé le sillon, je me réduis à présenter le tableau synoptique des intéressés pour tenir compte aussi bien des contraintes d’espace dans le journal que de la difficulté à trouver des contributeurs disponibles. En quarante-deux ans d’existence, plus d’une dizaine de personnalités se sont succédé à la tête de l’Université Marien Ngouabi. Ce sont:
Cette liste révèle que, jusqu’à ce jour, aucune femme n’a encore été nommée aux fonctions de recteur. Jean-Baptiste Tati-Loutard, le premier à diriger notre université à sa création, était désigné par le terme «directeur». Il a, en quelque sorte, assuré une transition. En termes de longévité au poste, les mandats les plus longs ont été ceux de Charles Gombé Mbalawa, Georges Moyen (6 ans), Hilaire Bouhoyi (5 ans) et Daniel Abibi (4 ans), tandis que le plus court a été celui de François Lumwamu (1 an). La moyenne d’exercice des fonctions de recteur est de 3,2 ans.
Certains de ces recteurs ont aussi occupé, avant et surtout après le rectorat, des fonctions ministérielles à l’éducation nationale. Cas de Lévy Makany (Education nationale: mai 1966-septembre 1968), Jean-Baptiste Tati-Loutard (Enseignement supérieur: décembre 1975-avril 1977 et décembre 1986-juillet 1988), Antoine Ndinga-Oba (Education nationale: avril 1977-août 1984), Anaclet Tsomambet (Enseignement primaire et secondaire; Education nationale: juin 1991-janvier 1992), Daniel Abibi (Enseignements secondaire et supérieur: août 1984-décembre 1986), Sylvain Makosso-Makosso (Enseignement primaire et secondaire: septembre 1996- octobre 1997), François Lumwamu (Enseignement supérieur: novembre1997-janvier 1999), Georges Moyen (Enseignement supérieur: de septembre 2012 à ce jour).
Enfin, je signale en passant que Jean-Baptiste Tati-Loutard et Antoine Nndinga-Oba reposent déjà pour l’éternité: ils ne sont plus en vie: paix à leurs âmes! Les autres, en fonction de leur âge, sont, soit encore en activité ici et là en réintégrant leur corps d’origine, soit admis à la retraite.

Observations

Dans la spécificité du système éducatif français, le terme «recteur» est utilisé pour désigner les fonctionnaires d’Etat placés à la tête des académies (circonscriptions territoriales administratives, déconcentrées, propres à l’éducation nationale). On parle alors de «recteurs d’académie». En effet, le décret du 17 mars 1808 portant organisation de l’Université impériale créait les académies et disposait, en son article 94, que «chaque académie sera gouvernée par un recteur». Cela est resté jusqu’à ce jour. Mais le C.n.e.d (Centre national d’enseignement à distance) est aussi dirigé par un recteur. Dans son académie, le recteur est chancelier des universités qui sont dirigées par des présidents élus par leurs pairs. La première femme, en France (Mme Alice Saunié-Séïté) nommée rectrice d’académie l’a été en 1973. Jusqu’en 2006, elles étaient encore moins d’une dizaine.
Chez nous, le ministre de l’éducation nationale, Martial de Paul Ikounga, avait tenté, en son temps, de transformer les D.r.e (Directions régionales de l’enseignement) en Inspections académiques (cf. décret n°96-69 du 1er février 1996) que dirigeraient les inspecteurs d’académie. Mais, l’expérience n’avait pas survécu à son départ du gouvernement, en 1997, puisqu’on est revenu à l’ancienne appellation, depuis les décrets du 12 mai 1998. Mais bien des années auparavant, l’inspection d’académie a existé au sein de notre système éducatif. L’inspecteur d’académie, conseiller technique auprès de la direction générale de l’enseignement, était responsable, entre autres, de l’organisation des examens universitaires, de la délivrance des diplômes sur toute l’étendue du territoire national et avait à connaître des adaptations des programmes d’études et examens; de même qu’il assurait l’inspection et le contrôle pédagogique du personnel de l’assistance technique près le Ministère de l’éducation nationale (cf. article 12 du décret n° 64-438 du 31.12.1964 portant réorganisation de la direction générale de l’enseignement).

Simon NANITELAMIO
ICEG Honoraire
Tél. 06.662.12.30
Note:
1- Source: Rectorat de l’ Université.

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