Enquête après le drame de Mpila : Des dizaines d’armes de guerre saisies chez un officier supérieur en garde à vue

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Comme signalé dans un précédent article, des officiers supérieurs des F.a.c (Forces armées congolaises), interpellés par la commission d’enquête de neuf membres mise en place par le président de la République, sont placés en garde à vue, à la D.g.s.t (Direction générale de la surveillance du territoire), à Brazzaville, où ils sont interrogés. Parmi eux, le colonel Marcel Ntsourou, secrétaire général adjoint du C.n.s (Conseil national de sécurité), aujourd’hui suspendu de ses fonctions. La commission d’enquête a perquisitionné ses trois domiciles de Brazzaville et des dizaines d’armes de guerre (notamment des Kalachnikov et une arme à lunette), des grenades, etc, ont été saisies.

Qui peut croire qu’après les multiples programmes de ramassage d’armes financés aussi bien par le gouvernement que par les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Congo, il y ait encore des individus détenteurs de nombreuses armes de guerre, en pleine capitale, Brazzaville? Et pourtant, c’est la triste réalité. Aujourd’hui, ce sont des officiers occupant de hautes responsabilités dans les institutions de la République qui trouvent nécessaires de garder, par devers eux, des arsenaux militaires, sans doute pour les prochaines guerres qu’ils pensent inévitables dans le pays. N’est-ce pas que c’est à Brazzaville qu’un officier général avait une poudrière à son domicile privé, en plein quartier populaire? On ne l’a su que quand cette poudrière avait pris feu, faisant des dégâts matériels.
Après l’interpellation et la garde à vue du colonel Ntsourou, officier supérieur des F.a.c, une perquisition a été faite le mardi 3 avril, dans ses trois domiciles de Brazzaville. Les enquêteurs y ont saisi près de deux cents Kalachnikov, une arme à lunette (arme de poing militaire pour des tirs de précision), des grenades, des chargeurs, etc. Il faut dire que la perquisition est intervenue cinq jours après l’interpellation de l’intéressé. Si elle était faite le jour même, probablement, le résultat aurait été différent.
Contrairement à ce que nous avons affirmé dans notre précédent article sur le sujet, c’est par un concours de circonstances que le colonel Ntsourou a été interpellé, si l’on en croit une source proche de l’affaire. En effet, la commission d’enquête avait interpellé l’un de ses chauffeurs, pour l’interroger. Mécontent et considérant que ce geste ne pouvait que le viser, le colonel Ntsourou s’est rendu, lui-même en personne, le vendredi 30 mars, à la Direction générale de la surveillance du territoire, rencontrer, dans son bureau, le colonel Philippe Obara, président de la commission d’enquête, pour obtenir la mise en liberté de son chauffeur. La conversation entre les deux officiers ne se serait pas bien passée. Et pour cause, l’arrogance affichée par celui qui était alors secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité, une super institution au-dessus des corps de la force publique.
Fort de ses prérogatives de président de la commission d’enquête sur le drame du 4 mars, le colonel Obara le soumet alors, sur le fait même, à un interrogatoire, dans son bureau, au sujet des propos qu’il (le colonel Ntsourou) avait tenus, le samedi 3 mars, au cours d’une réception organisée à l’occasion de son anniversaire, en présence, semble-t-il, des responsables de l’opposition.
A un moment donné de l’interrogatoire, une pause est observée. Le colonel Ntsourou profite alors de cette occasion pour s’en aller, boudant le traitement qui lui était réservé. C’est dans la cour qu’il est rattrapé, le président de la commission ayant donné l’ordre de bloquer les portes de sortie. Devant son comportement audacieux, alors que l’interrogatoire n’avait pas pris fin, le colonel Ntsourou est placé en état d’arrestation. Il est placé dans la même salle (luxueusement aménagée) que les autres officiers déjà interpellés, notamment les colonels Germain Ickonga Akindou, Jean-Claude Mopita, Ingani et Sahouss.
Entre-temps, on ne sait pas ce qui se serait passé. Le colonel Ntsourou avait-il eu le temps d’avertir, par téléphone, ses proches, sur son arrestation? Toujours est-il que quelques heures après, un véhicule pick-up, avec à bord des militaires flanqués de bérets rouges et armés, s’est approché de la D.g.s.t. Constatant ce mouvement inhabituel, la police a été alertée. Par une astuce dont ils ont le secret, les policiers ont réussi à désarmer les militaires à bord du pick up. Ils portaient de faux bérets rouges et auraient comme objectif de mener une opération à la D.g.s.t pour libérer leur mentor. Les militaires arrêtés ont été placés en garde à vue, dans un  camp militaire, tandis que le véhicule, parqué dans un commissariat de police.
Mais le feuilleton ne s’arrête pas là. La commission s’est intéressée aussi au frère cadet de l’officier arrêté. Il s’agit de Jean-Noël Ngoulou, conseiller au trésor du ministère des finances, du budget et du portefeuille public et homme d’affaires. Une perquisition a été faite à son domicile du Plateau des 15 ans, le samedi 7 avril dernier. En dehors d’une importante somme d’argent saisie, rien n’a été retenu contre lui et il a été remis en liberté.

Me Malonga interpellé et présenté au procureur de la République
Après son arrestation, le colonel Ntsourou s’est adjugé les services de deux avocats, Me Ambroise Hervé Malonga et Me Gabriel Hombessa. A la fois leader d’un parti de l’opposition, la C.r (Convention des républicains), Me Malonga est connu pour ses coups d’éclats. Il a voulu organiser une conférence de presse, lundi 9 avril, à l’hôtel Saphir de Brazzaville, en présence des responsables de la communauté ethnique téké, selon la précision apportée par le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka, dans une émission sur Télé-Congo, animée par notre confrère Antoine Ambendza-Mokia, mardi 10 avril. S’étant heurté à une interdiction de tenir une telle conférence de presse, dans une affaire qui est encore en instruction, Me Malonga et son collègue se sont alors rendus à la résidence officielle du colonel Ntsourou, dans un quartier militaire, pour tenir ladite conférence de presse. C’est ainsi qu’ils ont été interpellés par la police. Placés en garde à vue au commissariat central, ils ont été présentés devant le procureur de la République, mardi 10 avril.
Selon le ministre de la justice Aimé Emmanuel Yoka, les deux avocats sont tombés sous le coup de la loi, pour avoir tenté de donner une conférence de presse dans un camp militaire. Cet acte «est incriminé par la loi comme une atteinte à la sûreté de l’Etat». Il s’est étonné, par ailleurs, que Me Hervé-Ambroise Malonga se soit présenté comme l’avocat du colonel Marcel Ntsourou, qui n’est encore «ni prévenu, ni inculpé, ni cité à comparaître», tout en révélant que «depuis 2008, Me Malonga ne figure plus sur le tableau de l’ordre des avocats du Congo». Donc, il ne devrait plus exercer comme avocat. Mais, les proches des avocats interpellés ne l’entendent pas de cette oreille et crient à l’injustice. Maurice Massengo Tiassé, promoteur de Radio-Télé Forum, à Bacongo, a estimé que cette arrestation «est abusive… et foule aux pieds les droits de l’homme». Quoiqu’il en soit, les pouvoirs publics tiennent à ce que la procédure judiciaire ouverte contre les deux avocats, et qui n’a rien à voir avec le drame du 4 mars, aille jusqu’au bout.
Comme on peut le constater, l’enquête sur le drame du 4 mars 2012 se poursuit encore et se focalise, surtout, au sein de la force publique. Mais, nombre de Congolais trouvent qu’elle tire en longueur, alors que les partis politiques, opposition et majorité, demandent la publication de ses résultats. Qu’en sera-t-il? Wait and see!

Joël NSONI