Réflexion : La faillite de l’enseignement au Congo, un danger pour les enfants des pauvres

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Combien vaut la vie d’un enfant congolais de classe moyenne? Quel est l’équivalant monétaire des rêves de réussite que chaque famille congolaise à revenu modéré envisage au profit de sa progéniture? Combien coûte le respect auquel un enfant a droit en matière d’éducation ?

 

Voilà certaines questions qui préoccupent quotidiennement plusieurs parents d’élèves embarrassés par les grosses difficultés auxquelles l’enseignement primaire, secondaire et universitaire doit faire face aujourd’hui. De nombreuses injustices et frustrations qui émanent des questions liées à l’enseignement et qui en disent long et ne cessent actuellement de susciter la colère et le désarroi.
L’initiative du ministre Anatole Collinet Makosso sur la nécessité d’impliquer les parents d’élèves et d’autres acteurs publics et privés… est appréciée favorablement par les uns et critiquée sévèrement par les autres. Pourtant, on voit bien qu’elle va permettre de résoudre beaucoup de problèmes et de sauver, tant soit peu, l’image de l’école congolaise. Selon une source ministérielle, les montants de contribution parentale sont fixés au maximum, par an, à : «15.000 francs CFA pour les classes de terminale et de  3ème, soit 10.000 francs CFA pour la contribution parentale et 5.000 francs CFA pour les examens ; 7.000 francs CFA pour les classes de CM2, soit 5.000 francs pour la contribution ution parentale et 2.000 francs CFA pour le CEPE».
 Le pouvoir politique étant aussi l’art de la gestion symbolique, dans pays comme le Congo où les divisions naturelles et artificielles s’étalent si facilement au grand  jour,  il est de bon aloi que ce genre de décision soit soutenu par les acteurs politiques de tous les bords, notamment ceux de la mouvance présidentielle, mais aussi par les responsables des organisations de la société civile œuvrant dans le cadre de l’enseignement particulièrement, pour éviter toutes sortes de d’instrumentalisation et de spéculation.
Il n’est pas impossible d’engager un débat profond, sérieux, constructif et serein sur cette question importante, et non celui qui a pris dernièrement l’allure d’une chasse à l’homme à l’hémicycle au point de ressembler à des règlements de compte entre politiciens ou à la politique du «ôte-toi là que je m’y mette». En effet, cette question est fondamentale car elle concerne l’avenir de tous les enfants congolais scolarisés, quel que soit le statut social de leurs parents ou leur niveau de dénuement matériel.
Occulter les difficultés auxquelles l’enseignement est confronté actuellement ne serait que de la démagogie, du populisme de bas étage ; une volonté délibérée de paralyser l’enseignement primaire et secondaire.   
Dans le contexte de crise politique, économique et sociale comme celle que le Congo est en train de vivre, ce qui compte d’abord, c’est de mettre en œuvre des actions visant à faire baisser la tension sociale et à préserver la paix et la tranquillité des esprits. Ce sont les enfants issus des familles modestes ou démunies qui en tireront le plus grand profit, car ceux ayant des parents nantis sont souvent envoyés à l’étranger pour suivre leurs études.
Cependant, le ministre Collinet Makosso devrait esquiver  les décisions impopulaires qui pourraient donner raison à ses détracteurs. Ceux qui allèguent que l’argent sollicité auprès des parents d’élèves sera allègrement détourné par certains agents de l’Etat. Le système éducatif congolais fonctionne grâce à l’abnégation, au dévouement et aux efforts dont font montre de nombreux vacataires qui, aux côtés de leurs collègues fonctionnaires, sont employés dans ce secteur d’activités comme instituteurs dans les écoles primaires et comme professeurs dans les collèges et lycées d’enseignement général.
Les défis à relever sont incommensurables et l’Etat ayant baissé un peu les bras concernant le financement du système éducatif en général, le pays éprouve aujourd’hui de nombreuses difficultés pour redresser la situation d’où la nécessité pour les parents d’élèves de porter secours à l’Etat. Mais pendant combien d’années  les parents ayant des enfants inscrits dans les écoles primaires ou secondaires vont-ils se soumettre à ce genre d’exercice, car beaucoup de familles, comme on le sait, vivent dans l’extrême pauvrette ?
Les fonctionnaires de l’Etat, les travailleurs évoluant dans les sociétés privées ou les retraités ont du mal  à subvenir aux besoins vitaux de leurs foyers respectifs. Ainsi, on espère que des mesures nécessaires seront envisagées pour faciliter la tâche aux parents d’élèves qui ont plusieurs enfants à prendre en charge dans ce cadre. Par ailleurs, demander de prendre un arrêté sur le deal fait entre le ministre et les parents d’élèves, c’est hypothéquer définitivement la gratuité scolaire couchée noir sur blanc dans la Constitution.
Aussi, il n’est pas bon de ne pas reconnaître que les temps sont durs comme les Congolais ne cessent de le dire à qui veut les entendre et la rupture est en train de cisailler tout le monde. Les autorités politico-administratives, dont les parlementaires, ne peuvent pas faire semblant de l’ignorer. Tergiverser sur certaines mesures serait synonyme de paralyser l’enseignement primaire et secondaire à l’instar de l’université qui a du mal à fonctionner correctement aujourd’hui. Qu’on arrête de se régler les comptes inutilement.
Chers députés, trêve de démagogie/ éviter de vous régler les comptes et de distraire le peuple, vous pouvez mieux faire.

Œil de l’aigle

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