Nouveau gouvernement : Six partants, sept entrants et des inamovibles!

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Rendant public le décret n°2012-1035, du 25 septembre 2012, portant mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale qui compte 38 membres, le ministre d’Etat Firmin Ayessa, directeur de cabinet du chef de l’Etat, a indiqué que le programme «Le Chemin d’avenir» sur la base duquel Denis Sassou Nguesso a obtenu son second septennat, ayant été largement plébiscité par les Congolais, le président de la République a procédé à la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale. Celle-ci a été proclamée, le mardi 25 septembre, au journal télévisé de 20h, sur Télé-Congo.

Le remaniement ministériel était largement attendu, après les deux tours des élections législatives largement remportées par le P.c.t (Parti congolais du travail) et ses alliés. Les commentaires allaient dans le sens d’un chambardement qui permettrait au chef de l’Etat de renouveler la classe politique aux affaires, l’opinion étant lasse d’un certain style de gouvernement qui devient redondant.
La réalité est que la nouvelle équipe s’est faite sur les mêmes paramètres que le remaniement précédent. En ce qui concerne les changements, on note la disparition des fameux pôles et leurs coordonateurs, mais le nombre de ministres d’Etat est resté le même, cinq. Parmi eux, un nouveau, Gilbert Ondongo, qui a fait une percée fulgurante, se voyant confié le plan et l’intégration. Six ministres ont été remerciés (Madeleine Yila Boumpoto, André Okombi Salissa, Antoine Abena, Rosalie Kama Niamayoua, Mathieu Martial Kani et Charles Zacharie Bowao). Sur chacun d’eux on peut mettre un commentaire.
Ministre à la présidence chargé de la défense nationale, Charles Zacharie Bowao était sur une chaise éjectable depuis les explosions du dimanche 4 mars où sa déclaration télévisée, quelques heures après le début des explosions meurtrières, avait surpris par son décalage avec la réalité. Vue la gravité de ces événements ayant occasionné de nombreuses victimes, l’opinion réclamait sa sortie du gouvernement.
Après quinze ans passés au gouvernement, André Okombi-Salissa paye le prix de son bras de fer avec son propre parti, le P.c.t, qui a pris l’option, à son dernier congrès extraordinaire, de n’instituer qu’un mouvement unique de jeunesse qui lui soit affilié. L’ancien ministre de l’enseignement technique et professionnel n’a pas voulu se soumettre à cette option, préférant remettre au congrès de son mouvement de jeunesse, de trancher cette question. Mais, dans l’opinion, on lui prête aussi, à tort ou à raison, de ne pas faire mystère de son ambition présidentialiste. Vrai ou faux, une chose est sûre: à cause de ses prises de position, il était en disgrâce dans son propre camp de la majorité. Que fera-t-il d’ici à la fin du septennat? Il lui est, semble-t-il, conseillé de faire profil bas, pour préserver ses chances de rebondir au sein de la majorité.
Après son échec aux législatives, à Owando, face à un collègue qui n’avait aucun souci financier pour battre campagne, l’ancien ministre de l’industrie touristique et des loisirs, Mathieu Martial Kani, est passé à la trappe, à cause de son parti, le R.d.d (Rassemblement pour la démocratie et le développement), affaibli par ses dissensions internes et n’ayant plus de poids électoral respectable, pour défendre sa position. L’allié n’apportant plus rien, on l’a mis à la porte du gouvernement.
Quant aux autres ministres congédiés, ils font partie des cadres qu’on amène au gouvernement et qu’on peut gommer, à tout moment, sans craindre de secousse politique.
Les changements, ce sont aussi les entrées. Ils sont sept nouveaux ministres, dont un revenant, François Ibovi. Ayant cédé son siège d’Oyo au fils cadet du chef de l’Etat, aux dernières législatives, il a été gratifié d’un retour au gouvernement, cinq ans après.
L’entrée de Jean-Jacques Bouya répond aux exigences des partenaires financiers du Congo qui ne comprenaient pas pourquoi la structure chargée de gérer la plus grande partie du budget d’investissement du pays échappait au contrôle parlementaire. Cette fois, les grands travaux se plieront à l’exercice de se défendre devant les élus du peuple, et les projets réalisés ne seront plus l’affaire exclusive des grands travaux.
Le M.c.d.d.i s’est tapé un ministre de plus dans le gouvernement, pourra-t-on penser, alors que ce parti a perdu en nombre de députés. Deuxième vice-président dans le bureau de la 12ème législature de l’assemblée nationale, Bernard Tchibambeléla n’a pas été reconduit lors de la mise en place du bureau de la 13ème législature. Il aurait été sacrifié par son parti, pensait-on alors. Il retrouve, au gouvernement, Guy-Brice Parfait Kolélas, le coordonateur national de son parti. Est-ce ses propres relations avec le chef de l’Etat qui l’ont sauvé ou la volonté de son parti de le hisser à ce niveau? Les méandres de la politique… D’ailleurs, il faut remarquer que les anciens premier et deuxième vice-présidents de l’assemblée nationale sont rentrés au gouvernement.
Deux officiers généraux, nouveaux ministres, vont devoir se frotter à l’exercice politique attaché à leurs nouvelles fonctions. Après de bons et loyaux services à l’état-major général, Charles Richard Mondjo prend la défense nationale, à la grande joie des hommes en armes qui, semble-t-il, n’apprécient pas beaucoup d’être «commandés» par un civil. Il suit, ainsi, le cursus d’un prédécesseur, le général Jacques Yvon Ndolou. En entrant au gouvernement, pour s’occuper du transport fluvial, Gilbert Mokoki laisse ainsi la possibilité à la gendarmerie d’avoir un nouveau commandant, en la personne de son second.
Il y a lieu de se rappeler que le remaniement ministériel du 25 septembre dernier a été précédé de beaucoup de rumeurs. Certains journaux n’avaient pas hésité à titrer sur l’entrée, dans l’équipe gouvernementale, de l’un ou l’autre enfant du chef de l’Etat, devenus députés. Le député élu d’Oyo, Denis Christel Sassou Nguesso, est même considéré comme «l’héritier du trône», dans un scénario de succession clanique à la tête du pays, comme au Gabon ou au Togo. La nouvelle composition de l’équipe gouvernementale vient d’opposer un grand démenti à ces rumeurs, mais il y a lieu de s’interroger pourquoi sont-elles aussi tenaces.
Il y a lieu de parler, aussi, de ceux qui ont sauvé leurs têtes. Bienvenu Okiemy, Georges Moyen, Alain Akouala Atipault, etc., ont, sans doute, fait un ouf de soulagement. Quand on sait que dans l’opinion, on les donnait partants.
Enfin, certains observateurs ont relevé le nombre trop faible de femmes dans ce gouvernement, traduisant le manque d’attention à la question du genre dans les institutions de la République, malgré les voix qui s’élèvent dans le pays, depuis quelques années. A peine quatre femmes sur 38 ministres, et aucune d’elle n’est ministre d’Etat (apparemment privilège réservé aux hommes). D’ailleurs, suivant le rang protocolaire, la première femme de ce gouvernement vient en 16ème position. Cela n’est pas étonnant, car dans notre démocratie, la formation d’une équipe gouvernementale se fait dans le secret le plus absolu. Jusqu’à l’heure de la proclamation à la télévision, personne dans l’opinion ne peut percer le mystère. Ce qui fait qu’ayant constaté que le chef de l’Etat a repris l’essentiel de son équipe, une certaine déception a envahi l’opinion, lasse de voir les mêmes et d’entendre les mêmes voix depuis plus de dix ans. Quelques permutations permettent la survie à certains. Et l’âge moyen au sein du gouvernement ne fait qu’avancer : 45 ans dans les années 90; 55 ans dans les années 2010.
Mais, ce qu’il faut sans doute comprendre, c’est que le cercle des inamovibles, dans les gouvernements successifs du président Sassou, ne fait que s’élargir. Et si Isidore Mvouba a sauvegardé sa première place protocolaire, après avoir perdu son juteux ministère des transports, il a, maintenant, près de lui son collègue de la justice, Aimé Emmanuel Yoka: tous deux ministres d’Etat, députés voisins et membres d’un même parti,  le P.c.t. Suivez mon regard…

Joël  NSONI


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