Commentaire : Elections législatives: débâcle annoncée de l’opposition ou désaveu de l’opinion?

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Le premier tour des élections législatives, qui s’est tenu le dimanche 15 juillet dernier semble annoncer un amollissement de l’opposition qui en est sortie avec un seul élu (U.pa.d.s), à Mayoko, dans le département du Niari. Par contre, le P.c.t, principal parti de la majorité, s’en est sorti avec 55 députés, dès le premier tour, et 48 ballotages. Face à cette situation, l’opposition crie à la fraude, la manipulation des résultats et l’achat de conscience. Mais, n’y a-t-il pas, aussi, un désaveu de l’opinion face aux candidats présentés par l’opposition?

A vrai dire, tous les candidats de l’opposition qui se sont présentés à ces élections législatives ont fait piètre figure. Conséquence, les partis d’opposition ont perdu de nombreuses circonscriptions, même là où elle semblait, pourtant, bien assise. Dans le Nord du pays, seule la deuxième circonscription de Gamboma semble être encore sur sa ligne de mire. Dans le Sud, l’U.pa.d.s est malmenée dans ce qui a toujours été son fief, les pays du Niari. La plupart de ses candidats sont en ballotage, parfois même défavorable. Un de ses gros calibres, Christophe Moukoueké, est tombé à Mabombo (département de la Bouenza). Il n’a obtenu que 1.238 voix représentant 31,33%, face au candidat du P.c.t, Marcel Kalla, qui a obtenu 2.258 voix, se faisant ainsi élire dès le premier tour par 57,14%. A Madingou, une autre grande figure de l’U.pa.d.s est en ballotage avec 17,51% seulement, contre un candidat du P.c.t, Placide Moudoudou, qui est en tête avec 45,99%.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces élections ont montré l’impopularité de certains leaders de l’opposition, incapables de se faire élire ou d’aller en ballotage favorable dans leurs circonscriptions. Très loin derrière les candidats de la majorité ou les indépendants, ils ont fait des pourcentages faibles et, parfois, même ridicules. Par exemple, Bonaventure Mizidy, président du M.i.s (62 voix à Moungali 2); Anselme Makoumbou-Nkouka (158 voix) et Ambroise Hervé Malonga, (150 voix) à Madibou;  Dominique Basseyla, (250 voix à Ouenzé 4); Patrice Kadia,  à Moungoundou-Nord; Ebata-Mongo, à Djiri, Premier Kipemosso, à Kimbangou, Guy-Romain Kinfoussia, à Loumo, ont obtenu des scores très faibles.
Ceux qui ont eu un niveau remarquable sont Bonaventure Mbaya (609 voix, à Madibou), Clément Miérassa (500 voix, à Moungali 1), Martial de Paul Ickounga (1.200 voix, à Sibiti). Enfin, celui qui a fait sensation et qui, pour cela, laisse entendre que la victoire lui a été volée, c’est Mathias Dzon, qui a obtenu 2.613 voix (soit 43,82%) dans la première circonscription de Gamboma (Plateaux), selon les résultats publiés par le ministre de l’intérieur. Il faut aussi signaler la percée de Frédéric Bintsamou (pasteur Ntumi), à Mayama (Pool), avec 20,34%, devant le député sortant, candidat du M.c.d.di, Paul Mienahata (20,04%).
Telle que la situation se présente, il est difficile de s’attendre à un miracle de l’opposition, pour relever la tête au second tour. Un parti comme l’U.d.r-Mwinda peut faire ses adieux à l’assemblée nationale où il a avait encore un député (Dominique Basseyla) lors de la douzième législature. Seule, l’U.pa.d.s pourra limiter les dégâts, sans plus. Le parti des trois palmiers avait onze députés dans la 12ème législature, combien en aura-t-il dans la prochaine? Le deuxième tour le dira.
Pour l’instant, il est sûr et certain qu’on va s’acheminer vers une 13ème législature entièrement P.c.t et alliés. Parmi les candidats élus sous le label d’indépendant, beaucoup sont membres des partis proches du pouvoir, particulièrement du P.c.t.
Dès lors, on s’interroge si la débâcle de l’opposition est le fruit d’un désaveu de l’opinion, la conséquence de la mauvaise organisation du scrutin ou l’iniquité dans les moyens dont bénéficient les candidats. En effet, les candidats du P.c.t ont battu campagne avec des bras chargés de dons, tandis que ceux de l’opposition n’avaient presque rien à offrir. Ce qui soulève la lancinante question du financement des campagnes électorales.
En tout cas, à l’opposition, on est convaincu que c’est la mauvaise organisation du scrutin et le manque de transparence qui expliquent les résultats publiés. Pour mémoire, les acteurs politiques et le gouvernement étaient parvenus à un consensus autour de l’organisation des élections, à Ewo. Le but de cette concertation politique était d’aller vers des élections apaisées, libres et transparentes. Malheureusement, les quelques recommandations adoptées ont été mises dans les oubliettes. Le pouvoir à multiplier des signaux qui donnent la matière à l’opposition de crier à la fraude et d’exiger l’annulation pure et simple du scrutin.
Mais, en dehors de cela, les mauvais résultats des candidats de l’opposition peuvent aussi s’expliquer par leur manque de charisme. Une situation du reste générale à l’ensemble de la classe politique nationale. Pendant la campagne pour le premier tour, n’a-t-on pas vu des candidats mettre en avant les images de leurs leaders charismatiques, même défunts ou s’étant retirés de la politique? Ainsi, on a vu les candidats du M.c.d.d.i mettre en avant l’image de leur président-fondateur décédé, Bernard Kolelas; ceux du P.c.t ont recouru à l’image du président Sassou-Nguesso, ceux de l’U.pa.d.s ont mis en avant le président Lissouba; le défunt Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, pour ceux du R.d.p.s, etc. Sans cela, beaucoup de candidats n’étaient pas sûrs de l’emporter par leurs propres efforts ou leur image personnelle.
En somme, l’opposition peut stigmatiser la mauvaise organisation du scrutin, dont les dysfonctionnements et les irrégularités ont été, du reste, relevés par les organisations des droits de l’homme. Mais, il faut reconnaître qu’il manque aussi à l’opposition des candidats crédibles dans leurs circonscriptions. La confiance des populations se cultive chaque jour. Mais, souvent, à l’opposition, on pense que critiquer le pouvoir est tout un programme qui peut conduire à la victoire. En réalité, cela ne suffit pas, surtout en ce qui concerne des populations ayant connu les traumatismes des violences armées.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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