Les Tékés de Mfâ, où sont-ils, que sont-ils?

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Dimanche 4 septembre dernier, j’ai été amenée à assister à une rencontre des natifs tékés de Mfâ, organisée par Monsieur Mpiaka et son association. Malheureusement, la veille, il a eu un malaise et a dû être hospitalisé. Néanmoins, pour ne pas décontenancer les invités, le comité d’organisation a maintenu la manifestation dans la sobriété légendaire des Tékés. J’y suis allée bien plus pour avoir une idée sur les formations associatives qui pullulent çà et là, à la recherche de l’affirmation d’une identité, que par une quelconque pulsion d’appartenance tribale.

 

Les invités, une quarantaine ou plus, jeunes pour la plupart et fiers de revendiquer leur appartenance à l’entité ngantsié, ont, du reste, déploré de n’avoir pas eu connaissance des objectifs envisagés par l’association et promis de revenir plus nombreux, le jour de la prochaine rencontre. 30% d’entre eux n’ayant du téké que le nom, comprenaient à peine le dialecte. L’essentiel, ont-ils dit, c’est d’en avoir la fibre.
Dans mes recherches en linguistique à l’Université, il m’est arrivé de discuter avec les anciens sur la consonance des noms et objets difficiles de prononciation. La mauvaise transcription est évidente et dépourvue de tout repère. Le professeur Antoine Ndinga-Oba disait, à ce sujet, que l’on perd son âme si on déforme son identité. Ils sont Fumû rarement de pur-sang, quelquefois avec des accointances avec les Nsuni (Sundi) et Umu (Baümu). Mon père, par exemple, de sensibilité Fumû, était fier d’avoir eu trois enfants avec ma mère d’appartenance Nziku et Bakwé-sese. Il considérait de ce fait à son entendement que nous étions «métissés». J’ai profité de cet avantage pour maîtriser aussi bien le Nziku que le Fumû. Ce n’est pas de leur faute, si leurs noms de famille ont été déformés.
Ainsi, ils sont devenus Nkodia (Nkori), Filampo (Moufoulampo), Malanda (Malana) Nganga (Ngan), Mbemba (Mbemou ou Mbêm), Massengo (Anseün), Kouka (Nkouka), Mampouya (Ampouya) Malonga (Along), Para (Mpara), Atouonault (Antouono), Pinilt (Mpini), Gali (Ngali), la liste n’est pas exhaustive. Nos parents ont voulu, tous, «franciser» leurs noms dont nous héritons, disent-ils. Mais, comment donc expliquer la cupidité dans le choix des prénoms donnés à leurs rejetons?
Il est curieux de les entendre dire que ceux-ci se prénomment Winner, Triomphe Guemiche, Vainqueur, Delche, Riche, Messi, Sublime, King, Nyche, Précieux, Promesse, Rhan, quelquefois sans tenir compte de la racine latine. C’est à croire que Trésor et Espoir, deux prénoms à la mode, sonnent mieux que Nganzi, Elikia ou Iminou.
Les associations créées sur des bases culturelles et ethniques vont-elles inculquer aux adhérents les valeurs morales d’honnêteté, de partage et de respect envers les anciens? Mais aussi et ceci est important, ils doivent connaître l’histoire de leurs racines, la circonscrire dans l’espace et le temps, sinon ils auront du mal à perpétuer les vertus qui sont chères aux Tékés (Tios).
Les jeunes générations de l’espace Mfâ doivent également savoir que les autres appartenances au peuple téké font partie du grand ensemble protégé par le Nkuémbali, l’esprit dont le règne couvre toutes leurs entités: Inkala (Kinkala), Impouomo, Matari, Inkiéno, Ngankui (Ngamakosso), Tsiémé, Insuli, Ndolo, Mpiéré-Mpiéré, Impila, Unkaru, Nzôo, lbossi, Inga, Linzolo, Itatolo, Ipanzou, Kamou, Loufoukari, Ntswélé, Bimé, Ingouali (Kingouari), Ngamaba, Makabi-Ndili, Ngangouoni, Inzouli, Maniang (Manianga), Intéli, Lifoula, Ingolo, Djili, Impôh, Itsali, Malima, Onkouono (Moukondo), Anluku (Maluku), Madzia, Ntsini, Batsua (Goma Tsé-Tsé).
Leurs parents naturels se retrouvent d’ailleurs  Nsélé, Ngaba, Imban, Mbinza, Ngaliema, Massina, Ndolo, Inkoli, Imbantsio, Ingabua (Kingaboua), Liméré (Limété), Lingouala, Matéré (Matété), Ndjili, bref sur le territoire d’Insaya (Kinshasa).
En définitive, leur espace géographique abritant la capitale du Congo-Brazzaville a subi un brassage indéniable au point où, pendant la riche expérience de la municipalisation accélérée que vient de vivre le pays et qui a révélé un repli identitaire des Congolais, eux ne se sont retrouvés nulle part, parce que justement ils sont «inclassables» dans les départements du pays.
Pour tout dire, ils doivent s’organiser comme font les autres, sans que cela ne suscite des interrogations. Ils doivent se considérer comme faisant partie du maillon de la chaîne nationale et être les artisans de paix. Ne sont-ils pas au cœur du pays où se prennent toutes les décisions nationales pour la construction du Congo? Je leur souhaite beaucoup de courage.

Ida Victorine
NGAMPOLO
Historienne

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