INTEGRATION AFRICAINE : Une Commission de suivi pour marquer l’engagement des Congolais dans la ZLECAF

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Le ministre d’Etat Alphonse Claude N’Silou, ministre du Commerce, des approvisionnements et de la consommation, a procédé le 25 octobre 2019 au lancement des travaux de la Commission nationale de suivi et d’évaluation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). La cérémonie s’est déroulée au ministère des Affaires étrangères, en présence de quelques membres du Gouvernement.


Pour Alphonse Claude N’Silou, l’Afrique va connaître, dans les dix ans à venir, des bouleversements qui vont remodeler les économies et les sociétés. «L’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine est l’événement le plus important dans la vie de notre continent depuis la création de l’OUA», a rappelé le ministre d’Etat, paraphrasant le président du Niger, Mahamadou Issoufou.
Avec la création de la ZLECAF, les chefs d’Etat et de Gouvernement africains viennent en effet de réaliser le vieux rêve des pères fondateurs de l’OUA qui, déjà, à l’époque avaient déclaré: «L’unité africaine est la seule voie qui permettra d’assurer la renaissance, la dignité et le progrès pour chacun des pays et pour l’ensemble du continent».
Le Congo a été parmi les premiers pays à signer et ratifier l’accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine, le 21 mars 2018 à Kigali, au Rwanda. Le Parlement congolais a ratifié cet accord le 27 décembre 2018. Il a été promulgué le 7 février 2019. «La République du Congo a déposé les instruments de ratification y relatifs auprès de la Commission de l’Union africaine le 10 février 2019, en marge de la 32e session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’U.A», a précisé le ministre d’Etat.
Après le dépôt des 22 instruments de ratification requis, cet accord est entré en vigueur le 30 mai 2019. Dès lors, la Commission de l’U.A avait recommandé aux Etats signataires d’élaborer une stratégie nationale en vue de sa mise en œuvre. Au Congo, une Commission nationale de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre de l’accord a été mise en place en juin 2019, pour définir le contenu des différentes étapes jusqu’à son opérationnalisation.
Cette stratégie visera, entre autres, à rehausser les capacités de production et d’exportation du secteur privé du pays et à intensifier le commerce avec les marchés de la ZLECAF. «Le Congo disposera d’un délai de 10 ans à compter du 1er juillet 2020 pour restructurer son économie et adopter des mesures destinées à promouvoir son secteur productif», a dit Alphonse Claude N’Silou.
Il a réaffirmé que la ZLECAF ne va pas abolir les frontières de la colonisation, ni redessiner les frontières actuelles, «mais permettra d’en sortir par l’intégration. Avec la ZLECAF, les Chefs d’Etat érigent des ponts entre les Nations en vue de créer une humanité solidaire et prospère. La ZLECAF vise essentiellement l’élimination progressive des barrières tarifaires au commerce intra-africain, notamment les droits de douane pour ouvrir les portes à un gigantesque marché continental, unique et intégré de plus de 1,2 milliards de personnes et un PIB cumulé supérieur à 2500 milliards de dollars, dans lequel vont circuler biens, services, marchandises, capitaux et, plus tard, des personnes», a-t-il affirmé.
La ZLECAF, a-t-il poursuivi, «propose d’éliminer, d’ici dix ans, les droits de douane sur les produits représentant 90% des lignes tarifaires. Chaque ligne correspond à un groupe de marchandises ou de produits selon la normalisation internationale élaborée par l’Organisation mondiale de douanes».
Le ministre d’Etat a estimé que le continent africain ne peut plus rester en marge de la dynamique planétaire à l’heure où se construisent et se consolident des grands ensembles économiques et douaniers. «A ces défis qui se présentent à lui et à l’impératif de donner un nouvel élan à son développement économique, le continent pose là les jalons de la renaissance africaine. Il s’agit de libérer les immenses potentialités et mobiliser les énergies pour faire de l’Afrique, dans les décennies à venir, un pôle d’émergence mondiale», a déclaré Alphonse Claude N’Silou qui pense que la ZLECAF «vient fort opportunément donner à l’Afrique la clé de voûte pour son développement», comme l’avait dit le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi.
Actuellement, l’Afrique est le continent qui a le niveau d’intégration le plus bas, avec 16% d’échanges commerciaux intra africains, pendant que l’Asie est à 50% et l’Europe à  70%. «L’Afrique est la zone la plus pauvre du monde. Elle figure en bas du classement de la compétitivité économique mondiale. La fragmentation de ses marchés bride son efficacité et freine sa croissance économique. La ZLECAF instaure un marché continental unique de produits et services assorti de la libre circulation des capitaux. Son impulsion pour approfondir l’intégration économique et stimuler les échanges au sein de l’Afrique va atténuer les coûts entraînés par des chocs mondiaux parce que, un marché intérieur plus vaste et performant agit comme une assurance contre les soubresauts du commerce international liés à la volatilité mondiale ou à la contraction de la demande dans le monde», a-t-il expliqué.
En outre, «la ZLECAF va servir de locomotive au développement de l’Afrique. Elle va favoriser l’industrialisation des économies et l’augmentation des échanges commerciaux régionaux. Elle va améliorer l’efficacité des marchés et réduire les coûts de la conduite des affaires en permettant des économies d’échelle. Elle va faciliter les échanges et les investissements et créer de nombreux emplois», a-t-il ajouté.
Toutefois, le ministre d’Etat a reconnu qu’il existe des écueils. Parmi lesquels, le besoin pour les pays africains d’avoir accès à l’énergie et aux infrastructures. L’acheminement des marchandises reste aussi un obstacle majeur à l’intégration économique. «Envoyer un conteneur d’un pays à un autre en Afrique centrale, par exemple, est plus coûteux et prend plus de temps que d’en faire venir d’Asie. Il y a aussi ces pays qui ont une avance financière sur d’autres; ce qui crée une inégalité au départ. Une autre inégalité est de mettre sur un même marché des pays dont 80% de leurs exportations sont composées de 70 lignes de produits avec d’autres pour lesquels seul le pétrole totalise ce même taux. Autant d’écueils qui pourraient rendre pessimiste. Mais toutes les grandes zones économiques ont connu des débuts difficiles parce que confrontées aux mêmes écueils. C’est la volonté des hommes qui a permis de les surmonter. Cette volonté existe aujourd’hui chez les dirigeants africains», a-t-il estimé
A signaler qu’à ce jour, 54 pays sur 55 ont signé l’accord qui crée la ZLECAF et 27 l’ont ratifié. Six instruments opérationnels ont été lancés au 12e sommet de Niamey, consacré essentiellement au lancement de la phase opérationnelle, à savoir: les règles d’origine convenues de la ZLECAF; le portail de négociations en ligne protégé par un mot de passe; le système panafricain de paiement et de règlements; le mécanisme continental en ligne de suivi, de notification et d’élimination des obstacles non tarifaires; l’application de la ZLECAF basée sur le web et mobile pour les entreprises et le tableau de bord de l’Observatoire africain du commerce.
Le ministre d’Etat a, en outre, rappelé que la ZLECAF sera effective le 1er juillet 2020 et la date du 21 mars a été retenue comme celle de la commémoration de la Journée de l’intégration en Afrique.
Ce faisant, le Congo doit élaborer sa stratégie nationale pour définir les différentes étapes jusqu’à l’opérationnalisation de la ZLECAF d’ici 10 ans. D’où le lancement des travaux de la coordination de la Commission nationale de suivi et d’évaluation de la ZLECAF, placée sous l’autorité du premier ministre Clément Mouamba.
Elle est chargée, entre autres, de mener de concert avec les administrations concernées, des réflexions et des études en vue de définir les politiques et les mesures d’assurer la promotion et la croissance des exportations vers les autres pays signataires de l’accord; faire des recommandations au Gouvernement sur toutes les questions relatives à la mise en œuvre de l’accord; proposer au Gouvernement les projets de textes législatifs et règlementaires indispensables à la mise en œuvre de cet accord. (Lire aussi notre éditorial).

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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