Témoignage : Jean-Claude Siapa Ivouloungou, l’un des pionniers du renouveau de l’opposition parlementaire congolaise

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Le but de cet article est de rendre un hommage mérité à l’honorable Jean-Claude Siapa, député de l’U.pa.d.s de Mayoko, décédé le 3 juillet 2012, à Paris, en France, à la suite d’une courte maladie, dont les circonstances qui restent à éclairer: A.v.c, empoisonnement, sorcellerie ? Seules, peut-être, l’autopsie et une enquête digne de ce nom permettront  d’en savoir un peu plus. Toutefois, ce militant engagé demeure une figure historique dont le passage au parlement, dans la onzième et la douzième législature, entre 2002 et 2012, laisse des traces indélébiles.

L’homme dans la recomposition du jeu politique
Dans la géopolitique de l’instabilité des années 1990, la reconfiguration politique s’est construite autour du conflit de générations de la classe politique. Jean-Claude Siapa, natif de Tsinguidi (Mayoko), dans le département du Niari, va intégrer l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (U.pa.d.s) de son grand-frère Pascal Lissouba. Il a trente ans à ce moment-là.  Ce jeune docteur en droit s’exergue dans le jeu politique de la mouvance présidentielle, dominé, jusque-là, par les caciques de la «bande des quatre» construite autour des personnalités suivantes: Victor Tamba-Tamba, Christophe Moukoueké, Martin Mberi et Moungounga-Nguila Kombo. Jusqu’en 1997, il est presque inconnu de la scène politique nationale.
La victoire militaire des Forces démocratiques unies en octobre 1997 met  fin à ces rêves. Il s’exile dans son village natal où il passe tout son temps à la Louessé, avec ses amis. La fuite en exil de Pascal Lissouba et de Bernard Kolelas amorce non seulement la supériorité militaire des Forces démocratiques et patriotiques (F.d.p) mais aussi réactualise le retour aux formes autocratiques du parti unique, dans un contexte où le P.c.t n’est plus le seul parti sur la scène nationale et où les équilibres antérieurs éclatent sous les coups boutoirs des contradictions internes.
Les partis politiques cessent d’être l’expression des clivages sociaux, pour devenir des instruments de mobilisation partisane, de cautionnement de la dictature et la violence milicienne et de la recomposition de la nouvelle scène politique, initiée en janvier 1998, à l’occasion du Forum national organisé par le P.c.t. Ils  assument, dès lors, des fonctions de représentation virtuelle. Les effets du clientélisme et du vagabondage politique des leaders autoproclamés de l’opposition permettent aux  cadres politiques d’accéder  aux responsabilités importantes. A défaut d’incarner une opposition démocratique, les différents partis politiques affrontent le pouvoir au moyen d’initiatives protestataires qui mettent en scène des personnalités proches de l’ancienne majorité parlementaire structurée autour de l’U.pa.d.s.
Jean-Claude Siapa sort de la guerre de 1997 affaibli et surtout rongé par un sentiment d’injustice. La reprise des hostilités dans les pays du Niari, à partir d’avril 1998, les bombardements intenses, les exactions des troupes étrangères, les dérives miliciennes sont autant de manifestation qui marquent cette période. Il participera à la création, à partir de mars 1999, du Conseil national de la résistance dont le siège sera à Mossendjo. Cet artisan de la paix sera, également, l’un des acteurs clés des accords  de cessation des hostilités du 29 décembre 1999 signé à Brazzaville, entre les Forces armées congolaises et les autres groupes impliqués dans le conflit congolais, sous les auspices du chef de l’Etat gabonais, Omar Bongo Ondimba. C’est lui qui dictera l’expression célèbre de l’article 13 de ces accords: «Dialogue national sans exclusive».

Jean-Claude Siapa dans le renouveau de l’opposition parlementaire
Le boycottage de l’opposition en exil des législatives de 2002 a permis au P.c.t de remporter 53 des 129 sièges à l’assemblée nationale. Les deux principales formations de l’opposition comptaient quatorze députés: U.d.r-Mwinda (six) et U.pa.d.s (huit). Le parlement de la législature 2002-2007 est quasiment monocolore. Plus de 90% des députés se réclamaient de la majorité présidentielle. Six figures incarneront le renouveau de l’opposition démocratique: Jean-Claude Siapa Ivouloungou, Jacques Mouanda-Mpassi, André Milongo, Joseph Kignoumbi-Kia-Mboungou, Emmanuelle Boungouanza et Boussou-Diangou.
Ces opposants participeront à la création d’une véritable «parlementarisation» pluraliste dont ils définiront les contours par les prises de position et les  stratégies déployées sur le terrain. La transhumance politique comme stratégie de recomposition politique devait répondre aux raisons multiples: conflits interpersonnels,  lutte pour le leadership politique, perte de popularité, création des partis satellites.
Conformément au règlement intérieur du 22 août 2002 de l’assemblée nationale prévoyant comme moyens d’information et de contrôle de l’action gouvernementale, l’interpellation, la question écrite, la question orale, les questions d’actualité ou l’enquête parlementaire, ces opposants vont être les hérauts des médias congolais.  A chaque session, ils seront très remarquables à travers les questions orales posées aux membres du gouvernement.  Après les réponses parfois ironiques des membres du gouvernement, tout rentre dans l’ordre. L’écrasante majorité vote les mêmes projets de lois.
Jean-Claude Siapa fera partie de cette poignée des députés de l’opposition qui fera revivre l’opposition parlementaire au cours de la onzième législature. Il sera cet universitaire laborieux, souvent surchargé, mais toujours intransigeant et généreux. Grand militant de la démocratie, il  sera l’un de ceux qui ont donné de la richesse et de la vigueur à la 11ème législature de l’assemblée nationale (2002-2007).
Lors des séances des questions orales et débats avec le gouvernement, tout le monde attendait que Jean-Claude prenne la parole, pour relancer le débat, généralement mourant à l’hémicycle. Il est choisi, par ses pairs de l’opposition, pour siéger au parlement panafricain, en Afrique du Sud.
Il refuse d’intégrer la mangeoire, malgré de nombreuses sollicitations. Il travaille pour l’unité de son parti  et le contrôle de l’action gouvernementale. Son combat aux côtés de Jacques Mouanda-Mpassi et Emmanuel Boungouanza portera des fruits, avec le retour en masse des exilés et leur participation aux élections législatives de 2007. L’U.pa.d.s obtiendra onze élus. Il est candidat unique dans le district de Mayoko. Jean-Claude Siapa sera un acteur incontestable dans la réconciliation au sein de l’U.pa.d.s,  en raison des tendances autour de Christophe Moukoueké et Pascal Tsaty Mabiala.

Le destin d’un combattant illustre
L’expérience politique de la fin des années 2000 est riche d’enseignements sur les conflits relatifs à la légitimité de l’opposition parlementaire. Jean-Claude Siapa et ses amis de l’opposition  ont participé à la production d’un système politique reconfiguré. Ils  ont joué un rôle essentiel dans la recomposition du paysage politique post-conflit de 1997. Ils lutteront non seulement  contre la volonté du pouvoir hégémonique de contrôler l’opposition, mais aussi à créer un univers politique propice à un renouveau démocratique dans le pays. Pour tous ceux qui ont connu Jean-Claude Siapa, le «Doc», retiennent de l’homme, l’image d’un parlementaire populaire qui n’avait pas besoin d’un garde du corps, d’un chauffeur ou d’attaché parlementaire. Il prenait un taxi pour se rendre à l’assemblée nationale, recevait tout le monde chez lui, pour apporter de l’aide sociale ou économique. C’était un humanitaire, ami de tous. Il a refusé, pendant longtemps, le poste de «ministre» dans un quelconque gouvernement du président Denis Sassou Nguesso, chose rare pour tous ces Congolais assoiffés de pouvoir et vivant de la politique du ventre.
L’opposition susceptible d’incarner une véritable alternance n’a cessé de subir des réguliers coups de boutoir de la part du pouvoir, au point qu’elle s’amenuise chaque jour comme une peau de chagrin. Conséquence: on est passé à une crise de confiance entre ceux qui sont guidés par le «boukoutage» éhonté et les responsables politiques. Le parti de l’ancien président a perdu tour à tour Dolisie, Mossendjo, Nkayi et plusieurs localités du grand Niari. La mort de Jean-Claude Siapa favorise non seulement l’intrusion du P.c.t dans le fief de Pascal Lissouba, mais aussi la perte d’un acteur politique incontournable.
Il meurt le 3 juillet 2012, à Paris, à douze jours du premier tour des élections législatifs où il devait affronter, pour la première fois, un candidat du P.c.t. Les circonstances de sa mort demeurent inconnues. Evacué en France, à la suite d’un A.v.c, il laisse derrière lui un vide incommensurable. Il est connu sur la scène politique comme un acteur à la voix grave ayant l’art oratoire convaincant. C’était, donc, un homme sérieux qui a vécu dans une ambiance de fair-play, au point, parfois, de passer pour un naïf. Paix à son âme!

Etanislas NGODI

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