CHU : La direction générale sort de son silence!

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Rien ne va plus au Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville (CHU-B) entre l’intersyndicale et la direction générale de la première pyramide sanitaire du Congo.


Dans une déclaration rendue publique le 22 novembre dernier, l’intersyndicale du CHU dénonce les dysfonctionnements, les frustrations et les injustices qui émaillent, selon elle, le contrat signé entre le CHU-B et l’Unité de santé internationale (USI).
A en croire l’intersyndicale, l’expertise de l’USI est non seulement onéreuse mais également déconnectée des réalités congolaises. Elle critique ce contrat dont «les termes de références sont gardés secrets». L’intersyndicale dénonce aussi la mauvaise utilisation d’un milliard et demi de F.CFA décaissés, selon elle, par le Trésor public, en guise de subvention d’exploitation et de fonctionnement du CHUB. «Tous les services du CHU-B sont presque à l’arrêt», précise l’intersyndicale.
Face à toutes ces allégations, la direction générale du CHU-B n’a pu résister à la tentation de répliquer. Elle a organisé une conférence de presse le 27 novembre dernier, animée par Sylvain Villiard, son directeur général, en personne, assisté de son adjoint, Ulrich Judicaël Biez. Elle portait sur le thème: «Faire le point et donner l’heure juste sur la situation passée, actuelle et  projetée du CHU-B».
Cinq points ont été abordés par le directeur général du CHU-B, à savoir: pourquoi le Gouvernement du Congo a-t-il fait appel au CHUM/USI du Canada? Quels sont les engagements des parties au contrat? Quel était l’état des lieux à notre arrivée? Qu’avons-nous fait depuis 6 mois? Qu’allons-nous faire à court et moyen terme?».
Loin de se lancer dans la polémique, Sylvain Villiard s’est quand même montré prolixe et précis dans ses propos. Il a commencé par rappeler l’état catastrophique du CHU-B révélé par deux audits réalisés en 2016: «Le CHU-B n’est pas un hôpital universitaire de référence de niveau national intégré à la pyramide sanitaire; la triple mission du CHU-B n’est pas  respectée; les normes minimales de qualité et d’hygiène ne sont pas respectées; la gestion à courte vue n’est pas transparente et fonctionne dans l’oralité, sans reddition des comptes; l’utilisation des ressources humaines n’est pas efficiente; les bâtiments et les équipements sont vétustes; le personnel représente le plus important capital; la population est insatisfaite, les soins ne sont pas sécuritaires».
L’unité de santé internationale (ISI), a-t-il dit, est une unité de l’Université de Montréal et non une ONG comme l’a affirmé l’intersyndicale. «Elle a plus de 30 ans d’expérience».
Preuve à l’appui, Sylvain Villiard a expliqué que le contrat qui lie sa structure au CHU-B a été signé par les autorités compétentes des deux pays, en avril 2019, pour une durée de 3 ans. «Il conclut des prestations d’experts dont 4 cadres supérieurs; comprenant le directeur général dont la candidature a été proposée par le CHUM/USI et nommé par le Gouvernement en janvier 2019. D’un montant de 2,4 M euros/an incluant un budget d’appui à la relance du CHU-B: un an a été versé», a-t-il déclaré.
Pour cette assistance technique, le budget est de 4.763.740.800 FCFA.
Ensuite, les engagements des deux parties: le CHUM/USI doit fournir l’expertise prévue dans le contrat et fonds de relance pour faire face aux urgences. Parmi les objectifs à atteindre, il y a l’assainissement des pratiques gestionnaires, financières et comptables; le renforcement des compétences du personnel d’encadrement du CHU-B; l’implantation progressive des recommandations des audits; l’implantation des méthodes et outils de management, de gestion des opérations et de gestion clinique, etc.
Le Gouvernement, pour sa part, devrait mettre à disposition le budget d’équilibre, verser les salaires du personnel, régler la question de la dette, signer un accord de prêt avec la BDEAC pour réhabiliter les infrastructures et améliorer le parc des technologies, payer annuellement l’assistance technique.   
Enfin, ses réalisations. Le constat est que le Gouvernement a du mal à assumer ses engagements. Malgré le contexte défavorable et le budget exsangue, «nous avons réalisé, sur le plan de la clinique, entre avril et octobre 2019: sécurisation des recettes (pharmacie et imagerie), comité d’approvisionnement et meilleur approvisionnement en médicaments et produits médicaux, réaménagement des consultations externes, approvisionnement en consommables et relance d’activités cliniques, réorganisation de l’unité grands brulés,  revue des cas de mortalité. Sur le plan de la gestion: début de contrôle de la main d’œuvre, validation du recensement, gel de formations en attente d’un plan de formation, identification des besoins en cours, signature prochaine d’un accord avec le Maroc, guide d’embauche en préparation d’un prochain recrutement».
Le directeur général a également décliné ses priorités à court terme. «Nous avons un plan réalisable si les ressources sont au rendez-vous. Mais nous ne pourrions réussir qu’ensemble. Si chacun tient ses engagements, si chacun met l’épaule à la roue. La désinformation nuit à tout le monde. Il en va de l’avenir du CHU-B et de la santé de la population congolaise», a-t-il conclu.

Cyr Armel YABBAT-NGO