Général Jean François Ndengué, directeur général de la police : «Toute police moderne intègre cette dimension de l’accueil»

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Améliorer la qualité de l’accueil dans les commissariats et postes de police, pour consolider la relation  police-population au Congo. Tel a été l’objectif visé par le séminaire organisé par  la direction générale de la police, au profit de 27 policières, et dont la clôture officielle a eu lieu, jeudi 22 décembre 2011, à l’E.n.s.p (Ecole nationale supérieure de police), à Brazzaville. Sous les auspices du général Jean François Ndengué, directeur général de la police, en présence du colonel Albert Ngoto, directeur général adjoint et commandant de l’E.n.s.p,  du colonel Jacques Antoine Bouiti, commissaire central de police, de l’attaché de sécurité près l’ambassade de France au Congo, ainsi que d’autres autorités policières. Après la cérémonie, le général Ndengué a bien voulu expliquer, dans l’interview qu’il nous a accordée, l’importance de l’accueil dans la police. Nous en avons profité pour l’interroger sur l’incident survenu à l’aéroport entre lui et le ministre André Okombi-Salissa.

 

* Monsieur le directeur général, comment vous est venue l’idée d’améliorer le service d’accueil dans les commissariats de police?
** Je vous remercie, c’est un projet qui a été mis en place au niveau de la direction générale de la police, à la suite des changements intervenus, avec le nouveau statut de la police. Nous démarrons, là, une expérience nouvelle et décisive, dans le souci d’améliorer et de consolider la relation entre les citoyens et la police.
Dans le passé, nous avions tort, à la police, de penser qu’un bon service d’accueil n’était pas utile, dès lors que les policiers se dévouent à assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. A mon avis, le bon accueil est un principe cardinal de convivialité dans la société. C’est une marque de respect et de considération de l’autre. Toute police moderne intègre cette dimension de l’accueil et en fait un point capital de sa déontologie. C’est pourquoi, la police congolaise s’y est engagée.

* Mon général, on a l’impression que c’est une prise de conscience bien tardive, puisque durant des années, la police n’y a jamais pensé?
** Vous savez, «mieux vaut tard que jamais», dit l’adage. Dans la police congolaise, nous avons fini par comprendre que cette exigence déontologique s’affiche comme un enjeu sociologique majeur, une préoccupation professionnelle déterminante. Dans mon discours, j’ai rappelé qu’à la suite du chef suprême des armées, notre ministre de tutelle nous exhorte à améliorer et à consolider le lien entre la police et la population. C’est l’un des grands chantiers de notre feuille de route. Il s’agit, pour nous, de faire la police autrement, avec plus d’efficacité au service de la protection des personnes et des biens, davantage de proximité avec la population, avec laquelle la police doit agir en complicité. Donc, le bon accueil, avec l’humanisme qui l’accompagne, dans le commissariat, le poste de police, est un gage de consolidation de la relation police-population.
Les commissariats et postes de police ne doivent plus être vus comme hier,  mais plutôt, au-jourd’hui, comme des lieux où, avec humanité et respect de la dignité de la personne humaine, les policiers rassurent les citoyens, leur disent leurs droits et devoirs au regard de la loi, les orientent, comme il se doit, vers la justice ou vers des solutions à l’amiable. Et tout cela, croyez-moi, passe, d’a-bord, par le bon accueil.

*Pensez-vous que c’est cela qui explique la formation qui a précédé l’installation des policiers formés, dans les commissariats pilotes?
** Nous sommes tous d’accord que le bon accueil s’apprend, s’enseigne. Nous avons formé 27 policières sélectionnées pour inaugurer cette expérience dans six commissariats pilotes de Brazzaville. Nous avons commencé avec les policières, parce que la femme, même formée pour faire respecter la loi sans faiblesse, reste humaine, sensible. La policière a, ensuite, le charme de sa féminité qui illumine même son simple sourire de courtoisie. La beauté apaise et la policière rassure. Elle met en confiance, surtout si elle fait montre d’une parfaite maîtrise des règles et principes du bon accueil.

* L’expérience sera-t-elle étendue à tous les postes et commissariats de police?

**Naturellement, si nous voulons des changements, il n’est plus question de laisser des postes et commissariats de police dans l’ancienne image. L’expérience sera poursuivie, en l’améliorant si possible.

* Mon général, nous saisissons cette opportunité, pour vous poser une question personnelle: on dit, dans la ville, que vous êtes agressif et que vous aurez agressé le ministre Okombi-Salissa, à l’aéroport. Une certaine presse en fait ses choux gras.
** Monsieur le journaliste, votre métier est noble et respectable, lorsqu’il s’exerce dans le respect de la déontologie, de l’objectivité des faits et des lois établies. Mais, lorsque des journalistes grossissent les faits à volonté, en les imbibant de haine et d’injures contre une personnalité, franchement, je préfère laisser cette presse-là mourir de son propre poison.
Le ministre Okombi-Salissa est un frère avec qui j’entretiens de bonnes relations. C’est un responsable politique, un ministre de la République que je respecte, comme tous les autres ministres. Moi, je suis officier et, donc, apolitique. Nous étions à l’aéroport, pour les honneurs au chef de l’Etat qui voyageait. Le ministre Okombi m’a demandé de savoir ce que je pensais de sa dernière sortie politique diffusée à la télévision, comme nous avons l’habitude de le faire entre nous, en nous appelant par notre petit nom, «Couz». Je lui ai dit ce que j’en pensais, franchement. Il n’a pas apprécié mon point de vue et il m’a suivi, quelques minutes plus tard, pour me le faire savoir, malheureusement sur un ton qui a attiré l’attention de tout le monde, puisqu’il était remonté. Voilà l’incident! Et ce que je vous dis peut être confirmé par des témoins qui étaient là.
Mais, de retour de l’aéroport, il m’a passé un coup de fil, regrettant ce qui s’était passé sur le tarmac et a souhaité que nous nous voyions, le soir, chez lui. Qu’une certaine presse, sans vérifier les faits, se mette à diffuser la haine tribale, à partir de là, je crois que cela n’honore pas votre métier.

Propos recueillis par
Alain Patrick MASSAMBA


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