Décès à Brazzaville de Gilbert Pongault : Une grande figure du syndicalisme africain s’en est allée

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Le premier numéro de «La Semaine de l’AEF», paru le 4 septembre 1952, affiche, en première page, un article de Gilbert Pongault, appelant, de façon urgente, à l’aide aux familles du secteur privé. A cette époque, Gilbert Pongault, qui a contribué à la rédaction et à l’adoption du code du travail des Territoires de la France d’outre-mer, et ce, soutenu par le député sénégalais, Lamine Ngueye, est déjà président de l’Union fédérale des syndicats C.f.t.c de l’A.e.f (Afrique équatoriale française). Le grand leader syndicaliste est décédé à Brazzaville, le mardi 14 août dernier, à l’âge de 87 ans.

Une vie au service des travailleurs et de la justice sociale
Gilbert Pongault fait partie des cadres congolais qui se sont formés dans l’activité syndicale. Il a gravi les plus hauts échelons du syndicat chrétien. Formé en même temps que Pierre Eticault, Félix Malekat, François Ndeké, Pascal Ockyemba-Morlendé, François Gandou, Charles Yaoué et autres, Gilbert Pongault a bénéficié de la formation de Gérard Esperet, délégué de la C.f.t.c-France à Brazzaville, en 1946. Très tôt, c’est lui qui assure la présidence de la Confédération des travailleurs chrétiens du Moyen-Congo. Les syndicats et les partis politiques n’ont été autorisés qu’à cette époque, en 1946. Au moment de l’africanisation, Gilbert Pongault est promu, par ses pairs, en 1957, président de la Confédération internationale des travailleurs croyants (C.a.t.c), et en même temps, membre du bureau de la Confédération internationale des syndicats croyants (C.i.s.c).
Cette même année, il est membre du Conseil économique et social, à l’assemblée de l’Union française, où il représente les travailleurs africains, malgaches et polynésiens. Il est aussi secrétaire général de l’Union panafricaine et malgache des travailleurs croyants (U.p.t.c) dont le siège est à Brazzaville.
Gilbert Pongault intervient dans la crise qui secoue le gouvernement de Jacques Opangault, victime de la déstabilisation de l’U.d.d.i.a, qui boycotte les conseils de ministres (1958).
Le syndicaliste panafricain appelle ses compatriotes et  les africains, en général, à voter oui, au référendum du 28 septembre 1958, proposant le choix de la Communauté, ou de l’indépendance aux colonies.

Un artisan du dénouement sans heurt, des grèves des 13, 14 et 15 août 1963
Lorsque ses camarades syndicalistes engagent le bras de fer avec le régime du Président Fulbert Youlou, il est aux avant postes, car grâce à son entregent, il négocie avec le général de Kerkaravat, commandant la zone militaire d’outre-mer n°2, afin que les troupes françaises n’interfèrent pas dans les affaires internes de la jeune république du Congo.
L’Archevêque Michel Bernard le met en relation avec l’ambassadeur de France à Léopoldville, et Gilbert Pongault est le garant des changements sans risques après le régime de Youlou. Il s’est trompé, à preuve.

Pourchassé au Congo
Gilbert Pongault reste constant dans ses positions, car il s’oppose au parti unique, même s’il est présent au congrès du M.n.r, en juin 1964, et surtout, il défend le pluralisme syndical et refuse l’institution de la C.s.c comme syndicat unique.
Comme disait l’autre, la Révolution dévore ses propres enfants, Pongault, que l’on vit sur les grilles du palais exhibant la démission du président Youlou, le 15 août 1963, est persécuté, comme tant d’autres qui refusent le virement du pays vers le socialisme scientifique.
Il échappe, de justesse, aux assassinats de la nuit du 16 février 1965, et aide Paul Kaya à s’exiler. Lui-même quittera le pays, après la liquidation des symboles d’un Etat libre: la justice, la morale, la liberté de presse, représentées par Pouabou, Matsocota et Massouemé.
Il se refugie à Dakar, bénéficiant de la protection du président Senghor. Le tribunal populaire le condamne par contumace à la peine de mort, dans l’affaire Mouzabakani. C’est le président Ngouabi qui l’amnistie et lui permet de rentrer au Congo. Il est à Kinshasa pour présider le comité anti-apartheid et joue à calmer les ardeurs de la C.s.c présidée par Anatole Khondo et Bokamba-Yangouma, en butte avec le chef du parti unique, le P.c .t, sous Marien Ngouabi et Denis Sassou-Nguesso.
Cet homme droit est décédé dans l’anonymat, mais entouré de l’affection de sa famille. La simplicité, toujours élégamment vêtu, caractérise le grand homme. Né en 1925, à Bohoulou, village situé au bord d’une lagune, à quelques kilomètres de Mossaka. Son père Eyoka, chef de canton, accepte qu’il fréquente l’école des Blancs à Mossaka où le cycle d’études ne s’arrête qu’en C.e.2. Sa mère, Mouambossi, vint à Brazzaville, s’étant attachée à un pêcheur, Bernard Bouya. Il travaille à Radio-Brazzaville, avant de s’engager dans la défense des plus faibles.

Un grand homme s’en est allé
Un grand homme est mort à Brazzaville. Il sera inhumé à Brazzaville, non pas dans ses champs de cacaoyers à Irébou où il s’était engagé à produire aussi du café. Comme Jacques Opangault, son aîné, Gilbert Pongault est resté fidèle à son idéal, défendre l’intérêt des travailleurs. Le siège de l’U.p.t.c, confisqué par les révolutionnaires qui en firent un institut de formation idéologique, est devenu un camp militaire. En dépit des décisions de la Conférence nationale souveraine, ce bien de la C.a.t.c n’a jamais été restitué à ses ayants droit. Une grande figure du syndicat chrétien panafricain s’en est allé sans bruit, sans voir la justice restituer  le siège de l’U.p.t.c à ses ayants droit, la C.a.t.c. Qu’il repose en paix ! le Grand Gilbert!

Lecas
ATONDI-MONMONDJO
Chargé de cours
Département des Littératures et des Civilisations Africaines

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