Ecriture, franchise et courage dans l’esprit de Hugues Ngouélondélé, à travers son ouvrage «Le P.c.t: faire la politique autrement»

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Introduction

«J’ai appris, grâce à lui (mon père)  que la franchise est une vertu plus efficace que la dissimulation. Contrairement à Machiavel, je pense qu’elle se révèle parfois décisive quand on a la responsabilité de l’Etat. En fin de compte, c’est à soi-même qu’on la doit. Elle est la condition pour rester fidèle à ce qu’on est et ne pas dévier du chemin qu’on s’est tracé, fût-il semé d’embuches… » (Denis Sassou Nguesso: «Le manguier, le fleuve et la souris», Editions J.C Lattès, Paris, 1997, P.27)


Ces derniers temps, un bruit malsain entretenu avec honte et désinvolture infantile s’arrache le droit presque divin de croire que l’auteur du livre «Le P.c.t: faire la politique autrement» devrait être crucifié, au motif qu’il aurait remué le mammouth à ciel ouvert. On condamne d’un côté le préfacier d’avoir sublimé l’écriture comme moyen de restituer les faits de la pensée et de l’histoire, avec plus de consistance que par la manière orale.
Ecrire, c’est dire quelque chose. La liberté dans l’écriture, par-delà les contraintes extérieures, est à priori. Ecrire, c’est interpeller le néant, le forcer à être. En ce sens, l’écrivain est un démiurge et  la création est en liaison avec le sacré, le divin. Est-ce à dire que l’écrivain, par cela même, est libre? Oui, on est libre d’écrire, ce qui paraît rationnel à ses yeux.
L’écrivain ne peut être comptable des lectures qui sont faites de son texte. Il y a, cependant, une exigence éthique irréductible de la part du lecteur: son entière liberté de conscience lui transmet un sentiment d’adhésion ou de réticence ou mieux de rejet des thèses émises.
Un texte écrit est destiné prioritairement aux lecteurs et non à une catégorie partisane au nom d’une pureté de la morale doctrinale qui s’affirmerait comme enclos de la pensée, en ayant une hiérarchie de conscience: demande de permission et/ou d’autorisation de réfléchir devant la cellule du parti, en montant progressivement vers l’échelle de commandement supérieur, pour obtenir des visas de conscience, en vue d’un accouchement réflexif.
Répondons donc aux questions suivantes, afin de mieux cerner l’itinéraire de notre auteur: Que recouvrent les notions d’écriture, de liberté et de courage chez Hugues Ngouélondélé, comme pratique novatrice de  la vie politique? Que reproche-t-on à l’auteur?  Que devrions-nous faire face à la vraie réalité décrite par l’auteur?

1- Hugues Ngouélondélé et la liberté d’écrire pour transmettre un code de vérité

L’écriture a sa propre ontologie, son autonomie, son efficacité propre. Alors, que faire devant un texte? Rechercher la littéralité, étudier ses virtualités, ses silences, ses marges en lui redonnant sens par l’interprétation?
Notre auteur est un homme qui aime les récits historiques et les maximes. Très exigeant dans la réflexion, il se donne à cœur joie à réciter les grands principes qui fondent la vie en société et détient un patrimoine exceptionnel, celui de la réliance comme fondement existentiel de son agir politique.
L’écriture, stricto sensu, est une armature, un code, un message. L’armature, le code, le message d’un texte littéraire, ont-ils une fonction qui ait quelque chose à voir avec la liberté?
Dans le livre de Ngouélondélé, il y a un message, celui de nous prévenir sur l’agonie atteinte par la façon de faire la politique au Congo. Qui peut en douter? A moins que, dans un livre à paraître, qu’on prenne idée contre idée pour dire le contraire et avancer dans une bonne direction. Dans l’histoire, la polémique autour des livres se conclut toujours par un contre-livre, afin de nourrir notre mémoire.
Pour que l’exigence de liberté intérieure se conjugue harmonieusement avec la fonction sociale de l’écrit, car si on écrit d’abord pour soi-même on écrit aussi pour les autres, l’écrivain doit apprendre à maîtriser l’extérieur, à l’apprivoiser. L’extérieur est ici l’ensemble des contraintes à l’intérieur desquelles il advient. Notre auteur a décrit, avec subtilité et les mots qui lui sont propres, les maux dont souffre la politique à  travers le sublime exemple du Parti congolais du travail.

2- De la description phénoménale à la proposition systématique dans le livre de Ngouélondélé

L’auteur ne se contente pas de décrire, il suggère des mesures au nombre de douze, lesquelles peuvent être amendées. De cette évidence découlant de cette pratique théorique, le livre de notre auteur exprime cette dialectique qui renvoie à la relation bijective, de telle sorte que d’un ensemble A (comme énoncé du principe) et l’ensemble B (comme aboutissement logique et pratique), il trace le trajet théorique et intellectuel de son accomplissement.
Quand il décrit les réunions escamotées, notre auteur fait transiter sa réflexion par le bout qui pousse à réduire les membres du comité central à 139, avec en prime d’accumulation de l’expérience, un recours intelligent à la suppléance des sièges, afin de rendre le progrès assez cumulatif.
Hugues Ngouélondélé nous peint, avec brio, l’effervescence d’une marmite chauffée à cent degrés et aboutit au résultat qu’il faille reformer tout  au sein du Parti congolais du travail, si l’on veut exister et vivre par nous-mêmes. C’est ce qu’on appelle la systématique des idées, initiée par Kant depuis sa brillante rédaction de «Qu’est-ce que les Lumières?», et son «Esquisse sur une Paix Perpétuelle».
Que signifie la systématique des idées  qu’utilise notre auteur? C’est le moyen par lequel un homme exerce son aptitude à dire une chose qui fasse appel à une possibilité de mise en œuvre. Car, à 450 membres, si l’on doit contribuer, combien de temps pour débattre sereinement par exemple d’une question sans évoquer le prétexte du temps pour évacuer des avis éclairants sous l’empire du gain temporel…

3- La réaction sur le plateau de télévision à l’émission «Pacifica»

Que sur une même question des avis divergents, rien de plus normal. Que les avis sortent du livre, voilà ce qui est étrange aux bonnes mœurs intellectuelles. Cela s’appelle faire du bruit sans consistance, rien de plus.  Le lieu commun dans de pareils cas étant la médisance gratuite: on croit avoir argumenté, alors qu’on se ment à soi-même. On dirait pudiquement hors-sujet au devoir de littérature, d’histoire ou de philosophie. Il ne faut pas sortir du texte, encore moins du contexte.
Assurément, notre auteur a eu raison d’avoir le courage de dire ce qu’il pense avec pertinence. Le débat en accusation à Télé-Congo à l’émission «Pacifica» a construit le vide de la pensée comme l’écrit Mfumu: «Pendant près de 75 minutes, rien sur le livre. C’est l’exemple patent de l’appauvrissement de la parole politique chez nous. Comme d’autres spectateurs, j’ai ingurgité une émission insipide». Cette réaction d’un expert de media assez avisé sur les questions des medias lourds exprime un grand malaise. On ne peut mieux être aussi incisif.
La gesticulation médiatique dépouillée de toute substance à la fois par l’indigence de l’argument mais surtout par l’impuissante qualité démonstrative de l’argument opposé, m’autorise de dire combien j’adhère à la puissance et à l’éclat de la vérité insufflée par notre auteur dans ses grandes articulations dans la trajectoire des douze mesures proposées.

4- Entre confusion et pauvreté argumentative : que reproche-t-on à l’auteur?

Au lieu d’opposer une belle argumentation, on choisit la facilité. Pourquoi ne reprocherait-on  pas à l’auteur du livre d’être très grand de taille, puisque le livre ne servait à rien, il fallait parler de l’auteur.
La démarche éclectique servie par nos illustres invités de Pacifica sur le livre de M. Hugues Ngouélondéle, m’a laissé l’impression de repartir à la fin des années 70. Au total, à les entendre, l’auteur mérite la prison ou de passer devant les tribunaux du parti pour avoir levé le voile sur les secrets. Quel secret? L’argent qu’on distribue pour les meetings est-il encore un secret? Enfin, laissons d’infantiliser toute une élite d’un pays regorgeant autant d’intellectuels et de politiques de haut niveau. La polémique par l’invective et l’injure n’a jamais été productive, car nous ne sommes plus à l’âge de la pensée organique. On est à l’âge  de la pensée critique, dialectique héritage des 18ème  et 19ème siècles. Dans ces conditions, lui opposer son bilan à la mairie me paraît relever de la schizophrénie intellectuelle. Le P.c.t, objet de son étude, n’est pas une affaire de quelques-uns, ce n’est pas un sujet privé non plus.

5- Les critiques qui sont hors-texte ou la promotion de l’impécuniosité intellectuelle

A cause de l’ambiguïté de la relation du texte à son hors-texte par où la liberté est supposée jaillir, l’écriture est toujours éclatée et multiplie à l’infini les portes d’entrée et les fenêtres de secours. En effet, personne dans le débat actuel ne contredit l’auteur sur l’énoncé d’une idée, mais on se perd en conjecture en éthique politique sur fond d’une «centralité démocratique» au demeurant infructueuse, parce qu’improductive du point de vue du jaillissement de la pensée.
L’écriture est donc  rarement ce qu’elle dit littéralement: elle est signe… vers,  elle est une indication de l’ailleurs, de sorte qu’aucune écriture n’est innocente, toute lecture est symptomatique d’une situation, d’un état. C’est la démonstration qu’a faite l’auteur. Il le dit de manière admirable et écrit ceci: «Pour ma génération, mieux que le témoignage, je suis sommé de susciter le débat, tel est l’argument essentiel de cette prise de position publique, qui est dans la posture de la modeste contribution d’un adhérent».

6- Que devrions-nous faire face à la vraie réalité décrite par l’auteur?

Il serait utile de prendre objectivement position sur les mesures préconisées et productif de réfléchir sur l’analyse thématique suggérée par l’auteur, de se défaire de la petite épicerie de réflexion avec des solutions de facilité. Car, ce qui est dit dans le livre est vrai. Qui n’assiste pas en effet, aujourd’hui au système dévastateur des convictions sous l’empire ou la dépendance de l’argent au sujet de la gestion des meetings et autres activités de mobilisation horizontale, au racolage devenu «systémique» par des élites fonctionnant comme des commerçants politiques monnayant leur statut dans l’appareil contre des succulentes possibilités de reconversion financière et/ou matérielle…?
En réalité, il est ici question de mobiliser notre capacité d’imagination pour étudier froidement les questions soulevées, en évitant toute forme d’argument-slogan qui ne tire aucune légitimité de la réflexion autonome.
C’est à la décharge de l’auteur que nous aurons cette ultime possibilité de reformer, d’ajuster et réajuster nos certitudes et incertitudes. Le contraire serait  une forme d’aveu d’impuissance sur notre capacité de réagir devant les truismes en effervescence.

Conclusion

Ecrire, c’est témoigner, raconter, dire, Créer. L’écriture d’analyse scientifique n’est pas le lieu de la confusion du  concept, de l’analyse théorique, du message délivré ex- cathedra, mais celui de la puissance de la vérité, de la sensibilité, en somme du rapport fusionnel du sujet à l’objet, dans son sens étymologique. Voyez l’embarras de l’écrivain quand il est obligé de rendre compte de son œuvre!
Jamais un livre n’a suscité autant de bruits et reçu avec autant d’exaltations positives. Hugues Ngouélondélé s’inscrit comme un découvreur dans la réflexion de la pensée politique. N’étant pas adepte de la pensée bloquée dont parle Michel Crozier, l’auteur du vrai diagnostic de la vie politique nationale nous instruit modestement sur la manière de «faire la politique autrement».
Chez l’auteur on pourrait écrire comme épitaphe que «nul ne peut parler s’il n’est capable d’être libre, d’éviter la langue de bois ou la flagornerie sur fond de flatterie».
Au total, c’est un livre annonciateur d’une nouvelle modernité au sein des appareils politiques et se veut être un carrefour de la réflexion politique de notre temps afin de rejeter les archaïsmes de tout genre. Dans moins d’une décennie, le livre de Ngouélondélé fera l’objet des mémoires et thèses dans le domaine des sciences molles, c’est-à-dire des sciences humaines et/ou sociales, notamment en anthropologie politique, en sociologie des organisations, en philosophie et en sciences politiques.
Pour ma part, je suis fier de ce bouillonnement intellectuel qui est en train d’écumer notre pensée et j’espère que de cette atmosphère, les débats vont reprendre pour le bien de tous. Il faut lire le livre de Hugues Ngouélondélé, le méditer au maximum… sans passion mais avec raison et lucidité.

Professeur Grégoire LEFOUOBA

Références
-  Ngouélondélé (Hugues), «Le P.c.t, Faire la politique autrement», éd. Jaguar, Paris, 2016, p.15;
- Crozier (Michel), «La Société bloquée», Editions du Seuil, Paris, 1970.
- Mfumu Di Fua Sassa in  La Semaine Africaine n°3642 du Mardi 15 Novembre 2016.
- Sassou Nguesso (Denis), «Le manguier, le fleuve et la souris», Editions JC Lattès, Paris, 1997, p.27

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