Rupture et fondation du P.c.t : une impérieuse nécessité, selon Hugues Ngouelondélé

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Après plusieurs tournées à la rencontre du peuple, dans le cadre de «Po Na Ekolo», le député P.c.t élu dans la circonscription de Gamboma (Département des Plateaux) et maire de la ville de Brazzaville, M. Hugues Ngouélondélé, a eu à mesurer la perception de la jeunesse congolaise sur les pratiques de l’élite au pouvoir. Il a ainsi constaté la dissociation que fait cette jeunesse entre le Parti congolais du travail (P.c.t) et son leader, Son Excellence Denis Sassou-Nguesso, Président de la République.

Si son leader bénéficie toujours de la confiance de la jeunesse congolaise, le P.c.t et sa cohorte de cadres, au contraire, se trouvent rejetés en raison du contraste qui existe entre les volontés du leader et les réalisations opérées. De cette expérience, il nous décline, dans son livre à caractère pamphlétaire, intitulé: «P.c.t: Faire la politique autrement», sa critique sur le fonctionnement réel de ce parti et ses solutions, en vue de la reconquête de la confiance de la jeunesse.
L’un des problèmes de l’élite au pouvoir au Congo, qui explique en partie l’échec des politiques publiques menées jusqu’alors, est celui de sa déconnexion de la réalité, en conséquence de son éloignement du peuple. Nos élites au pouvoir vivent en apesanteur, si bien que la moindre opportunité de rencontre avec le peuple ne manque pas de créer un choc. Le retentissement qu’a eu la sortie du livre du député-maire de Brazzaville, M. Hugues Ngouélondélé, relève de ce constat.
Le titre en lui-même, «P.c.t: Faire la politique autrement», fait référence au crédo du moment, cher à Son Excellence Monsieur le Président de la République Denis Sassou-Nguesso à savoir: la rupture. A l’image de ce dernier, le député-maire de Brazzaville Hugues Ngouélondélé en appelle à un nouvel ordre politique qui passerait par une pleine refondation du P.c.t: nom, statuts, emblème…, et surtout méthodes de travail, pour mieux accompagner la matérialisation des volontés de son leader, Son Excellence Monsieur le Président de la République Denis Sassou-Nguesso. Au-delà de la critique, l’objectif qu’il assigne à son opus est de réveiller la conscience des cadres du parti, afin de travailler à rendre le mouvement «fréquentable» et «attractif» auprès de la jeunesse congolaise.
Si le livre a été salué par l’opinion, il a, cependant, été décrié par un certain nombre de cadres du parti, au motif de la mise déloyale sur la place publique, d’un débat interne au parti. Un flot de critiques ayant au passage débordé sa personne, son bilan à la tête de sa circonscription et de la mairie de Brazzaville ainsi que sa supposée «non assiduité» à l’assemblée nationale. Toutes ces critiques n’ont pas manqué de susciter des questions relatives à leurs motivations: que cachent-elles? Leurs auteurs ont-ils réellement lu le livre?
Beaucoup parlent du livre mais, certainement, très peu l’ont lu, au point de ne pas remarquer la hauteur prise par l’auteur, de ne pas relever cette démarche introspective qui s’apparente au «J’assume» de Son Excellence Monsieur le Président de la République Denis Sassou-Nguesso dans l’une des phases les plus tourmentées de l’histoire du parti, et par ailleurs vecteur de son engagement en politique. A ce dernier, il a emprunté sa réponse en ces termes, rappelle-t-il: «J’ai fait sans doute de bonnes choses, sans doute de moins bonnes, comme tout responsable politique, comme tout être humain… Je souhaiterai qu’on m’écoute… Je souhaiterai être compris».
Ces manœuvres apparaissent plus comme un écran de fumée visant à éluder le débat et détourner l’opinion de l’essentiel du livre. Le parti devrait accepter et s’attarder sur les critiques d’où qu’elles viennent, car la volatilité et le caractère expéditif des débats en son sein lui coûte déjà cher: de la défiance du peuple à la défection d’éminents cadres.
Le P.c.t n’est pas la propriété exclusive de ses cadres. Il fait partie, comme le rappelle l’auteur, du «patrimoine immatériel de tous les Congolais» et ce fidèlement à sa devise: «Tut pour le peuple, rien que pour le peuple!».
Le livre s’adresse aussi bien aux militants qu’aux sympathisants, à ceux qui apportent leurs suffrages et à qui on n’accorde ni la parole, ni ne demande d’avis et qui, pourtant, méritent d’être informés sur la vie du parti. A ces militants et sympathisants, le livre de Monsieur le député-maire de Brazzaville Hugues Ngouélondélé rétablit leur «droit d’information» sur la santé du parti.
Selon le diagnostic établit lors du 6ème congrès ordinaire de 2011, la santé du P.c.t est bien fragile. En réalité, le livre nous apprend que le malaise remonte à ses origines. C’est d’ailleurs l’une des qualités dévolues à ce livre. Ces nombreuses références à l’histoire du pays et du parti en particulier. Les congrès du P.c.t ne sont pas seulement les moments de rassemblement et de raffermissement de la cohésion de ses membres, ils sont aussi le lieu du bilan, des questionnements, des réflexions et de l’élaboration des solutions pour l’avenir.

Que s’est-il passé entre 1972 et 2009?

En 1972, le Président fondateur du parti, l’Immortel Marien Ngouabi, déclarait ceci: «Je me suis rendu compte qu’il y’a une grande différence entre ce que je veux et ce que j’obtiens, entre ce que je dis et ce qui se fait concrètement. Je me suis rendu compte, et de plus en plus, qu’il risque d’exister un vide entre les directives et l’exécution, entre la théorie et la pratique». 40 ans après, cette formule de l’Immortel Président Marien Ngouabi trouve encore son actualité.
Aux «flots des promesses pas trop aguichantes et au fond chimériques» s’est ajouté la «gangrène de la dérive morale», comme l’a déploré Son Excellence Monsieur le Président de la République Denis Sassou-Nguesso, lors de son discours d’investiture du 14 août 2009. En remontant dans le temps, on constate que les qualités morales et intellectuelles des élites au pouvoir vont decrescendo. Tout cela s’est traduit par la mise en œuvre de projets fugaces accompagnés d’un enrichissement fulgurant, illicite et éhonté à cet étage supérieur de la société. Malgré des sommes considérables investies, ceux des Congolais au bas de l’échelle sociale font toujours face au chômage, aux pénuries d’eau potable et aux délestages électriques, pire ils se retrouvent sans perspectives. Non sans avoir réussi dans certains domaines, la disparité entre les politiques publiques et les besoins prioritaires des populations, couplée à la dérive morale des élites ont étouffé un bilan pourtant défendable à quelques égards notamment dans la dotation du pays des grandes infrastructures destinés à dynamiser et diversifier notre économie. Le P.c.t se définit comme «parti de masses» dont l’objectif est la transformation de la société en vue de la rendre plus juste et égalitaire. Le fossé abyssal qui existe entre les discours et les réalisations ne date pas d’aujourd’hui, sa persistance depuis sa création jusqu’aujourd’hui marque ainsi l’échec du Parti dans son essence même. Un échec couronné par les interpellations, répétées et non suivi d’effets, du Président de la République à un «changement de mentalités», à «créer la rupture avec les mentalités déviantes et les comportements pervers du passé» à travers ses deux discours d’intronisation du 14 août 2009 et du 16 avril 2016.
La dérive morale que les Congolais ont toujours souhaité voir s’arrêter depuis longtemps est malheureusement l’empreinte du P.c.t. Sa vaine dénonciation est la traduction de la prééminence de la «révolution de la parole» sur celle de «l’action».
Le P.c.t a une influence négative sur les politiques publiques, en raison de la déliquescence morale et intellectuelle des cadres qu’il a promus à des charges publiques. Résultats des courses, le P.c.t n’est plus cette charnière entre l’opinion publique et les institutions gouvernementales. Il n’incarne plus ni l’articulation entre les priorités politiques et les besoins et problèmes des citoyens, ni la conciliation des revendications et leur transformation en politiques générales. Le parti n’est plus une force de proposition, mais un «mouroir» des idées. Il apparaît, aujourd’hui, comme une villégiature où convergent des personnes enclines aux privilèges.
L’adhésion au P.c.t épouse fidèlement une boutade du philosophe français Conche Marcel qui déclarait: «Si vous ne vous êtes pas trouvé un talent dans un domaine quelconque de la vie, faites la politique». Ajoutons à cela: «Adhérez au P.c.t». Les victoires engrangées par le parti sont en trompe l’œil, car outre le fait que les périodes de campagne électorale sont le déversoir des oracles démagogiques, elles sont surtout devenues le «saupoudroir de billets de banques» aux fins d’attirer les électeurs.
La tergiversation sur la refondation du P.c.t contribue à la survivance des antagonismes internes qui alourdissent la machine et ce depuis sa création. Les luttes internes d’hier d’entre lignes «droitière et gauchiste» se sont muées en lutte entre «Conservateurs et Refondateurs» aujourd’hui. Des luttes qui ont détourné le parti de ses vrais objectifs en toute indifférence, face aux préoccupations du peuple.
Au regard de tout ceci, il faudrait faire remarquer que la promesse d’un «Congo émergent d’ici à 2025», ne tiendrait que si à l’actuelle «révolution du discours» succède celle de «l’action», car «l’action libère, l’action vivifie, l’action récompense», dixit Victor Hugo. Une action efficace contre les comportements déviants, une adoption des comportements nouveaux et dignes engendrera ainsi le «nouveau Congo». Mais, le «nouveau Congo» naîtra aussi avec l’émanation de nouvelles structures politiques et de nouvelles personnalités de bonne éthique. De ce fait, la liquidation du P.c.t paraît inévitable et une impérieuse nécessité. Il en va de l’effectivité de la Rupture et au-delà, le succès de «La marche vers le développement».
On ne pourrait pas maintenir inutilement une structure inefficace au seul motif que l’article 2 de ses statuts lui confère une viabilité perpétuelle. Plutôt que de s’accrocher aux statuts et aux privilèges, il serait temps que l’élite du P.c.t se soumette à la loi de la gravité, retombe enfin sur terre et se confronte à la réalité, afin qu’elle se rende compte de l’immense gâchis et enclenche, enfin, un processus de modernisation au travers d’une crémation des structures actuelles qui permettra la réincarnation, à partir des mêmes cendres, d’un nouveau parti qui portera tous les espoirs du peuple. En plus de son courage qu’il faut saluer ici, Monsieur le député-maire de Brazzaville Hugues Ngouélondélé a tout le mérite d’avoir porté vers l’opinion publique un débat qui couvait déjà dans les instances du P.c.t, depuis des décennies.

Achille KINOUANI
Président de la Fondation KINOUANILOUZOLO
Résident en France (00.33.6.05.53.45.26)

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