Stéphanie Sullivan, ancienne ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique au Congo : «Je suis inquiète par la tendance mondiale croissante de la désinformation à travers les médias sociaux»

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Arrivée au terme de sa mission, Mme Stéphanie Sullivan, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, a quitté le Congo le 20 janvier 2017, pour un nouveau poste au Département d’Etat, à Washington. Avant cela, elle a été reçue par le ministre des affaires étrangères, de la coopération et des Congolais de l’étranger, Jean-Claude Gakosso, et quelques jours après par le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, auxquels il a exprimé sa gratitude, pour la bonne collaboration ayant permis de conduire à bien sa mission au Congo. Lors d’une réception offerte à sa résidence, à Brazzaville, le 11 janvier dernier, Mme Sullivan, qui garde un bon souvenir du Congo, a parlé de la démocratie et de la presse.

Elle s’est dite inquiète par «la tendance mondiale croissante de la désinformation à travers les médias sociaux». «Il est dangereux et irresponsable de faire circuler des mensonges», a-t-elle lancé. Nous publions ci-après un large extrait de son allocution.

«…Je me suis rendue dans toutes les régions de ce beau pays et lors des voyages variés sur chaque tronçon de route bitumée entre Pointe-Noire et Ouesso. Cette infrastructure routière est essentielle pour le développement, pour que les agriculteurs transportent les denrées alimentaires vers les marchés et les malades puissent accéder plus facilement aux cliniques de santé. Les routes permettent de générer des revenus, grâce aux touristes qui peuvent maintenant visiter partout. Je félicite et tous les Congolais devraient applaudir l’initiative du Président Denis Sassou-Nguesso pour les investissements productifs comme ces routes, qui aideront à impulser l’économie.
Le Congo est connu pour ses ressources naturelles. Mais, le plus grand atout du Congo est le potentiel de ses ressources humaines. C’est pourquoi j’ai insisté sur le transfert de connaissances et d’expériences, à travers des programmes de renforcement de capacité et des échanges entre nos deux pays.
Ce pays est plein de potentiel. Au Congo, les gens veulent les mêmes choses fondamentales qui sont universellement désirées: les opportunités pour mener une vie saine, dans la prospérité et à l’abri des dangers. Les parents veulent que leurs enfants étudient et s’épanouissent. C’est pourquoi je suis un défenseur infatigable du programme d’alimentation scolaire du Congo, à travers lequel les Etats-Unis ont aidé des centaines de milliers d’élèves du primaire à poursuivre leurs études.
C’est aussi pourquoi j’ai encouragé l’amélioration constante dans la gestion du Fonds mondial, afin que les médicaments destinés à sauver des vies soient livrés efficacement comme prévu. Le renforcement de la livraison des services sociaux de qualité, dont le gouvernement promeut, aidera les Congolais à réaliser leur véritable potentiel.
L’astronome américaine, Mme Vera Rubin, a noté: «Il n’y a aucun problème dans la science qui peut être résolu par un homme et ne peut pas être résolu par une femme. La moitié des cerveaux dans le monde entier sont chez les femmes». Pour citer aussi le leader chinois, Mao Zedong: «Les femmes tiennent la moitié du ciel».
Les sociétés pluralistes profitent lorsque tous les citoyens partagent leurs talents et leurs aptitudes uniques, peu importe leur origine ethnique, leur genre, leur âge, leur religion, leur appartenance politique ou leurs milieux socioéconomiques. Les États-Unis se réjouissent de leur diversité. C’est pourquoi notre sceau national dit: «E pluribus unum», qui veut dire: «De plusieurs, un».
Le Congo peut, également, atteindre son objective d’être une économie émergente, d’ici à l’année 2025, en s’appuyant, de façon inclusive, sur sa riche mosaïque de diversité. Après tout, qu’est-ce que les tissus de raphia seraient sans des couleurs, des motifs et des textures contrastés? De même, au niveau local aussi bien que planétaire, quand nos contributions distinctes s’entrelacent, le tout est plus grand que la somme de ses parties.
Je suis fière de ce que nous avons accompli ensemble. Cette année, plus de Congolais ont étudié aux États-Unis comme jamais auparavant. Les boursiers du programme phare du Président Obama, l’Initiative pour les jeunes leaders africains (Yali) emmènent un changement de paradigme. On va de la dépendance à l’égard de la Fonction publique, vers l’innovation et l’esprit d’entreprenariat. Les participants congolais ont remporté, à maintes reprises, des prix pour les meilleurs plans d’affaires, se démarquant parmi leurs paires à travers le continent. Je suis convaincue que ces jeunes aideront le Congo à diversifier son économie et créer des possibilités d’emplois, en dehors du secteur public, tant souhaité par le gouvernement.
Je suis inspirée par les entrepreneurs, comme la jeune femme qui produit le saka-saka prêt à la consommation, adaptant parfaitement la culture congolaise traditionnelle à la vie moderne. Certains jeunes entrepreneurs et participants aux programmes d’échange ont autonomisé d’autres, comme le jeune homme qui invite environ 800 autres entrepreneurs aspirants à une conférence internationale annuelle. Il a indépendamment levé des fonds et formé d’autres pour lancer de petites entreprises, offrant de l’argent pour accroitre les meilleures idées et plans d’affaires. Ces petites entreprises stimulent l’économie locale et créent des emplois. Je suis profondément inspirée par les incroyables Congolaises et Congolais que j’ai rencontrés, grâce à des programmes que nous avons parrainés et par des rencontres ordinaires et quotidiennes.
En partenariat avec le Gouvernement du Congo, nous nous battons pour la paix et la sécurité sous-régionale. Nous avons renforcé notre coopération militaire. La formation annuelle de l’Acota aide les forces de maintien de la paix à protéger les civils en République Centrafricaine. Les séminaires civil-militaires renforcent la coopération entre les militaires et les civils et leur compréhension mutuelle. Nous encourageons les solutions pacifiques et l’engagement civique. Nous félicitons le Président Sassou, pour ses efforts diplomatiques en République Centrafrique et son implication en République démocratique du Congo, où il a travaillé sans cesse pour préserver la paix à travers un accord politique inclusif. Nous continuons à collaborer sur la sécurité portuaire et maritime dans le golfe de Guinée.
Pour renforcer l’état de droit et lutter contre les menaces transnationales, nous avons formé des avocats, des dirigeants des O.n.gs et le personnel chargé de l’application de la loi. Nous encourageons le Congo à poursuivre le projet de loi sur la traite des personnes, élaboré avec le soutien des Etats-Unis et qui est encore en progrès. Le Président Sassou mérite les félicitations pour avoir brulé cinq tonnes d’ivoire et pour ses efforts contre le braconnage. En formant les éco-gardes, nous leur permettons de mieux protéger les parcs nationaux du Congo. Les arrestations qui en résultent et les poursuites judiciaires des braconniers, dissuadent les autres. Ces efforts préservent la précieuse biodiversité du Congo.
Les Etats-Unis financent les efforts de conservation à travers les O.n.gs américaines la World Wildlife Fund et la Wildlife Conservation Society, pour protéger les gorilles des plaines, et les éléphants de forêt, ce qui pourrait stimuler l’écotourisme et la diversification de l’économie.
Le programme de l’Usaid programme régional sur l’environnement de l’Afrique centrale, en sigle Carpe, aidé à préserver la deuxième plus grande forêt tropicale au monde. Nous travaillons ensemble avec les partenaires congolais et internationaux à protéger ce deuxième poumon de la planète, à réduire les émissions mondiales de carbone et les effets du changement climatique.
Cependant, le travail ne peut pas s’arrêter! J’encourage vivement les améliorations constantes sur la gouvernance électorale et le dialogue ou  «mbongui» entre Congolais. Comme l’Américain Bayard Rustin, un leader des droits civiques, a sagement dit: «Si nous désirons une société de paix, nous ne pouvons pas atteindre une telle société par la violence. Si nous voulons une société sans discrimination, alors nous ne devons pas faire de discrimination à l’encontre de quelqu’un dans le processus de construction de cette société. Si nous voulons une société démocratique, la démocratie doit devenir un moyen et une fin».
Les citoyens doivent faire entendre leurs voix et être entendus par un engagement pacifique en faveur d’un changement positif. Par exemple, récemment, les membres du Congrès américain ont tenté d’affaiblir un comité de surveillance de l’éthique. La réaction publique était tellement grande, qu’ils ont fini par abandonner l’effort. Cela montre que l’engagement citoyen peut maintenir la transparence et la responsabilité de la part des élus. L’équilibre des pouvoirs gardent les leaders politiques plus honnêtes et plus attentifs envers les citoyens.
Cet exemple démontre également le rôle vital qu’une presse indépendante et responsable joue dans notre démocratie où les journalistes posent des questions difficiles aux politiciens et corrigent la désinformation.  L’amélioration constante de l’environnement médiatique permet aux citoyens de prendre davantage des décisions éclairées et demander des comptes aux dirigeants. Je suis inquiète par la tendance mondiale croissante de la désinformation à travers les médias sociaux. Il est dangereux et irresponsable de faire circuler des mensonges. Comme Koffi Olomidé l’a chanté, «Lokuta eyaka na ascenseur, kasi vérité eyei na escalier, mpe ekomi» (Le mensonge prend l’ascenseur tandis que la vérité prend les escaliers mais finit toujours par arriver), nous avons besoin de plus de vérité et moins de songui-songui!
Aujourd’hui, comme la plupart des jours, je porte, proche de mon cœur, une broche avec les drapeaux de nos deux Nations. Le Congo restera, de façon indélébile, dans mon cœur et dans mon esprit…».

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