Libre propos : Le P.c.t à l’épreuve de la démocratie interne, après la sortie du livre de Hugues Ngouélondélé

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Nervosité, angoisse, envie de mordre, il y a de ça dans l’ambiance que traverse le P.c.t ces temps-ci. Au pouvoir et content d’être au pouvoir, le papy des partis politiques avait  tout lieu d’estimer que, tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, il y avait pas de quoi s’inquiéter. Que tout était sous contrôle. Seul comptait l’instant présent et il était à la gestion du patrimoine. La mobilisation des militants rétifs était devenue difficile, il y avait une solution: des bus affrétés, des tee-shirts distribués et même dans les cas qui s’imposaient, de l’argent octroyé à ces derniers.

 

La réflexion a toujours donné dans la parcimonie là-bas. Pas de solutions durables, juste du palliatif. S’investir dans le commerce des idées, pourquoi faire? Pourquoi se prendre la tête avec en face une opposition impuissante dont le credo exclusif porte sur la nécessité d’un dialogue inclusif qu’elle n’a pas les moyens d’imposer? Bon an, mal an, le P.c.t ne promeut aucun débat avancé. On le dirait presque convaincu de la fixité des choses ad vitam aeternam.
Ce parti est si partisan du moindre effort qu’il a gardé même les symboles marxistes qui le lient inextricablement à un passé auquel il tient mordicus, d’autant plus que sorti de là, il y a blason terne. Son bonheur et son malheur découlent à la fois de la centralité qu’il a sur la vie politique nationale. Presqu’un impérium établi. Bonheur! Le malheur survient quand, à cause de cela et pour cela, les Congolais portent leurs yeux rivés sur lui. À partir de ce moment-là, les réunions étanches made in Pcus (Parti communiste de l’Union soviétique), ne peuvent plus concerner que les militants, mais plutôt tous les Congolais.
C’est ce qui justifie cet article de la part d’un Congolais convaincu que le Congo serait bien meilleur si le P.c.t, en tant que force d’entrainement, cessait de se barricader derrière une chronique façon de faire et rentrait dans le commerce des idées qu’impose le temps qui passe. D’aucuns diraient simplement: la modernité qui repense l’art de faire la politique. Un art décrispé où les idées s’entrechoquent et garantissent par-là, la paix civile. C’est ça qui viabilise la démocratie, la libération de la parole sociale qui élargit le débat, en faisant connexion avec le citoyen. Citoyen, pas militant exclusivement!
S’adapter aux temps nouveaux et conjurer, par-là, les échecs éventuels pour cause d’usure, quand, par des assauts répétés des jeunes loups talentueux issus d’autres partis, volontaires comme l’on a jamais vu et à l’aise dans une communication politique originale, viendront imposer le «la». Voilà ce qu’en visionnaire, le député-maire de Brazzaville, Hugues Ngouelondélé, membre du comité central du P.c.t, a compris entre autres. D’où un livre intitulé: «P.c.t: faire la politique autrement».
Nous en aurions, tous, été à la lecture de ce livre, pour cerner sa pertinence et sa qualité et, au-delà, voir sur quel horizon politique il ouvrait, quand en observateur avisé de la politique congolaise et de ces arcanes, nous avons senti une grogne menaçante commencer à alerter l’opinion. Qu’est-ce que c’est ce livre qui déroge de la façon qui encadre les contributions au parti?   
Le travers paranoïaque du complot est sorti à nouveau de l’oubli. Pour polluer un contexte peut être riche d’enseignements. Déjà, celui qui dit que le débat cadenassé au parti dispose parfois de bonnes idées et qu’il valait mieux pour, cette fois, rompre la tradition, l’offrir aux militants et aux citoyens tout de suite et directement. Au départ, c’était un frémissement perceptible par les plus avisés. C’est  devenu, par la suite, une opinion qui court les salons. A la télévision, sous prétexte de débat démocratique et d’actualité, de façon très matinale, deux émissions coup-sur-coup donnent à tort où à raison le sentiment d’un procès insidieux visant la mise au pilori de celui qui a osé écrire sur un parti à la discipline presque militaire. Donnant l’impression que le mouvement n’est pas ses terres dans ce grand parti. A ce compte-là, une offensive plus nourrie viendra, peut-être, un de ces jours, pour stopper net le crédit de cette initiative et adresser un avertissement à des vocations nouvelles du même genre. Mais, quelle dépense, le cas échéant, pour si peu! En vrai, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un exercice de démocratie interne, à la manière dont les idées bougent partout dans le monde. La transgression, quand elle engage le progrès, est l’expression tout à la fois de la clairvoyance et de l’écoute salutaire du sens du devoir. Quoi qu’il en soit, les dés sont désormais jetés. Le livre de Hugues Ngouélondélé que tout singularise est parti pour connaître un indice de vente très élevé. Et partant, il va toucher pas mal de militants qui, une fois convaincus, sauront reprendre son contenu à leur compte, pour contribuer à la marche d’un vieux parti auto-satisfait, qui doit pourtant s’adapter.
Mais, s’en tenir à cela, c’est faire preuve de courte vue. L’objet de ce livre va bien au-delà du P.c.t. Il vise la sclérose qui grippe l’échiquier politique national où les tenants du même immobilisme parquent l’intelligence collective dans le non-être. La touche stalinienne qui consiste à gérer les appareils politique d’une main de fer est dépassée et pathétique. Quoi! Comme ça, il faut toujours rester dans le rang et de préférence le petit doigt sur la couture du pantalon? Nous disions au-delà? C’est vrai! Le M.c.d.d.i, l’U.pa.d.s, l’U.d.r-Mwinda ou ce qu’il en reste, le R.d.p.s, le R.d.d, le Cap, etc, auraient tort de penser que ce qui se passe ne concerne que le voisin. Ce livre est surement une hirondelle qui annonce le printemps du renouveau. Les écuries d’Augias vont être nettoyées pour que passe la lumière. Qui ne voit pas que le plateau politique national est terne, sans flamme et sans panache?
Les télévisions africaines rentrent dans nos foyers et nous assènent des débats politiques de très haute facture. Que leur renvoie le génie politique congolais? Repenser, refonder, reformer, s’adapter sont les autres noms de l’intelligence. Devant les paris nouveaux, la réponse n’est pas la résistance envers et contre tout. Il s’agit de forcer sa propre nature, pour que la qualité et l’intelligence de faire la politique y gagne. Il faut donc cesser, comme on l’a vu à la télévision dernièrement, de s’asseoir sur ses lauriers. C’est une attitude de retraite. Ce n’est pas dynamique. L’imagination, encore de l’imagination pour aller vers le progrès! Là est le chemin. Soyons dignes de ce pays à atouts, qui, bien qu’il nous donne beaucoup, n’obtient en retour de notre part que des choses d’une navrante parcimonie.
 
Stanislas KOUNGA

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