Congo-Brazzaville : vérité et rigueur pour répondre à la crise

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Toutes nos expériences forgées à travers le temps et les épreuves confortent cette conviction qu’il n’y a aucune limite à ce que peut la volonté humaine. Pour une fois que l’on soit tous d’accord sur le constat d’un Congo en difficulté, du fait d’une crise à la fois sociale, économique, politique et humanitaire, les Congolais(es) sont tenus d’explorer les voies et moyens pour en sortir. Pour cela, la première exigence est de rétablir la confiance qui, elle, dépend largement du champ des possibilités que les gouvernants laissent à celles et ceux des compatriotes prêts à contribuer, avec sincérité, à la résolution des problèmes qui touchent à l’intérêt général. Encore faut-il en avoir le courage et la volonté. Ainsi, pourrions-nous faire l’expérience de la rigueur et la vérité.

 

De la légalité institutionnelle

Le referendum constitutionnel d’octobre 2015 a profondément ébranlé la conscience collective sur les enjeux à la base de cette lourde et périlleuse initiative. Le passage dans la douleur à la Constitution dite du «25 octobre 2015» ou du «6 novembre 2015» selon les acceptions, a mis en évidence la fragilité chronique des institutions congolaises. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Mais, «le vin est tiré, il faut le boire». Les Congolais ont finalement, chacun à sa façon, pris acte de l’existence d’un nouveau contexte constitutionnel. En témoigne la forte mobilisation des populations et la participation de nombreux opposants au projet de changement de Constitution, à l’élection présidentielle convoquée sur la base des dispositions post-référendaires. Il reste que la mise en place de toutes les nouvelles institutions se fasse dans la transparence, afin de rétablir la confiance rompue. Cela dépend largement des dirigeants, particulièrement du Président de la République, compte tenu de son rôle pivot dans le contexte d’un régime semi-présidentiel.

De la légitimité démocratique

La contestation des résultats du scrutin de l’élection présidentielle du 20 mars 2016 a été un mauvais départ, pour ce qu’il plaît aux partisans de la réforme constitutionnelle d’appeler «La nouvelle République». La crise post-électorale qui s’en est suivie est le marqueur d’un profond malaise qui empêche le retour à la sérénité. Pour autant, la bataille de mars 2016 pour l’élection du Président de la République a vécu. Contre vents et marrées, il y a un Président de la République au Congo-Brazzaville, quelle que soit l’opinion que chaque Congolais se fait des évènements ayant concouru à cet état de fait. Il revient au Président de la République en fonction de rassembler, réconcilier et rassurer les Congolais, pour apaiser le climat général et recoudre les déchirures nées de la confrontation électorale. Il faut, de la part des dirigeants, une grande propension à l’écoute de toutes les composantes politiques, sociales, culturelles, voire cultuelles. Hélas! Il manque cruellement des gestes républicains rassurants. Les actes de réconciliation tardent à venir.

De la crise post-électorale

Les conditions de préparation et d’organisation de l’élection présidentielle de mars 2016, comme celles du referendum constitutionnel d’octobre 2015 l’ayant précédé, exposaient immanquablement le pays à une crise post-électorale. Nous y sommes! Cependant, il n’est pas honnête de considérer que les violences et les comportements déviants enregistrés lors des processus politiques de ces derniers mois soient uniquement le fait des autres, à savoir: les opposants à la réforme constitutionnelle; les contestataires des résultats électoraux ou encore toutes celles et tous ceux qui ne partagent pas la ligne politique du Président de la République et qui n’ont pas soutenu sa démarche de reconquête de la Présidence de République.
La violence à laquelle se trouve confrontée le pays dans son ensemble est aussi et surtout, le fait des acteurs du pouvoir. Quoi qu’il en soit, la tempête étant passée, il incombe aux dirigeants d’ouvrir les portes du débat politique responsable et donner des gages de sécurité à tous les compatriotes, y compris les frustrés des dernières batailles politiques qui, faut-il le reconnaître, ont été d’une extrême violence.

De la situation sécuritaire dans le Département du Pool

Au cours d’une communication officielle, le Président de la République, s’exprimant sur la situation sécuritaire dans le Département du Pool, a livré une version étonnante de ce qu’il considère être un banditisme local à l’origine des tueries, des déplacements massifs de populations, des destructions de biens et même, des bombardements des villages entiers. Le déploiement des forces armées et de sécurité, l’ampleur des moyens mis en œuvre dans le Département du Pool et à Brazzaville (Sud), les conséquences engendrées par l’activité des fameuses hordes de brigands, bref, les évènements que vivent les habitants du Pool et de ses environs battent en brèche la thèse d’un simple banditisme résiduel. Ma conviction que je puise dans le sentiment général des originaires et des populations vivant dans le Pool est que ce Département connaît bien «une crise sécuritaire majeure doublée d’un désastre humanitaire» avec, au centre des préoccupations, un curieux personnage qui, il y a peu, occupait encore les fonctions de «ministre délégué à la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre». Quelle gageure!
Les autorités de l’Etat se doivent de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour sortir de sa fausse cachette ce citoyen qui ne sert ni les intérêts du Pool ni ceux du Congo. L’Etat, et non les originaires du Pool, est responsable de la sécurité des Congolais où qu’ils se trouvent. Si les populations vivant dans le Pool sont encore des Congolais, il appartient à l’Etat de les sortir de cette incongruité qui n’a que trop duré.

Du Gouvernement et de l’action gouvernementale

Le Gouvernement nommé à la suite de l’élection présidentielle de mars 2016 est un attelage qui, en plus d’être pléthorique, peine à trouver ses marques avec un Premier ministre en manque d’initiatives. Ce qui est tout de même assez paradoxal, dans le contexte actuel de crise financière, économique, sociale et sécuritaire. Les animateurs du Gouvernement passent le plus clair de leur temps dans des shows télévisés donnant à penser que le Congo est en campagne électorale permanente. Les actes utiles du Gouvernement se font rares, sinon ils seraient visibles et/ou comptabilisables. L’état général de la situation de l’Etat oblige d’agir avec détermination et efficacité, d’autant plus que la perspective financière de l’Etat reste incertaine, aussi longtemps que va durer la crise des marchés pétroliers. Il faut sortir de l’attentisme. Et c’est possible, parce que nous connaissons les causes du déclin actuel de notre pays. C’est possible, parce que des solutions existent aussi bien que des compétences capables de relever les défis de la gouvernance de l’Etat, de propulser une économie hors des revenus du pétrole, de rétablir une culture du mérite, de restaurer le respect de la chose publique, de remettre au goût du jour la responsabilité des dirigeants et du citoyen. A ce jour, malgré l’urgence que commande la gravité de la situation, aucun signal fort de changement de cap n’est perceptible. La vérité et la rigueur prônée en ce début d’année risque de venir allonger la longue liste de bonnes intentions sans conséquences dont la vie politique congolaise est coutumière.

Du processus électoral

Le dispositif institutionnel en charge de l’organisation des élections dans notre pays n’inspire pas confiance. Les acteurs, mais aussi les populations de manière générale, pensent, à tort ou à raison, que l’issue des scrutins est pipée d’avance. Les lois électorales comme les différents dialogues orchestrés avant chaque scrutin ne suffisent plus à crédibiliser les processus électoraux. Le calendrier électoral annonce deux scrutins dans le courant de l’année 2017. Ne serait-il pas de bon aloi de coupler ces législatives aux élections locales, municipales et départementales afin, non seulement de faire des économies budgétaires en cette période de crise financière, mais surtout de sortir définitivement du dédoublement constitutionnel, survenu avec la survivance d’institutions rendues caduques par le contexte post-référendaire. Aussi, est-il difficile de résister à la critique sur la dernière version de la loi électorale. Laquelle loi, à en croire les déclarations officielles, aurait pu faire la part belle à la jeunesse que l’on a élevé au rang de priorité dans la Constitution du 25 octobre 2015.
En cause, le relèvement des sommes astronomiques érigées comme des barrières à l’entrée des Institutions de l’Etat pour la jeunesse qui y a cru. La cohérence oblige de la réaménager. La société congolaise a besoin de plus d’oxygène pour mieux respirer. N’est-ce pas l’occasion de prendre enfin une sérieuse option d’ouverture de l’espace politique, en organisant des élections législatives, locales et municipales transparentes? Il y va de la respectabilité des gouvernants, au premier rang desquels le Président de la République, en créant un climat de confiance électorale pour les prochains scrutins. Faute de quoi, à la crise actuelle, viendront s’ajouter de nouvelles frustrations de nature à alimenter l’agonie déjà assez prononcé de l’Etat.

De la nécessité d’un accord politique contraignant

La confiance ou l’absence de confiance semble être le facteur déterminant pour le rétablissement des liens essentiels entre les Congolais. La parole politique a été dévaluée à un point tel que personne ne croit plus à une promesse, pas plus à un engagement même solennel. Dans ces conditions de défiance quasi-générale, un accord politique peut s’avérer indispensable, pour ressouder une société profondément déchirée. Un accord politique, dis-je, entre Congolais autour de:
1- la garantie d’exercice des libertés fondamentales, notamment dans la pratique des activités politiques et citoyennes;
2- la garantie de transparence et de sécurité des processus électoraux;
3- la définition d’une série de mesure d’apaisement aux fins de décrispation d’un climat général plutôt délétère. Pour sacrifier entièrement à l’indispensable confiance, ledit accord politique, me semble-t-il, devra être promulgué et exécuté comme loi de l’Etat, après l’avoir fait adopter par le Parlement.

De la décrispation du climat politique et social

Dans cette atmosphère aussi morose, un ensemble de mesures juridico-administratives, politiques et/ou symboliques susceptibles «d’apaiser» ne serait pas de trop. Il s’agit, par-exemple, de convenir, en attendant leur procès, de la mise en liberté (conditionnelle ou provisoire) d’un certain nombre de détenus incarcérés dans un contexte politique extrêmement agité et dans des conditions qui en font des prisonniers politiques ou d’opinion. Il s’agit également de démilitariser le Département du Pool, en décrétant le retrait de toutes les troupes qui y opèrent, quels que soient leurs mobiles. Les bandes armées qui infectent le territoire du Département du Pool et ses environs devant faire l’objet d’un traitement politique avec ou sans suites judiciaires, objet d’une éventuelle facilitation.
 
Enfin…
Par une ferme volonté des acteurs de la vie politique et citoyenne, il est possible d’offrir au Congo les ressorts de la paix. A moins de réduire notre perspective commune au seul et terrible choix de la violence ou de l’exil de la jeunesse que l’on gagnerait à écouter et à comprendre. Notre société a tout à gagner, en ouvrant le jeu politique et social à toutes ces nouvelles intelligences qui fourmillent dans le pays, prêts à se lancer corps et âmes dans une dynamique vertueuse au profit de la Nation.
Les Congolais(es) doutent pour leur avenir jusqu’au désespoir. Mais, ils s’impatientent de vivre la promesse de paix et de bien-être qui leur est due. Cette démarche, mue par le seul refus de céder au fatalisme, s’adresse à la fibre patriotique de toutes de celles et tous ceux qui croient en notre capacité à changer le cours de notre destin. Patriotiquement Vôtre!

Félicien Wilfried DIABELO KIVOUVOU
Président de La Conscience Libre (LCL)

Informations supplémentaires