Après le drame de Mpila, à Brazzaville : La commission d’enquête passe à la vitesse supérieure!

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Selon le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka, ministre de la justice et des droits humains, coordonateur du pôle de la souveraineté, le président de la République, Denis Sassou Nguesso, a «institué une commission d’enquête à laquelle se sont jointes les autorités judiciaires au moyen d’une instruction écrite du procureur de la République, territorialement compétent, dès le 8 mars 2012, demandant aux officiers de police judiciaire et de gendarmerie, membres de ladite commission, de lui destiner les résultats de l’enquête». La commission d’enquête est à l’œuvre et elle procède, déjà, à des interpellations.

Le constat qu’on peut dresser du travail de la commission d’enquête sur le drame de Mpila est qu’elle est passée à la vitesse supérieure, avec l’interpellation et la garde à vue d’un certain nombre d’officiers, dont le directeur général de l’équipement des F.a.c (Forces armées congolaises), le colonel Germain Ickonga Akindou, et le secrétaire général adjoint du C.n.s (Conseil national de sécurité), le colonel Marcel Ntsourou. L’interpellation de ce dernier s’est faite, d’ailleurs, selon des témoins, de manière musclée, le vendredi 30 mars 2012, en mi-journée. Des coups de feu auraient été entendus,  à son domicile, situé vers le mess des officiers, au centre-ville de Brazzaville.
La commission d’enquête travaille dans la discrétion. Ses actions, notamment les interpellations, ne font pas l’objet de communication publique. Un certain nombre d’officiers sont interrogés, dont certains sont placés à sa disposition. On parlerait ainsi, outre le colonel Ickonga Akindou, des colonels Jean-Claude Mopita et Ingani, tous deux de la direction générale de l’équipement, et du colonel André Joseph Sahouss, commandant du 4ème bataillon des chars légers qui se trouve dans l’enceinte du camp du régiment blindé.
Ces officiers et d’autres sont mis à la disposition de la commission, pour besoin d’enquête. Compte tenu de leur présence, le siège de la D.g.s.t (Direction générale de la surveillance du territoire) est, maintenant, gardé par des agents armés de la force publique.
«L’enquête initiée par le chef de l’Etat a, donc, pour but essentiel d’éclairer les circonstances de la catastrophe, de déterminer si les causes en sont accidentelles ou criminelles et, dans ce dernier cas, d’en rechercher les auteurs pour une traduction éventuelle devant les juridictions nationales, qu’elles soient civiles ou militaires, conformément au code de procédure pénale», avait précisé le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka, dans sa déclaration du 23 mars 2012.
L’enquête ne ferait aucune exception, même les ministres sont supposés être entendus, si la commission le juge utile. C’est ce qui laisse dire à certains observateurs que l’enquête sur le drame de Mpila pourrait provoquer un séisme dans les institutions de la République, avec l’interpellation de certaines personnalités. Et pour cause, toujours se référant à la déclaration du ministre d’Etat Yoka, l’expertise internationale a révélé une forte probabilité (28%) que l’origine de l’incendie du dépôt de munitions du camp du régiment blindé de Mpila soit intentionnelle.  Alors que le court-circuit, la thèse avancée par le gouvernement, dès les premières heures du drame, le dimanche 4 mars, ne recueille que 6%, le plus faible niveau de probabilité.
Dès lors, les explosions des poudrières des camps de l’intendance, du génie militaire et du régiment blindé à Mpila nourrissent bien des commentaires. Ces explosions auraient-elles visé, carrément, l’assassinat du président Denis Sassou Nguesso? On avance que selon son agenda, le président de la République était l’invité d’honneur du cocktail dinatoire offert, le samedi 3 mars, dans la soirée, par la Felbo (Fondation Edith Bongo Ondimba), dans les chapiteaux Bensi, à Mpila, à l’occasion de la clôture du symposium sur la «prise en charge des fentes labio-palatines». Le président de la République aurait l’habitude de passer, parfois, ses week-ends à sa résidence privée de Mpila, qui tint lieu, depuis son retour au pouvoir en octobre 1997, de résidence présidentielle, jusqu’en 2010. L’histoire du Congo aurait pu basculer encore plus dramatiquement, si le chef de l’Etat s’était retrouvé dans sa résidence privée de Mpila, au moment des explosions extrêmement meurtrières et destructrices de l’Ecramu, le dimanche 4 mars, à partir de 8h10. La fermeté de la commission d’enquête s’expliquerait-elle par cette éventualité?
En tout cas, dans la cité, certains ont franchi le pas, en parlant des explosions de Mpila comme d’une tentative de coup d’Etat ou d’assassinat du chef de l’Etat. Pour l’instant, seule l’enquête qui poursuit fiévreusement son cours, pourra déterminer ce dont le Congo a été victime le dimanche 4 mars 2012. L’on comprend pourquoi les partis de la majorité, à commencer par le P.c.t, réclament, avec insistance, la publication des résultats de l’enquête, pour que le peuple congolais, qui a été si profondément endeuillé par ce drame, en sache l’origine.

Joël NSONI

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