L’importance de l’enseignement de l’histoire, pour éclairer la route des jeunes générations

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

L’école, lieu par excellence de formation intellectuelle, morale, civique, politique et professionnelle, permet l’acquisition des connaissances, des capacités (compétences) et des attitudes et prépare à l’intégration dans la société. Elle joue ainsi un rôle essentiel dans la formation du citoyen et dans l’éducation à la liberté par la culture.

 

Enseignée dans les écoles primaires supérieures (E.p.s) à partir de 1833 et faisant partie de la formation des élèves instituteurs dans les écoles normales, l’histoire était devenue une matière de l’école élémentaire en 1867 (loi du 10 avril 1867), au nom du sentiment national, sous Victor Duruy (1811-1894), ministre de l’instruction publique de Napoléon III. «Le but de ce cours est d’éclairer la route où nos enfants s’engagent, en devenant hommes et citoyens, dans un esprit de paix et de justice», écrivait-il aux recteurs.
Mais, il y a une différence à faire entre les histoires et l’histoire qu’on peut lire dans les livres. La Bible, l’un des livres qui traitent de l’origine du monde et de l’homme, nous fait comprendre l’histoire de l’humanité. Les histoires sont des récits d’aventures, parfois extraordinaires comme les aventures de Tintin et autres, tandis que l’histoire enseignée à l’école primaire, au collège, au lycée ou à l’Université, qui est une science, raconte ce qui s’est passé autrefois dans un pays, un continent ou dans le monde et qui est vraiment arrivé. Elle est certes faite d’aventures aussi, mais ici, il s’agit des faits que des gens ont vécus: découverte des terres lointaines comme l’Amérique en 1492 par Christophe Colomb; guerres de conquête de territoires; guerres d’influence des peuples (colonisation); guerres d’indépendance ou de libération nationale; lutte contre l’esclavage; l’apartheid; première et deuxième guerres mondiales, etc. L’histoire d’un pays raconte son évolution dans le temps: organisation politique, administrative, économique, socioculturelle et ses relations avec les voisins: appartenance à des organisations sous-régionales, régionales ou internationales. Celle d’une famille étudie l’arbre généalogique de ladite famille (matriarcat ou patriarcat) et celle d’une personne, sa biographie.
L’histoire nous apprend comment vivaient les gens du temps passé; comment ils priaient Dieu ou leurs dieux; comment ils faisaient le commerce; comment ils travaillaient, pratiquaient le sport et les jeux; comment ils lisaient, écrivaient, pensaient. Bref, des détails sur la vie des gens qu’on appelle civilisations. Ce temps passé peut être récent, lointain ou très lointain. A l’école, au fur et à mesure qu’on progresse dans sa scolarité, on apprend que les gens d’autrefois avaient des façons de vivre bien différentes des nôtres, mais s’intéressaient aux mêmes choses que nous: comment se nourrir, se vêtir et se protéger contre le froid ; comment se loger, se déplacer, se soigner, élever les enfants, gouverner les pays qu’ils soient grands ou petits, etc. Par l’histoire apprise à l’école, l’enfant connait les grands évènements et leurs acteurs qui ont marqué la vie de son pays et celle des autres pays du monde où il ne pourra pas arriver.
L’histoire nous aide à comprendre les différences et les ressemblances entre les gens d’autrefois et d’aujourd’hui, entre les Congolais et les  natifs des autres pays à travers le monde. L’artiste musicien Pamelo Mounka, dans sa mémorable chanson «Ah Congo!», parle du Congo du temps de Matsoua et de celui de son temps. C’est par l’histoire aussi que l’enfant apprend, à l’école, les découvertes (inventions) faites par les hommes et les femmes de l’ancien temps: avions, bateaux, trains, automobiles, vaccins, sérums, médicaments, téléphone, radio, télévision, imprimerie, papier, alphabet, photographie, monnaie, feu, électricité, cinéma, etc. Toutes ces inventions constituent, aujourd’hui, notre héritage que nous nous employons à fructifier ou à perfectionner.
L’histoire unit le présent au passé, les vivants aux ancêtres. Dans son message à la Nation, le 14 août dernier, la veille de la célébration du 56ème anniversaire de l’indépendance du Congo, à Madingou (chef-lieu du département de la Bouenza), le Président Denis Sassou Nguesso a rappelé que le 15 août est une date emblématique qui représente, à elle seule, l’indépendance de notre pays, la liberté de notre peuple et la souveraineté de notre Etat. Il s’est appesanti sur la signification à donner aux trois mots qui forment la trinité de notre devise nationale: «Unité, Travail, Progrès». «Ces valeurs que les géniteurs de notre indépendance ont établies en les élevant au rang des règles de notre vie commune et de notre action collective. Ils nous les ont léguées comme fil conducteur de notre cheminement vers le développement».
La date du 15 août, fête de l’Assomption chez les catholiques, n’était pas choisie au hasard pour l’accession de notre pays à l’indépendance. Le premier Président de la République, l’abbé Fulbert Youlou, étant un homme d’église, plaçait ainsi le pays sous la protection de la Sainte Vierge Marie. L’assomption, c’est aussi l’action d’assumer, de prendre en charge. Les géniteurs de l’indépendance du Congo prenaient ainsi, ce jour-là, en charge, devant le monde, le destin du pays; ils assumaient leurs responsabilités.
En démocratie, un des systèmes politiques dont on parle au cours d’éducation civique et d’histoire, en étudiant les civilisations des peuples, les enjeux de l’enseignement de cette discipline scolaire sont éminemment civiques et moraux, pour préparer les élèves au monde dans lequel ils grandissent et vivent. «Les hommes passent, les faits demeurent et nos enfants n’auront affaire qu’aux conséquences», écrivait Victor Duruy dans l’une de ses instructions relatives à l’enseignement de l’histoire qu’il prolongea au secondaire. «L’histoire stimule les timides en leur faisant voir les nécessités impérieuses des choses et elle calme les impatients, en leur prouvant que rien de durable ne s’improvise; que ce qu’il y a de plus fort dans le présent, c’est toujours du passé. Respectons les hommes qui ont, avant nous, porté le poids du jour pour que nous soyons respectés à notre tour, malgré nos fautes», ajoutait-il.
Chaque entité administrative, territoriale, institutionnelle ou culturelle a une histoire. Il faut consulter ses archives pour la découvrir. Par exemple, au hall central du Ministère des affaires étrangères, sont classées par ordre chronologique, les effigies des différents chefs de la diplomatie congolaise, de la proclamation de la République à nos jours. Il en est de même au siège de l’Assemblée nationale et ailleurs, avec les tableaux synoptiques des premiers responsables. Je signale que l’histoire s’était développée avec l’apparition de l’écriture. Depuis quelque temps, un comité d’experts est à pied d’œuvre pour écrire l’histoire de Brazzaville, notre ville capitale, qui a été aussi celle de la France-Libre et de l’ex-Afrique équatoriale française (A.e.f), qui réunissait les quatre territoires sous colonisation française: le Moyen-Congo, le Gabon, l’Oubangui-Chari (actuelle Centrafrique) et le Tchad.
L’histoire est une mémoire; elle développe un orgueil national qui est l’assiette solide du patriotisme. Il faut bien l’enseigner à l’école, sans idéologie! Exposant sur la finalité des études historiques en Sorbonne et l’éducation nationale, Ernest Lavisse (1842-1922) déclarait: «…La fin dernière de notre travail sera de mettre dans le cœur des écoliers de toutes les écoles, un sentiment plus fort que cette vanité frivole et fragile, insupportable dans la prospérité, mais qui, s’effondrant dans les calamités nationales, fait place au désespoir, au dénigrement, à l’admiration de l’étranger et au mépris de soi-même… Ce sont les universités allemandes et les savants allemands qui ont formé l’esprit public en Allemagne. Leur devise était: l’amour sacré de la patrie donne du courage».
Les monuments, les statues, les stèles et autres édifices érigés ça et là sur les places publiques, chez nous et ailleurs dans le monde, sont des repères historiques. Cas à Brazzaville du Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza, du stade et de la statue Félix Eboué, du square et de la Case De Gaulle, du monument Victor Scheolcher sur l’abolition de l’esclavage, des statues de Fulbert Youlou, Marien Ngouabi, Jacques Opangault, Stéphane Tchitchellé, de la Basilique Sainte-Anne du Congo,  de la Cathédrale Sacré-Cœur, etc. C’est notre patrimoine pour lequel le Ministère de la culture devrait instituer une journée commémorative.
A propos du Mémorial Pierre Savorgnan De Brazza, une autorité sénégalaise qui l’a visité l’année dernière a émis le vœu qu’on y ajoute la statue ou un buste du sergent Malamine que De Brazza avait chargé de garder les lieux (Mfoa), après la signature du traité de protection avec le roi Makoko. Ce serait rendre justice à ce brave soldat sénégalais.
Comme  on ne peut pas enseigner tous les faits, il revient, pour chaque cycle et pour chaque classe, aux spécialistes des programmes scolaires d’arrêter les contenus qui conviennent, car, comme le disait Henri Boulay de la Meurthe (1797-1858), «il y a de tout dans l’histoire: on peut en faire un cours de morale ou d’immoralité; on peut lui faire produire l’amour ou la haine de la patrie et de ses institutions». Le maître, dans sa classe, doit faire que les élèves n’apprennent pas l’histoire par cœur, mais la comprennent, même s’il y a des résumés à apprendre et des dates à retenir. Il doit donc savoir dialoguer avec la classe et «créer l’évènement», en faisant son cours.
Bref, les leçons d’histoire sont nombreuses et variées dans chaque secteur de la vie nationale et internationale. «Nul n’a le droit d’effacer une page d’histoire d’un peuple car un peuple sans histoire est un peuple sans âme», aime répéter Alain Foka, journaliste à Radio France internationale (R.f.i) dans son émission «Archives d’Afrique». A Télé-Congo, l’émission «Grand Angle», avec comme invité l’historien Jérôme Ollandet et à D.r.t.v, l’émission «L’homme et son temps», nous permettent de renouer avec notre passé ou de le découvrir. De telles émissions et bien d’autres (Mémoires d’un continent, Les secrets de l’histoire, etc.) devraient inspirer les enseignants d’histoire.

Simon NANITELAMIO
ICEG Honoraire