Pourquoi l’électricité continue-t-elle d’être un luxe pour la majorité des Congolais ?

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A qui profite la fourniture de l’électricité au Congo? La question nécessite-t-elle d’être posée? Certainement oui! Il y a lieu de s’interroger sur le fait de savoir s’il existe un seul Congolais dans le pays qui ne souscrit pas à cette préoccupation. N’y a-t-il rien à dire ou à redire sur la question? Si c’est vraiment de bonne foi qu’on prône certaines valeurs susceptibles d’épanouir le Congo en vue d’une émergence sans détour, il est impérieux, à notre humble avis, voire indispensable de se mirer devant le reflet de la réalité, afin de se rendre à l’évidence des accros et autres obstacles qui maintiennent encore le Congo dans le giron des pays évoluant à la vitesse d’une tortue fatiguée.

 

Posons franchement le problème: l’électricité n’est-elle pas le critère majeur du développement et de modernisation d’un pays? Si la chose est avérée, d’où vient-il qu’un pays doté de nombreux atouts en matière de production d’électricité, regorge encore en son sein une importante frange de population condamnée à l’usage anachronique de la lampe-tempête? On est tenté de croire, même si cela n’est pas dit à haute voix, que l’électricité, dans notre pays, relève encore du luxe, du prestige et de l’apanage de quelques nantis qui peuvent aisément faire face au coût exorbitant des quittances d’électricité.
Reposons la question: à qui profite la cherté de l’électricité au Congo? A personne, si ce n’est à la S.n.e, la Société nationale d’électricité qui, seule, a certainement le souci permanent de veiller, d’entretenir et de voir vertigineusement galoper son chiffre d’affaires. La quittance de la S.n.e comporte deux volets doublement taxés. Le premier volet est relatif à la facturation réelle consommée par le client. Le deuxième volet est lié aux taxes imposées aux clients (voir coupure d’une quittance d’un client du mois de mars 2015).
Pourquoi, comme l’indique l’avis de coupure, une consommation évaluée à 18.159 francs Cfa, culminerait-elle à 25.100 francs Cfa au total, lorsqu’on y adjoint le deuxième volet? N’est-ce pas trop demander au client? Il y a même un droit à la consommation, ce qui renforce la dénonciation du luxe qui n’est pas accessible à tous. Les choses ainsi faites ne sont pas de nature à faire bénéficier au citoyen, les conditions modestes de jouissance de l’électricité. Ce qui, de facto, oblige le citoyen aux maigres revenus de toujours croupir sous l’étiquette d’éternel paria. Un clivage s’est installé dans notre pays: d’un côté ceux qui ont droit à la consommation d’électricité, de l’autre, ceux qui sont privés de ce privilège. Cette situation sociale perdurera malheureusement, tant que la S.n.e jouira, seule, du monopôle de la fourniture d’électricité dans notre pays. Pourtant, avec un peu de volonté, on peut faire bénéficier à tous les citoyens de notre pays, les avantages de l’électricité et ceci à moindre coût.
En quoi faisant? Une maxime stipule qu’il faut limer sa cervelle contre celles des autres. Il est possible, de nos jours, de consommer l’électricité à l’instar des téléphones portables ou chacun paie son crédit selon les réalités de sa poche. Alors, on parlera à ce moment-là de l’électricité à la portée de toutes les bourses, si seulement nous parvenons comme on le fait actuellement au Gabon, à consommer l’électricité à crédit.
Pourquoi ne tenterions-nous pas cette expérience gabonaise qui s’est révélée satisfaisante, pour les citoyens de toutes les couches sociales? Cela éviterait logiquement les nombreuses charges financières imposées aux clients et de torpiller le revenu déjà moribond du Congolais moyen qui ne lui permet pas de joindre les deux bouts du mois. Il appartient, pensons-nous, aux élus du peuple, de marteler sur la question, si nous voulons sortir le pays de l’étau de l’archaïsme et des sillages des époques surannées proches de l’âge du néolithique. Avec un peu de patriotisme, nous parviendrons à briser ce clivage dénoncé, pourvu que la S.n.e qui est notre société nationale soit franchement au service du peuple.
La lampe-tempête de nos jours devrait être rangée dans les étalages de nos musées, pour laisser libre cours à l’électricité qui servirait de jauge permettant de nous faire une idée réelle du niveau atteint par le Congo qui rêve de devenir un pays émergent dans moins de dix ans. Si l’électricité peut être vendue à un coût raisonnable, la S.n.e aura plus à gagner qu’elle ne le fait aujourd’hui, sans le reste de la population privée du droit à la consommation.
Prenons un échantillon de cent clients qui paient l’électricité à 700 frs, ils renfloueront plus les caisses de la S.n.e que trente clients qui paient la même électricité à 1500 frs. Or, la grande majorité de la population est privée d’électricité, pour les raisons évoquées ici. Ne serait-il pas de bon aloi que les responsables en charge de la S.n.e révisent la tarification à la baisse ou optent pour l’expérience gabonaise pour le bien- être de tous? Est-il possible de voir les choses sous cet angle? Certainement oui.

Providence François LOUKELO

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