Le «vivre ensemble» et le «dialogue national inclusif»?

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La référence au «vivre ensemble» émaille le discours des hommes politiques, ces derniers temps. Le citoyen lambda, habitué à la parution de nouveaux concepts en temps de crise politique, se demande, une fois de plus, l’apport de ce nouveau slogan dans la résolution de la crise multiforme qui prévaut dans le pays. Le «vivre ensemble», qui fonde les rapports formels et informels entre les hommes en société, a toujours occupé une place prépondérante dans les  relations humaines, depuis les temps.

Il implique que ceux qui ont la responsabilité de gérer la cité veillent à l’harmonie de la vie en société, tout en garantissant la liberté de choix de chacun de ses membres. Il suppose le respect mutuel, la prédominance de l’intérêt général sur l’intérêt individuel, le respect des différences, l’exploitation rationnelle de la diversité indispensable pour l’expression du génie national, etc.
Le «vivre ensemble» suppose aussi que les gouvernants s’imposent une façon d’être et de faire qui suscite l’adhésion volontaire des gouvernés à leur action qui, dans ce cas, doit se fonder sur les valeurs éthiques et morales. C’est pourquoi, à la Déclaration des droits et des devoirs des constituants de l’an III qui indique: «Nul n’est bon citoyen s’il n’est pas bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux». Il convient d’ajouter: bon gouvernant. C’est dans cette perspective qu’l faut comprendre l’importance de l’expression «vivre ensemble».
En effet, le «vivre ensemble» fonde un type de lien non contractuel. Il renvoie à l’impératif moral et non à une obligation juridique et joue un rôle jugé essentiel dans la constitution du social. L’expression «vivre ensemble» fait référence à  une famille, aussi bien qu’à un rassemblement de citoyens d’un même pays désireux de cohabiter dans l’harmonie sur un même territoire.
Cette expression reflète la vive conscience qu’ont les êtres humains de la nécessité de vivre dans un même espace et ce dans le respect des uns et des autres, sous la direction d’un pouvoir qui se nourrit de la contradiction, afin d’assurer la participation de tous dans l’œuvre de l’édification nationale.
Clamer le désir du «vivre ensemble» suffit-il alors pour résoudre la crise congolaise sans donner des signaux d’un engagement sincère et ferme pour la promotion d’un véritable Dialogue national inclusif? En effet, les bases de notre «vivre ensemble» ont été largement ébranlées par, entre autres, les violations répétées des Constitutions; les nombreuses entraves aux libertés individuelles et collectives, la corruption, l’impunité, les détournements de deniers publics, l’injustice sociale qui auraient pu renforcer la cohésion sociale et la concorde nationale.
En outre, le refus de la confrontation des idées qui débouche inexorablement sur l’utilisation de la force publique contre les populations qu’elle est censée protéger conduit aux fureurs des hallalis, à une communication postiche et à l’investissement de toute l’énergie pour tenter d’étouffer l’évolution de la libre pensée.
Le vivre ensemble ne peut donc pas être utilisé comme une variante d’ajustement du dialogue national inclusif refondateur qui, dans le grand malaise que connaît le pays, est le moyen le plus indiqué pour obtenir la cohésion sociale et une paix véritable et durable.

Raymond OMBAKA
Ancien Ministre

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