Anatole Limbongo Ngoka, coordonnateur national des comités de soutien du candidat Jean Marie Michel Mokoko à la présidentielle de 2016 : «Je veux apporter un changement qualitatif dans la gouvernance de notre pays»

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A peine libéré de prison, où il vient de purger sa peine, Anatole Limbongo Ngoka, coordonnateur national des comités de soutien du candidat Jean Marie Michel Mokoko à la présidentielle de 2016, vient d’effectuer une tournée nationale pour rencontrer ses compatriotes impliqués dans cette campagne. Expression d’un engagé.

 

* Vous avez été condamné à deux ans et six mois d’emprisonnement à la Maison d’arrêt de Brazzaville pour incitations aux troubles à l’ordre public en vue de s’emparer du pouvoir d’Etat. Aujourd’hui en liberté, quelles leçons tirez-vous de cette incarcération ?
**Avant de tirer une quelconque appréciation de cette privation de liberté, je me fais le devoir de remercier tous ceux qui nous ont soutenus par leurs pensées, déclarations et prières pendant cette période difficile. Je pense que ces remerciements sont plus importants que le constat d’un déficit des règles démocratiques, notamment celles relatives à l’élection présidentielle, que l’on peine à faire respecter.
Arrêter des candidats, des directeurs et des coordonnateurs de campagne ne sont que l’expression d’une faiblesse de notre démocratie qui permet aux détenteurs du pouvoir d’instrumentaliser les institutions nationales, la force publique et la justice pour bâillonner l’expression citoyenne. Notre combat de tous les jours est, justement, d’apporter un changement qualitatif qui s’impose dans la gouvernance de notre pays.

* En plus de cette période d’emprisonnement, vous avez écopé d’une condamnation  complémentaire de dix ans de privation des droits civiques et civils, notamment ceux de ne pas être électeur, ni éligible. Comment comprenez-vous cette lourde peine pour l’acteur politique que vous êtes ?
**Je comprends aisément cette exclusion qui relève de l’utilisation du droit pour des fins politiques. Tout au long de l’histoire de l’humanité, les procès politiques ont toujours eu pour objectif d’éliminer les acteurs de la scène politique. Les exemples sont légion en partant de Socrate aux procès staliniens.
Pour ce qui me concerne, je considère que, moi et mes compagnons, n’avons pas enfreint les lois, puisque nous n’avons fait que respecter les règles relatives à l’élection présidentielle telles que prévues par les textes en vigueur. Et pour vous montrer le côté injuste d’une telle décision de privation de liberté, nous avons, dans notre pays, des citoyens qui ont commis des actes plus graves, le cas de Frédéric Binsamou, plus connu sous la dénomination de pasteur Ntumi,  et qui n’ont pas subi une aussi lourde condamnation, puisqu’étant même amnistiés.
C’est pour de telles raisons que je ne me considère pas lié à cette décision de justice et j’entends reprendre normalement mes activités politiques.

*Est-ce que l’on peut assimiler la série de rencontres que vous venez d’effectuer à l’intérieur du pays comme cette reprise de vos activités politiques ?
** Je n’ai pas encore repris une quelconque activité politique. Il faut que cela soit clair pour tous. J’ai été le coordonnateur national des comités de soutien du candidat Jean Marie Michel Mokoko, lors de l’élection présidentielle de 2016 et, à ce titre, je me devais, aussitôt après ma sortie de prison, de rencontrer les animateurs de nos comités de soutien sur l’ensemble du territoire.
Ce périple m’a surtout permis de remercier ces compatriotes pour leur engagement en faveur du général Jean Marie Michel Mokoko et échanger avec eux sur le devenir de ce combat commun. Je ne crois donc pas que remercier des compatriotes soit un acte d’une grande portée politique.

* Quel a été le ressenti de vos interlocuteurs ?
** Aussi vrai que cela puisse paraître, c’est d’abord une joie qu’ils ont exprimé de me voir recouvrer ma liberté. Puis, ils m’ont indiqué la satisfaction qui est la leur de voir, enfin, un responsable de cette campagne, qui plus est le coordonnateur national, venir les rencontrer sur le terrain. D’autant plus que, et ils l’ont fait savoir, ces compatriotes qui sont dans l’expectative se sont senti abandonnés par les dirigeants de cette équipe de campagne dont notre candidat a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle.
Personnellement, de cette tournée où j’ai été très bien accueilli partout où je suis passé. J’ai été agréablement surpris, à Makoua, où j’ai pu présenter mes civilités à la doyenne Julienne Ondziel, fille du chef supérieur des Makoua, grâce aux membres du comité de soutien de cette localité.

* Comment comprendre que ces rencontres citoyennes soient l’objet de polémique, sur les réseaux sociaux ?
** Ce n’est pas le fait que je sois incarcéré quelques temps à la Maison d’arrêt de Brazzaville, que j’ai cru qu’après moi, il y a eu de nouvelles mentalités des Congolais et particulièrement de la classe politique. Je n’ai donc pas été surpris par la virulence des attaques sur les réseaux sociaux. Elles proviennent plus de ceux de mes compagnons, ou supposés comme tels, qui, après la présidentielle, n’ont même pas daigné rencontrer nos comités de soutien et qui n’acceptent pas que cet exercice soit le fait d’un autre, qui plus est, sorti de prison. Ils préfèrent le confort de Brazzaville, ce qui n’est pas mon cas.

*Vous ne pouvez pas éluder la question du financement de ces voyages ?
** Ce serait plus pertinent de poser cette question aux différents acteurs que j’ai rencontrés sur le terrain. Ceux qui m’ont hébergé dans les conditions drastiques dans lesquelles ils vivent, ceux qui m’ont accompagné aux différentes gares routières peuvent vous en parler. Leur générosité montre qu’ils n’ont pas fait de la politique un fonds de commerce.

Propos recueillis par
Jean Clotaire  HYMBOUD

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