Christianisme et islam : les causes d’une difficile entente cordiale entre deux religions qui ont les mêmes origines

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Voilà deux religions ou, plutôt, les fidèles de deux religions, christianisme et islam, de même origine qui, au nom de Dieu, s’entendent mal et s’entre-déchirent. Honte à eux! Ils devraient plutôt réfléchir à la terrible responsabilité qui est la leur : pacifier la terre, civiliser la terre, substituer aux énergies sauvages, des forces disciplinées et spiritualisées, humanisées; transformer les fanatismes en certitudes fondées sur la raison, en convictions fondées sur les exigences de la conscience personnelle et non de troupeau.

 

La perpétuation de la violence et des conflits armés dans les régions du monde christianisées et islamisées peut être interprétée comme un échec de ces deux religions, dans leurs missions prioritaire. Pour l’islam qui a opté pour la force, si besoin, dans le recrutement de ses fidèles, l’échec vient du choix de la méthode. Le Christianisme, lui aussi eut, au Moyen-âge, recours à la méthode violente. L’approfondissement de sa foi l’amena bien vite à y renoncer.
Charlemagne, au VIIIème siècle fut le premier à imposer le baptême à ses conquêtes. Pour lui, l’adhésion au christianisme des populations conquises était une garantie de leur fidélité à l’empereur. Of les voies de la conversion à Dieu n’ont rien à voir avec la violence. La conversion à Dieu doit être l’effet sur les convertis, de la force de rayonnement spirituel que dégage celui qui prêche Dieu.
Le conflit entre le christianisme et l’islam naquit du jour où l’islam prétendit qu’il était la seule religion capable d’offrir à ses fidèles les portes du paradis et que tous ceux qui n’étaient pas musulmans étaient des mécréants que Mahomet et son saint livre faisaient obligation de convertir à l’islam. De les tuer, en cas de résistance. Prétention orgueilleuse, en fait, qui dissimule des ambitions de domination, tout à fait le contraire de la charité qui croit tout, espère tout, pardonne tout.
La conversion forcée est ainsi au cœur de la doctrine de l’islam qui, dès ses origines, s’affirme religion guerrière. Sur cette base idéologique, l’islam qui, peu après la mort de Mahomet, s’était répandu sur tout le Moyen-Orient et tout le Maghreb, où il développa bien vite une formidable puissance économique, politique et militaire, l’islam jette, sans tarder, ses troupes sur l’Occident chrétien, pour lui, pays des mécréants à convertir ou à massacrer.
Deux siècles plus tard, l’Occident chrétien donne la réplique à l’invasion musulmane. Ses armées envahissent la Palestine, la Syrie et y fondent des Etats qu’à partir du 13ème siècle, les musulmans qui avaient repris halène en fondant l’empire ottoman, détruisent un à un. Ces musulmans sont si forts qu’à l’apogée de l’empire (16ème siècle), ils ont réussi à prendre aux Européens, la Thrace, la Bulgarie, la Macédoine, la Crimée, la Bosnie, la Serbie qui resteront des possessions ottomanes musulmanes jusqu’au traité de Sèvres, en 1922, qui règle les problèmes nés de la guerre de 14-18.
La conquête de ces pays chrétiens par les musulmans fut pour ceux-ci une immense consolation. En effet, après une longue guerre, les Arabes sont définitivement expulsés d’Espagne en 1492. Mais, ces guerres qui mettent aux prises deux parties du monde, l’Occident et l’Orient, séparées par des caractéristiques géographiques et culturelles nettes, ces guerres ont-elles des causes religieuses en leur principe ou bien ceux qui se battent recourent-ils à la religion seulement pour l’ardeur passionnelle qu’elle est capable de mettre dans les cœurs des combattants? Les divergences doctrinales ne seraient, juste, qu’un prétexte et le conflit entre le christianisme et l’islam, la conséquence moins de leurs divergences doctrinales que des différences culturelles qui opposent, de façon radicale, les peuples et les civilisations de l’Occident et d’Orient, sur cette base, depuis des temps immémoriaux dressés les uns contre les autres en des conflits meurtriers.
L’Orient, ce sont les Mèdes et les Perses, les Parthes et les Assyriens, les Chaldéens etc. L’Occident et l’Europe plus tard christianisés, ce sont les Celtes et leurs sous-ensembles; les Germains et leurs sous-ensembles; les Slaves et leurs sous-ensembles. Chacun de ces deux camp; l’Occident et l’Orient a sa culture, c’est-à-dire un ensemble de représentations du monde, avec ses coutumes, ses codes juridiques, ses codes sociaux, sa langue, sa littérature, ses catégories de pensée, sa religion etc., de quoi l’homme tire sa logique pour la gestion de soi et du monde.
Le christianisme et l’islam sont postérieurs à la construction de ces cultures. Au moment où ces deux religions et les idéologies qu’elles sécrètent arrivent en Occident et en Orient, ces deux espaces culturels sont depuis longtemps en opposition et en conflit. Ce conflit est ravivé par le fanatisme religieux qui lui apporte de nouvelles motivations. En s’opposant à une vision du monde de l’Islam sans ouverture, l’idéologie foncièrement humaniste du christianisme ravive et creuse entre l’Orient et l’Occident, une opposition déjà ancienne. Aujourd’hui, fruit de plusieurs siècles d’examen critique de sa propre action, le christianisme peut bien apparaître comme une religion de plein air qui n’a pas peur du débat contradictoire. Voilà pourquoi il s’accommode des grandes valeurs de la démocratie qu’il a lui-même aidé à faire éclore, puisque le Christianisme affirme l’homme valeur absolue, parce que crée à l’image de Dieu. La démocratie en tirera le principe de l’inaliénable dignité de la personne humaine, objet de respect; qu’il faut servir, mais jamais asservir.
Et comment autrement, à partir du moment où Dieu lui-même respecte cet homme qui est pourtant sa créature? Ces vues ne sont pas celles de l’islam. Et c’est pour cette raison que l’islam rencontre tant de difficultés à entrer en démocratie. Pour l’islam, l’aventure de la marche des sociétés humaines comme cultures s’était arrêtée au VIIème siècle, à la date de la publication du Coran qui tolère et même encourage toute sorte d’inégalités sociales, en commençant par l’inégalité des sexes. Encore que, semble-t-il, l’islam n’avait fait qu’entériner une situation qui lui avait préexisté, depuis des temps immémoriaux. Situation spécifique, semble-t-il, aux peuples d’Orient, puisque cette agressivité belliqueuse de l’islam n’est pas observée chez les peuples d’Afrique noire islamisés. Il est un autre trait culturel caractéristique des sociétés traditionnelles peu avancées, qui oppose le christianisme et l’islam, la réunion dans les mêmes mains du pouvoir politique et du pouvoir religieux dénoncée par le christianisme, mais au terme d’une longue évolution, quoique principe fondamental du christianisme.
Le Christ, en effet, qui  est au  principe  du christianisme  sépare  très  nettement ces deux domaines d’action de l’homme, parce que leur confusion est potentiellement porteuse de désordre social et de violence: «Rendez à César, ce qui est à César, à Dieu, ce qui est à Dieu». On évite, ce faisant, que le fanatisme qui guette la religion, soit mis au service de la passion du politique et de ses ambitions. L’Occident chrétien, en fait l’amère et triste expérience, lorsque, tour-à-tour, l’autorité politique prétendit contrôler à la fois, le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel et le Pape, à son tour, contrôler le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, au nom de Dieu.
L’homme est, d’après le philosophe, un animal politique appelé à vivre dans une société organisée, cité ou Etat, dans laquelle l’existence de la règle et de la loi crée le cadre de son épanouissement. Mais, le philosophe aurait dû ajouter que, animal politique, l’homme est aussi un animal religieux, puisqu’il a conscience que le sens de tout ce qu’il fait est garanti par l’existence d’une réalité qui le dépasse, mais à laquelle il est relié. L’organisation de ce lien étant ce qu’on appelle une religion. Malheureusement, la représentation anthropomorphe que l’homme se fait de cette réalité mystérieuse transcendante fait de la religion un lieu de pouvoir dont des hommes et des femmes sont tentés de se servir pour assouvir leurs ambitions personnelles, en faisant croire à leurs fidèles mystifiés qu’ils font la volonté de Dieu. Les dérives les plus brutales de ce pouvoir sont, alors, justifiées par l’obligation du devoir divin.

Dominique NGOÏE-NGALLA

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