Collectif des partis de l’opposition congolaise : Le message du Président sur l’état de la nation passé au vitriol

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Des leaders du Collectif des partis de l’opposition congolaise, à savoir: Mathias Dzon (UPRN), Jean Itadi et Christophe Moukouéké (CAP), Serge Raymond Mviri (RDD) ont présenté le samedi 26 janvier 2019, leurs vœux de nouvel an à la presse, à leurs militants et au peuple congolais, au cours d’une conférence de presse qu’ils ont co-animée à Brazzaville. En présence de Charles Zacharie Bowao, coordonnateur des plateformes IDC-FROCAD, ils ont passé au scribe le discours sur l’état de la nation du chef de l’Etat prononcé devant le Parlement réuni en congrès le 29 décembre dernier.

«Un discours totalement surréaliste, situé aux antipodes des préoccupations et des attentes du peuple congolais», ont-ils déclaré.
Pour le collectif des partis de l’opposition congolaise, 2018 a été une année supplémentaire de souffrance aigüe. «Le pouvoir en place est resté obstinément  sourd aux sollicitations internes et externes pour une nouvelle gouvernance au Congo, à travers notamment un dialogue exclusif, reconnu unanimement  comme l’unique solution pour sortir pacifiquement et durablement de la crise multidimensionnelle qui paralyse aujourd’hui le pays à tous les niveaux», ont-ils dit.
C’est dans ce contexte particulier que, selon eux, les Congolais ont écouté le message du chef de l’Etat sur l’état de la nation. «Le président de la République a choisi cette occasion pour se lancer dans un discours totalement surréaliste, situé aux antipodes des préoccupations et des attentes du peuple congolais…Les Congolais attendaient qu’il puisse prendre des mesures concrètes, fortes et réalistes pour relever le pays. Chacun attendait particulièrement que le président se décide enfin à convoquer le dialogue exclusif que tout le monde attend avec impatience pour définir consensuellement et pacifiquement les axes de sortie de la crise et de remise du pays sur les rails de la démocratie et du développement», ont-ils indiqué.
Malheureusement, «on n’a eu droit qu’aux mêmes incantations année après année. C’est un message donnant le sentiment que le président de la République s’est adressait à des gens venus d’ailleurs, ne connaissant parle Congo», ont précisé ces leaders qui ont critiqué les différents conseils mis en place. «Ils ressemblent plutôt aux organisations de masse du PCT sous le monopartisme. Ils ne sont rien d’autres que de nouvelles structures d’embrigadement et de contrôle des consciences au service du pouvoir».
Tout en regrettant le fait que le chef de l’Etat ait présenté comme un succès majeur le fait d’avoir payé le salaire de la majorité des fonctionnaires, ils ont estimé qu’«il n’a cependant rien dit sur la situation des travailleurs émargeant au budget de transfert et sur le sort des retraités de la CRF qui cumulent 16 mois d’arriérés de pension. Depuis bientôt 4 ans, les nouveaux retraités de la CRF n’ont jamais perçu leur première pension. Le chef de l’Etat n’a également soufflé mot sur la situation épouvantable des étudiants congolais inscrits au Congo et dans les Universités étrangères…Les travailleurs de la SOPECO qui ont aujourd’hui 10 mois d’arriérés de salaire ou des travailleurs de l’ONPT qui trainent derrière eux plusieurs années de droits sociaux non payés et qui, chaque jour, se livrent dans la cours de la grande poste de Brazzaville à un concert de casseroles que personne n’entend même plus», ont-ils souligné.
Ils ont par ailleurs regretté le fait que l’argent prévu pour soutenir les opérateurs économiques impliqués dans les activités génératrices de revenus et créatrices d’emplois soit dilapidé. A titre d’exemple, ils ont cité le Fonds de soutien à l’agriculture.
Parlant de l’économie congolaise, ils ont fait savoir que celle-ci est très malade. «Non pas uniquement de la baisse des prix pétroliers, mais aussi des mauvais choix opérés par le Gouvernement dans le financement de l’économie, en s’appuyant uniquement sur le secteur pétrolier, au détriment des autres secteurs pourtant vitaux».
Quant au système sanitaire, «il présente un visage de désolation à travers tout le pays…Le chaos observé au CHU-B est lié au mauvais choix de ses animateurs, le pouvoir vient de confier sa gestion à un expatrié, en l’occurrence un avocat canadien, comme si au Congo il manque de cadres compétents. Il suffisait pourtant de s’appuyer sur les critères de mérite et de compétence dans le choix des cadres nationaux en charge de la gestion de cette structure pour changer son visage», a fait remarquer le collectif des partis de l’opposition qui a demandé au chef de l’Etat s’il veut sortir des incantations qui rythment la vie politique congolaise, de commencer d’abord et avant tout à mettre de l’ordre autour de lui, «parmi les gros poissons qui se gavent paisiblement de tout ce qui tombe au fonds de leur étangs, rivières et fleuves. Pour cela, des audits de la SNPC, des Grands travaux, des régies financières, des eaux et forêts, des municipalisations accélérées, du domaine présidentiel s’imposent de toute urgence, avec nécessité de recourir à des auditeurs indépendants et reconnus pour leur crédibilité».
Ils ont estimé que la lutte contre la corruption aura un vrai sens dans le pays «lorsque tous ceux dont les noms sont continuellement cités pour leur propension à dilapider les deniers publics, à bâtir des immeubles à coût de milliards à travers tout le pays, seront enfin en face d’une justice droite et impartiale; lorsque tous ceux qui sont supposés détenir des milliards de F.Cfa et de millions d’euros, de dollars ou de yuans volés au Congo et dissimilés à travers le monde entier ou cachés au fond des trous, seront confrontés à la même justice Ce serait là, la meilleure manière de prouver éventuellement leur innocence et de laver leur honneur», ont-ils suggéré.

KAUD