Elections : Faut-il continuer à acheter la conscience des électeurs pour se faire élire?

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Le premier tour des législatives, qui s’est déroulé le 15 juillet dernier, a laissé un goût amer auprès de certains électeurs, victimes des calculs politiciens de quelques candidats qui veulent, coûte que coûte, demeurer ou entrer au parlement. Pour cela, tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif, et l’argent, un créneau implacable pour y parvenir. En tout cas, pendant la campagne électorale et le vote, il y a des candidats qui ont distribué de l’argent, pour acheter la conscience des électeurs. De telles pratiques, qui n’honorent pas notre jeune démocratie, devraient être combattues, et la Commission nationale de lutte contre la corruption et la concussion ne devrait pas rester les bras croisés. Car, avec de telles pratiques, il n’y a pas à s’étonner d’avoir à l’assemblée nationale, des députés qui ne défendent pas, réellement, le peuple et qui s’érigent en spectateurs de leurs collègues ou qui ne font jamais des descentes parlementaires.
On a beau prendre des recommandations et des engagements, le mal des politiciens congolais est de toujours rester attachés à l’argent. Sans lui, ils sont impuissants comme acteurs politiques en charge des responsabilités publiques. Il n’y a qu’à les voir lorsqu’ils n’ont plus de poste de responsabilité publique. Ils tombent dans l’anonymat. Raison pour laquelle, ils veulent s’accrocher ou entrer dans la sphère des gens qui sont agrippés au trésor public, comme de véritables sangsues.
Peu d’entre eux sont capables de se faire élire proprement, sur la base de leurs idées, leur moralité et leur force de conviction. Beaucoup d’entre eux sont obligés de recourir à des pratiques peu orthodoxes, en procédant à l’achat des consciences, pour se faire élire. A vrai dire, ceux-là ne sont pas crédibles, même jusque dans leurs propres villages. De ce fait, l’argent est, pour eux, le raccourci le plus sûr pour parvenir à leurs fins, l’unique moyen de gravir les échelons et donner l’impression à l’opinion qu’ils ont la cote ou du crédit auprès de la population. Et pour cela, ils peuvent bénéficier de la confiance du président de la République.
L’argent, voilà ce que les populations attendent, aussi, au cours des campagnes. Pour elles, c’est l’occasion d’avoir ce qu’elles n’ont pas en période normale. Les Congolais ont compris que c’est profitable de monnayer le vote. Il y a des jeunes qui se donnent même en opération commando, en acceptant de voter à plusieurs reprises, dans différents bureaux de vote et être payés pour cela. Beaucoup de candidats ont été trompés par l’effet de foule produit par la campagne électorale. La majorité des jeunes, qui courraient après les candidats, aussi bien pour l’argent que pour les tee-shirts, casquettes et autres pagnes, n’avaient pas de cartes d’électeurs.
Depuis les élections législatives de 2002, les mêmes pratiques et manquements sont décriés ou observés durant les élections, sans qu’on arrive à les éradiquer, malgré les résolutions prises. Tant qu’il en sera ainsi, les riches gagneront toujours, même sans être aimés de la population, et les moins nantis, toujours condamnés à l’échec. Le spectacle déshonorant et éhonté de distribution d’argent et d’achat de conscience était visible, le dimanche du vote, dans beaucoup de circonscriptions. Plusieurs candidats avaient monté des réseaux maffieux qui devraient s’atteler à convaincre les électeurs, moyennant de l’argent, afin qu’ils votent pour eux. Par manque de méthode, certains réseaux ont été rattrapés par la police ou les électeurs d’autres candidats. A Ouenzé, par exemple, le candidat Jean Richard Bongo a dénoncé une organisation maffieuse, avec des milliers de cartes d’électeurs qu’on a distribuées aux gens, pour aller voter, moyennant 5.000 ou 10.000 F.Cfa.
Un membre de l’équipe de campagne du candidat Bonaventure Mbaya a indiqué qu’un véhicule sans laissez-passer, intercepté à Madibou, contenait de l’argent destiné à convaincre les électeurs, pour le compte du candidat du parti au pouvoir dans cette circonscription. Des cas de distribution d’argent ont été, également, signalés dans les départements de Brazzaville, Plateaux, Cuvette, Niari, Pointe-Noire, Kouilou, Pool, etc.
Selon l’adage, «ôte-toi de là que je m’y mette», certains candidats des partis politiques ont acheté, à coup d’argent, le retrait et le soutien de leurs adversaires. Car, comment peut-on se présenter à une élection législative et se retirer en pleine campagne électorale? D’autres ont, carrément, fait usage des moyens de l’Etat, des institutions ou des entreprises publiques. On a vu une véritable exhibition, un étalage de richesse, pendant que certains quartiers croupissent dans l’obscurité et manquent d’eau potable, les écoles manquent encore de tables-bancs ou de clôture, les administrations publiques manquent d’imprimés ou d’encre, pour imprimer les notes ou les attestations des diplômes, etc.
Avec de telles pratiques électorales, il n’est pas surprenant de voir, à l’assemblée nationale, des députés qui n’attendent que la fin des débats, pour lever le petit doigt, en guise de vote, après avoir, parfois, passé tout leur temps à somnoler dans la salle, comme on l’a remarqué pendant la douzième législature. Il y a des députés qui n’ont posé la moindre question aux membres du gouvernement. D’autres, qui n’ont, ouvert aucune enquête, ni rédigé un rapport dans une commission. D’autres encore n’ont pas fait de descentes parlementaires, ni organisé même une conférence de presse. Nombreux de Congolais veulent aller au parlement que pour des raisons sociales. Le goût du lucre les conduit, souvent, à s’opposer, parfois, même, à ce qui est légitime. Ils ont le triste privilège de terminer la législature sans intervenir, parce qu’ils ne connaissent pas réellement leur rôle ou, en tout cas, ne veulent pas prendre le risque de s’engager à quoi que ce soit. Les bons députés se distinguent par leurs qualités intellectuelles, morales, leur combativité politique, leur souci de connaître les problèmes du peuple et de les défendre.

Cyr Armel YABBAT-NGO