Pour l’avoir estropiée, l’Occident doit bien quelque chose à l’Afrique

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Pris d’un souci devant sa misère, lorsqu’on est Africain noir, on se plait à penser, et non à tort, que, sans la cruauté des Blancs et des Arabes, l’Afrique noire n’en serait probablement pas là. Et de se rappeler le mot de Pascal: «Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus cours, la face du monde en eut été changée».

C’est de l’interminable épreuve que furent les rafles des populations par les Arabes pendant de longs siècles, plus tard et concomitamment, la traite des Nègres qui dura quatre siècles terminés par un siècle de colonisation sauvage qu’en effet, l’Afrique noire sortie estropiée et pour longtemps, inapte au développement, elle qui avait servi de marchepied au développement des pays arabes et de l’Occident. Pour s’éviter un remords de conscience, ces prédateurs rejettent la responsabilité de la misère de l’Afrique noire, capable de rien qui vaille, sur sa civilisation restée fixée au stade archaïque.

A ce trop facile argument des pays avancés (sur le plan de la technologie et de la civilisation matérielle), il faut résolument opposer l’argument qu’il n’existe pas de sociétés humaines sans cause, condamnée à se répéter dans son archaïsme, incapable de quelque innovation. Il faut affirmer, la conscience tranquille, que toutes les sociétés du monde, tous les groupes humains de la terre ont assez de génie et d’intelligence chacun, pour refuser de rester statiques et immobiles, prompts, au contraire, à saisir la moindre occasion, pour avancer dans le sens de l’amélioration de ses acquis. Pourvu que rien ne vienne entraver et bloquer leurs initiatives.
Toutes les communautés humaines portent le rêve du poète latin: «Je suis homme et comme tel, rien de ce qui est humain ne m’est étranger». Cela signifie que cette claudication dont est affligée l’Afrique et qui paraît une particularité naturelle de l’Afrique noire, ne peut être rapportée à des structures ontologiques de fantaisie qui rendraient problématique la réalisation, par le continent noir, du rêve du poète latin: «S’élever jusqu’aux limites du possible».
Cela veut dire que si les Arabes et les Blancs, leurs cousins d’Occident, s’étaient comportés en Afrique non en prédateurs féroces, mais en instituteurs zélés, soucieux de transmettre leurs connaissances à leurs semblables, le visage du continent noir serait autre aujourd’hui: un peuple souriant et moins énigmatique. Et il n’est pas excessif de penser que même sans instituteurs consciencieux venus d’ailleurs, l’Afrique noire se fût toute seule donné les moyens de son développement.
Certes, l’histoire et un environnement naturel des plus ingrats lui fabriquèrent des entraves et des freins à son développement (déserts torrides, forêts étouffantes…) et ce continent, fait d’un gros bloc surélevé au-dessus d’océans houleux, est difficilement accessible. L’Afrique était ainsi coupée du reste du monde et des autres communautés humaines avec les cervelles desquelles ses habitants fussent allés frotter les leurs, grand bénéfice de la connaissance et de la science universelles.
En vérité, à moins de penser avec les racistes de racisme primaire, que les Noirs sont irrémédiablement inaptes aux activités de l’intelligence et de la pensée, comme ils le sont aux actes vertueux, il n’y a pas de raisons de ne pas faire l’hypothèse parfaitement crédible que si les Arabes et les Européens d’Occident n’y avaient pas mis le pied et ne s’étaient comportés en sauvages, l’Afrique ne serait pas, aujourd’hui, à la traîne du monde et de l’histoire.
Les Mongols, en Asie, qui, aujourd’hui, se trouvent loin devant les Africains, ne sont-ils pas, par rapport au développement économique et culturel de leur pays, les habitants d’un pays dont le milieu naturel est au-moins aussi hostile que celui des Africains? Le leur est aussi un pays des extrêmes: ce désert, ce climat au tempérament d’enfer! Et pourtant, le Mongol de la yourte se développe, se modernise.
Et l’Iran, le pays des Perses, les ancêtres des actuels Iraniens, est-il un pays de climat tempérée et de plaine douce où l’homme peut vraiment prospérer, y implanter une civilisation de haut niveau? L’Iran est pourtant à l’origine de biens des merveilles culturelles du monde d’aujourd’hui. Sa civilisation est, de loin, l’ancêtre de la civilisation de l’Occident européen. Pourquoi donc les Africains noirs, par rapport à l’hostilité du milieu, logés à la même enseigne que les Mongols et les Perses, n’eussent pas fait au moins aussi bien que les Mongols et les Perses, si des Barbares n’avaient fait irruption chez eux?
L’Occident où le niveau de conscience individuelle et collective s’est élevé plus haut qu’ailleurs dans le monde, doit reconnaître sa responsabilité dans la tragédie de l’Afrique noire qu’il avait tant malmenée au travers des siècles. Reconnaître sa responsabilité, mais aussi réparer l’injure et l’offense. Mais comment? Payer des dommages et intérêts en espèces sonnantes trébuchantes, il s’y ruinerait et ce n’est pas ce que l’Afrique lui demande. Ce que l’Afrique demande à l’Occident qui s’était placé en travers de son chemin, l’empêchant d’avancer, c’est une aide à sa reconstruction. Non pas en versant des millions d’euros dans l’escarcelle des politiques sans moralités, fils indignes de l’Afrique, mais en investissant dans les projets d’associations et de P.m.e dont le sérieux des aptitudes à gérer auront été vérifiées. Il n’en manque pas dans le petit peuple des bidonvilles. Le retour à l’investissement est assuré du moment où les politiques, les charognards de l’Afrique, seraient tenus à l’écart. Et pour les Africains eux-mêmes, indubitablement, ce seraient-là activités génératrices de revenus et créatrices d’emplois dont l’absence ronge le frein des milliers de jeunes qui se mettent alors à rêver de migration en Occident. Et puis, une Afrique développée, n’est-ce pas le marché dont avait toujours rêvé l’Occident à l’époque de la colonisation que, malheureusement, il conduisit mal, à force de cupidité? C’est la perspective mirobolante d’un contrat avec une Afrique devenue un gros marché qui explique la ruée de la Chine vers ce continent.

Par Dominique NGOÏE-NGALLA

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