Joseph Christian Dzinga Boubanga, président de la Corecan : «Denis Sassou Nguesso, un homme au carrefour du destin du Congo»

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Samedi 19 novembre 2011, la Corecan (Convention des ressortissants, cadres et amis du Niari) a effectué sa rentrée politique, dans la salle de mariage du 4ème  arrondissement, Loandjili, à Pointe-Noire, en présence de plusieurs invités politiques et des cadres dirigeants de l’association venus des quatre arrondissements de la capitale économique, de Dolisie, de Mossendjo et de Tchiamba-Nzassi. Le thème de cette rentrée politique intitulée: «Denis Sassou Nguesso, un homme au carrefour du destin du Congo», a fait l’objet d’une communication, après la présentation du bilan des activités de l’association pour la période 2010-2011. Au terme de la cérémonie, le président national de la Corecan, Joseph Christian Dzinga Boubanga, a été abordé par la presse. Il explique, ici, le sens profond du thème de la rentrée politique de la Corecan.

* Monsieur le président de la Corecan,  vous êtes né à Mossendjo, dans le Niari. Après votre baccalauréat, au lycée Victor Augagneur de Pointe-Noire, vous gagnez la France, pour poursuivre des études de lettres et de sociologie. A partir de 1980, vous y embrassez une carrière de professeur de lettres. Mais, vous quittez la France en 1992, pour rentrer définitivement au Congo. Pourquoi quitter une position sociale enviable en France, et revenir au Congo?
** Il faut resituer tout ceci dans son contexte. En 1991 s’ouvre une ère de démocratie en Afrique en général et dans notre pays en particulier. La conférence nationale souveraine offre, au Congo, les clés de son accession à la démocratie pluraliste. Dans ces conditions, il nous a paru normal de rentrer, pour mettre à la disposition du pays, notre modeste contribution. D’ailleurs, nous sommes plusieurs dizaines de cadres qui sommes rentrés à ce moment-là.

* Malheureusement, la guerre éclate au Congo, d’abord en 1993-94, puis en 1997. Cette fois, vous laissez votre fauteuil de chef du personnel d’une société pétrolière en 1998, pour vous enfoncer dans les forêts du Niari, en précurseur à des missions chargées de ramener à la table des négociations, des frères qui ont pris des armes. Comment expliquez-vous cette démarche?
** Quand la maison familiale brûle, on ne recherche pas d’abord celui qui y a mis le feu. Au contraire, chaque enfant valide dans la famille doit tout faire pour l’éteindre, afin que les dégâts du feu ne mettent pas en péril les acquis de la famille. Face au péril que représentait la situation, nous avons pensé qu’il était nécessaire d’aller vers ces frères, pour les convaincre de venir poser, avec les autres, les bases d’une réconciliation indispensable à la future reconstruction nationale. Dieu merci, ils ont été sensibles à notre argumentaire, ils sont venus, le processus de cessation des hostilités s’est confirmé.

* En 2008, vous créez la Convention des ressortissants et cadres du Niari (Corecan) pourquoi?
** Cette association à caractère politique a été créée pour répondre à une préoccupation majeure. En effet, dans la longue période glauque qui a suivi la fin de la guerre, plusieurs de nos cadres civils et militaires se sentaient toujours marginalisés ou choisissaient de s’auto-marginaliser, malgré les gages de conciliation. Or, cette attitude était nuisible, à terme, pour eux et même au département tout entier. Nous avons choisi, donc, de créer un espace d’expression politique ouvert aux uns et aux autres, pour permettre à chacun qui le désirait, d’exprimer librement ses opinions et confronter son point de vue à celui des autres. D’ailleurs, nous nous sommes aperçus, plus tard, de la nécessité de généraliser ce mode de pensée auprès d’autres cadres, d’autres départements, et notre association est devenue, en 2010: Convention des ressortissants, cadres et amis du Niari, pour en élargir l’impact au niveau national.

* Sur quoi s’appuie votre mode de pensée ou encore quel est le principal objectif de la Corecan?
** L’objectif essentiel qui justifie notre mode de pensée et duquel découle toute notre action politique est la promotion et la consolidation de la culture de paix au Congo.

* Quelle différence faites-vous alors entre la paix et la culture de paix?
** Dans tous les pays, la paix est une absence de conflit. C’est donc un état de fait qui, malheureusement, peut être remis en cause aussi brutalement qu’il a paru calme. Or, lorsque les rapports entre les populations d’un même pays demeurent toujours paisibles, même face à des situations graves, on dit de ces populations qu’elles ont accédé à la culture de paix. La culture de paix est un état d’esprit qui, pour une population, au niveau individuel ou collectif, privilégie ce qui est commun et s’oblige à le protéger. Un peuple qui ne baigne pas dans la culture de paix reste exposé à des troubles quand bien même il aurait l’impression de vivre en paix. C’est la culture de paix qui garantit la stabilité d’un pays et le tend vers le développement.

* Il y a, donc, d’après vous, un lien étroit pour notre pays, entre le développement et la culture de paix?
** Selon nous, pour les pays neufs comme le nôtre, le développement, au sens large du terme, repose sur trois piliers fondamentaux qui sont: la culture de paix, le civisme et la démocratie.
La culture de paix prépare l’individu à identifier ce qui est essentiel, primordial ou vital pour la collectivité; le civisme l’aide à protéger ce qui est identifié comme tel et la démocratie codifie et pérennise ces choix en vue d’un effort commun pour le progrès. Mais, au risque de vous surprendre, la culture de paix, le civisme et la démocratie sont des valeurs qui ne se décrètent pas. Elles s’acquièrent. Il faut, donc, une formation, une pédagogie politique collective, pour que les différentes composantes d’une même population accèdent toutes à ces valeurs. C’est la raison pour laquelle nous formons, à cet effet, le projet d’organiser, très prochainement, un séminaire de formation des formateurs sur le triptyque «culture de paix, civisme et démocratie», comme une exigence pour le Congo, à l’heure de son développement.

* A propos du développement, croyez-vous en ce nouveau concept: «Le Congo pays émergent d’ici à l’an 2025?»
** A la Corecan, nous nous efforçons de traiter toutes les questions avec objectivité. Ainsi, si l’on considère qu’en 1997, la guerre a tout détruit au Congo et que le pays en est ressorti exsangue; si l’on tient compte de ce que, pendant la décennie qui a suivi la fin de la guerre, il a fallu, entre autres, procéder à la réconciliation du peuple avec lui-même, poser les bases constitutionnelles, juridiques, politiques et économiques de la reconstruction nationale, mettre en route cette reconstruction; si par ailleurs, on constate aujourd’hui, l’impact positif de cette politique de développement sur la vie des populations; si enfin, nous ne détruisons pas demain, l’effort en cours aujourd’hui, alors on peut se permettre de croire que l’émergence du Congo, d’ici à l’an 2025, est une opportunité envisageable.

* Doit-on dire alors que le président Denis Sassou Nguesso est actuellement au carrefour du destin national?
** La plupart des pays dans le monde ont eu, à un moment donné de leur histoire, un homme qui a été au carrefour de leur destin. Aussi, que serait devenue la France capitularde devant l’arrogant et brutal régime nazi, sans le courage et l’audace d’un général De Gaulle? L’Afrique du Sud n’aurait-elle pas sombré dans le chaos, si un Nelson Mandela n’avait pas privilégié l’avenir de son pays à l’assouvissement vil d’une vengeance personnelle? Aujourd’hui, se relevant des affres des conflits fratricides, le Congo aurait-il tord, lui, de compter sur Denis Sassou Nguesso qui veut prendre à bras le corps le destin de son pays?

* Pourtant, une certaine opposition politique congolaise considère que le président Sassou Nguesso est resté trop longtemps au pouvoir, serait-ce votre point de vue?
** Une relecture, objective et posée, de l’histoire récente de notre pays nous montre qu’à l’issue de la conférence nationale souveraine et après la transition en 1992, les compteurs politiques étaient remis à zéro pour tous les protagonistes politiques congolais, qu’il s’agisse de Jean-Pierre Tystère-Tchikaya, de Bernard Kolelas, d’André Milongo, de Denis Sassou Nguesso ou de Pascal Lissouba, pour ne citer que les plus en vue.
Or, en 1997, la guerre éclate et pendant plusieurs années de suite, elle sévit ouvertement ou sournoisement avec son cortège de destructions en tous genres. Il a fallu arrêter cette guerre et les opérations y relatives ont nécessité du temps. Il a fallu du temps aussi pour organiser la conciliation entre les différentes factions en présence, réaliser la réconciliation nationale, reposer les bases institutionnelles juridiques et administratives indispensables à la relance de la reconstruction du pays, renouer avec les institutions internationales notamment celles de Bretton Woods, réhabiliter les infrastructures de base fortement endommagées comme le C.f.c.o, les gares et les aéroports, commencer à rebâtir, sur fonds propres, se battre pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative P.p.t.e, avant de se tourner, enfin, vers l’énorme travail de reconstruction, qui se poursuit encore aujourd’hui. Comment, dans les circonstances sus-mentionnées, ce que vous désignez par «une certaine opposition» peut-elle s’en prendre à un homme qui, après avoir pris la mesure de l’immensité de la tâche après la guerre, cherche, aujourd’hui, à replacer son pays sur une orbite de développement, par un travail volontaire, qui se veut méthodique et évaluable? Blâmerait-on les Congolais demain, s’ils veulent poursuivre une expérience enrichissante pour leur avenir? Ne doit-on pas, au contraire, dans ce cas-là, donner du temps au temps?

* Votre mot de conclusion, Monsieur le président?
**  Nous voulons vous remercier pour nous avoir donné l’occasion de nous exprimer à travers votre organe de presse. Nous croyons, avec certitude, que la reconstruction de notre pays est un impératif qui s’impose à tous. C’est pourquoi, tenant compte de la grave crise financière internationale qui secoue les fondements des nations d’une part, de l’environnement politique en Afrique du Nord, de notre propre histoire récente d’autre part, nous invitons la classe politique nationale à se revêtir de culture de paix et de civisme politique, afin que la pratique de la démocratie, chez nous, ne féconde pas à nouveau un cycle: construction-destruction, au détriment des générations actuelles et à venir.
Souvenons-nous au contraire qu’aujourd’hui, il nous est possible d’accéder à la culture de paix et rendre la paix durable et définitive dans notre pays; que les perspectives de développement économique et humain sont à notre portée; que les efforts consentis ensemble commencent à porter du fruit; que le peuple à des raisons de croire en une sortie possible du tunnel. Il nous faut, sans doute, gérer les équilibres établis.

Propos recueillis par
Brice ABANZOUNOU


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