Pour un sursaut patriotique devant permettre la tenue d’élections législatives, locales et sénatoriales transparentes

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Depuis l’injonction mitterrandienne de La Baule, en 1990, inscrite dans un grand mouvement de forte remise en question de l’ordre ancien, porté en 1989 par la perestroïka, l’Afrique par ailleurs confrontée à des revendications intra-muros, avait cahin-caha amorcé sa marche vers la Terre promise: la démocratie. Cependant, force est de constater que selon les régions, ce processus ne se réalise pas avec les mêmes succès.

Certes, la démocratie est un projet en permanente construction. Il faut cependant se rendre à l’évidence qu’il y a, comme le Congo qui avait pourtant réussi sa Conférence nationale de 1991, des pays qui ont fait un mouvement de régression. Dans une dynamique interactive, ce recul se fait avec l’érosion du civisme. Et, avec la «honte qui ne tue pas», cette évidente et accablante réalité se trouve masquée par un discours aseptisé et bien policé en porte-à-faux avec les faits.

L’incivisme ambiant
    
L’on est sans conteste dans une situation d’anomie caractérisée par le règne des antivaleurs. Le piétinement des droits humains, la dilapidation des biens publics et l’impunité comme prime accordée à ceux qui sont coupables de ces nombreuses forfaitures et autres violations des droits de la personne humaine sont des faits patents. On en parle même dans les milieux du pouvoir, mais à ces diagnostics verbaux, l’on n’arrive pas à apporter des thérapeutiques adéquates, qui sous-entendent des remises en question individuelles et collectives effectives. Le philosophe parlerait de changement radical de praxis. Et le comble, c’est que forts de cette approbation tacite, ces inciviques et tous ces délinquants financiers ont le toupet de morguer d’honnêtes citoyens obligés de ronger leur frein ou de blinder le moral pour supporter leurs criants écarts de conduite aux conséquences sociales désastreuses.  

Un parti politique doit être aussi un cadre de pédagogie citoyenne

L’on sait, comme le commun des mortels, qu’une formation politique est d’abord un instrument de conquête du pouvoir. Mais, l’on devrait aussi savoir que dans une vraie démocratie, le devoir du cadre politique vis-à-vis du militant est aussi un travail d’éducation citoyenne. Dans ce sens, un vrai politique ne saurait encourager ses militants à procéder au bourrage des urnes. Un vrai politique ne saurait commettre ses partisans à des actes de vandalisme, de destruction des biens publics… A moins donc qu’il ne soit qu’un vil délinquant en col blanc, un vrai politique ne saurait se livrer à l’achat des consciences lors d’un scrutin, pour avoir à tout prix le mandat du peuple. Il ne suffit donc pas de revêtir la veste d’homme politique pour se sentir délié des obligations éthiques. On entend moult personnes se gargariser de l’idée: «C’est la politique, on n’y peut rien». A ce type d’argument pervers qui suggère que la morale et le droit s’arrêtent là où commence la politique, il faut objecter, avec la force que confère la raison: Non! Ce n’est pas de la politique, c’est de la «voyoucratie», une pratique des individus et des Etats voyous qui, dans leur fonctionnement, s’asseyent sur la règle de droit qui, quoique l’on dise, demeure le fondement de la démocratie.
En  évitant ainsi la mauvaise définition «réaliste» et retorse qui fait de la politique l’art de tromper et en lui redonnant ses lettres de noblesse comme acte majeur et noble d’engagement pour la gestion de la cité, l’on dirait donc que la politique est une chose trop sérieuse pour la laisser exclusivement entre les mains sales des politiciens qui, dans l’immense majorité, ne sont que des politicards obsédés par le gain. Déjà, dans la Grèce antique, Platon le dit si bien: «Le châtiment de ceux qui refusent de s’occuper des affaires  publiques, est que les affaires publiques tomberont entre les mains de gens moins vertueux». Ainsi, sans forcément endosser le costume d’acteur politique, le membre de la communauté nationale est appelé à revêtir ses attributs de citoyen et s’impliquer dans la vie de la cité.

La citoyenneté: une exigence d’éthique,
de responsabilité et de fraternité républicaine

«Membre d’un Etat, considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits civils et politiques» (Larousse), un citoyen qui est aux antipodes d’un sujet dans une monarchie moyenâgeuse, est une personne formée, informée, dotée de raison et qui, par conséquent, joue le rôle de veille démocratique. A cet égard, la société civile, sans se confondre à la classe politique ou se substituer à elle, doit donner son avis ou prendre position sur les grandes décisions qui déterminent le destin collectif.
En postulant qu’il n’y a de démocratie qu’avec des démocrates et des citoyens ayant acquis et fortement intériorisé le savoir-vivre et le savoir-être ensemble qui impliquent le respect des droits des autres, tout véritable démocrate est, avant tout, un bon citoyen qui connaît les limites de ses droits.
A quoi assiste-t-on pendant les élections? A l’étalage des moyens d’origine souvent douteuse ou délinquante, l’achat des consciences à ciel ouvert pendant que le Haut-commissariat à l’instruction civique et à l’éducation morale (H.i.c.e.m) déploie timidement, pour se donner bonne conscience devant son impuissance ou son prêche dans le désert, des banderoles prescrivant aux candidats et aux électeurs un comportement citoyen. Si thérapie citoyenne il y a, ce sont en réalité aux gouvernants, montreurs du mauvais exemple, que le H.i.c.e.m devrait l’administrer en premier.
Si ce n’est cela, tous les laboratoires actuellement à pied d’œuvre pour la conception et la mise en œuvre du «vivre ensemble», sérieusement mis à mal par les calculs politiciens de conservation du pouvoir à tout prix, doivent sérieusement revoir leur copie. Car, les valeurs de la République, dans lesquelles figurent en bonne place: l’égalité des droits et des chances, une gestion saine de la «res publica» et une redistribution équitable des richesses nationales constituent le substrat sur lequel doit se construire solidement  le «vivre ensemble».
Déjà en 1983, lors d’une conférence organisée par le Club Unesco du Congo, feu le sociologue et journaliste Côme Mankassa, alias «Ya Côme bakala dia kuba», tirait la sonnette d’alarme: «Quand le ventre repu du riche devient sourd aux gargouillements du ventre affamé du pauvre, l’histoire parait alors chargée de colère».
Dans des rapports sociaux marqués par l’arrogance de ceux qui ont privatisé l’Etat et en ont fait leur vache à lait au grand dam de la majorité, on s’escrime à rechercher des modalités ou des formules pour dissiper les conflits ou les tensions sociales, afin de créer la grande symbiose sociale.  Véritable gageure si ce n’est une belle utopie! Dans un papier intitulé «République et éthique citoyenne, le grand déficit de l’Afrique», avec la perspicacité chevillée à l’esprit, l’historien Dominique Ngoïe-Ngalla interroge la source de cette dysharmonie sociale et indique clairement la voie de salut: «C’est lorsque ce bien commun, fruit du labeur de tous les citoyens, est administrée, gérée de façon responsable que l’harmonie sociale advient et que le développement et le progrès deviennent possibles» (in La Semaine africaine n°3348 du vendredi 6 décembre 2013). La messe est dite: hors de ce schéma, point de salut!
Dans le «contrat social» de Jean-Jacques Rousseau, acte fondateur de la démocratie qui postule que chaque citoyen doit se soumettre à la volonté générale qu’est la loi, il n’y a pas de place pour la ruse et la violence pour imposer le «vivre-ensemble», qui découle logiquement de l’observance des règles susmentionnées. Sauf à vouloir se payer des mots comme on en a le pli, on ne fait pas coexister pacifiquement, sans heurts ou sans crispations même latentes, ceux qui ont fait de la politique un business et qui, sans sourciller,  violent les règles du véritable «vivre-ensemble», parce qu’ils sont dans une logique jusqu’au-boutiste de pérennisation des avantages du pouvoir et ceux qui doivent subir cette transgression.     
Après un changement de constitution et une élection présidentielle frappés d’une très grande contestation, au demeurant justifiée, le discours incantatoire sur la rigueur et la rupture, claironné sur la cime du pouvoir et copieusement tourné en dérision par la rue qui en attend les signaux forts, devrait se traduire par un véritable sursaut patriotique pour, entre autres, organiser les prochaines élections: législatives, locales et sénatoriales dans la plus grande transparence. La chienlit électorale n’est-elle pas au Congo une cause majeure des troubles politiques? Bien obtus et nanti d’une grande dose de mauvaise foi est cet esprit qui oserait répondre par la négative.

Eric Aimé
KOUIZOULOU

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