Christophe Moukoueké, vice-président du CAP : Une liste de partis? Que veut le pouvoir?

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Président du CAP (Congrès africain pour le progrès), Christophe Moukoueké nous  a accueillis chez lui. Nous voulions savoir comment il commente l’actualité présente, qui voit de nouveau l’opposition divisée alors même qu’elle vient de lancer un mémorandum qui proclame l’ambition d’unir. Nous voulions aussi savoir comment l’homme politique commente le fait que sa formation politique ne figure pas dans la cinquantaine de partis politiques retenus par le ministère de l’Intérieur. Entretien.

 

**Comment vous vous sentez au sein du Collectif des partis de l’opposition après la publication par le ministère de l’Intérieur de la liste des 55 partis et associations politiques reconnus officiellement dans le pays?

*Permettez-moi d’abord de m’interroger sur ce que le pouvoir veut faire dans notre pays. Nous ne comprenons pas ce qu’il veut obtenir en envisageant une telle mesure dans un contexte où le pays connaît une crise sans précédent. Comment peut-on expliquer, après avoir mené le pays à la faillite ; après une gestion chaotique de l’économie ; après un échec de mise en place d’un programme avec le FMI, comment expliquer que le pouvoir trouve que ce qu’il y a lieu de faire maintenant c’est de s’en prendre aux partis politiques ! Il faut rappeler que notre multipartisme ne date que d’au moins de 30 ans, c’est à l’occasion de la Conférence Nationale Souveraine. Notre démocratie est donc jeune, elle s’installe et se cherche avec difficultés. Il me semble que la priorité n’est pas, aujourd’hui, celle d’exiger à tout prix que tous les partis politiques soient à l’instant « T » présents à travers des structures et des locaux, donc des permanences dans tous les départements. C’est assez surprenant de voir le pouvoir s’attaquer à une telle problématique alors qu’il devrait être préoccupé par les problèmes essentiels de la vie des Congolais. Nous nous interrogeons sur ce que veut réellement le pouvoir ! Les partis politiques sont un moyen d’expression, c’est une forme de démocratie. Donc, procéder ainsi reviendrait à museler une bonne partie de la classe politique congolaise, les empêcher de s’exprimer. Or, le pays a besoin de démocratie !
Au plan politique, s’il y avait une question urgente à régler, c’est la question électorale dans notre pays. Un problème que nous posons depuis les années de manière ouverte, en disant que dans ce pays il n’y a justement pas d’élections libres, équitables et transparentes ! Nous ne cessons de dire que le pouvoir a mis en place une administration qui lui permet de gagner toutes les élections. C’est le problème essentiel que nous posons depuis des années. Vous voyez, depuis le départ, les partis politiques étaient régis par la loi (française, Ndlr) de 1901. En 2006, le pouvoir a élaboré une nouvelle loi qui pose une certaine exigence aux partis politiques. Curieusement, une nouvelle loi tombe en 2007, toujours sur les partis politiques. Qu’est-ce que l’on veut? Et comme si cela ne suffisait pas, une liste des partis et associations reconnus vient d’être publiée. L’annonce nous avait été faite par le ministre de l’Intérieur lorsqu’il nous a réunis au siège de la Préfecture. Il parlait de 49 partis et associations politiques qui rempliraient les conditions exigées par la loi. Mais lorsque la liste est publiée, on se retrouve avec 55 ou 57 partis et associations politiques. Cela nous pousse davantage à se poser la question de savoir ce que veut le pouvoir. C’est une provocation. Sur cette liste, il n’y a pas 10 partis qui remplissent les conditions énoncées. J’en connais qui, à la limite, n’ont même pas un siège au niveau national ! Ce n’est pas sérieux.
A la question de savoir comment nous nous sentons, mais très mal ! Nous sommes scandalisés. C’est pour ça que nous nous posons cette question: que veut le pouvoir? Est-ce que les problèmes qu’il y a aujourd’hui à résoudre et dont les Congolais attendent les solutions, c’est les partis politiques? Nous espérons simplement que le pouvoir va se ressaisir et entendre raison.

**Est-ce qu’il n’est pas dans l’intérêt de tous de ne pas avoir une pléthore des partis ?
*Je voudrais d’abord dire que c’est un faux problème. Je viens de vous dire que la démocratie et le multipartisme sont naissants dans notre pays. Même en France, il y a des partis politiques qui ne sont pas influents dans certaines provinces ou territoires. Donc, la démocratie ne se décrète pas. On ne peut pas a priori dire qu’il faut 3 ou 4 partis politiques seulement au Congo. Non! Est-ce que dans 20 ou 30 ans, il y aura toujours autant de partis? N’oubliez pas que nous sommes partis d’un système où l’expression n’était pas libre. Lorsqu’il y a eu libération de l’expression et de la pensée, il était naturel que ces partis se créent comme ça. Il sera un moment où tout ça va s’arrêter d’une manière ou d’une autre. On ne regroupe pas les partis pour le plaisir de les regrouper ! C’est pour ça que nous nous battons pour qu’il y ait un véritable débat d’idées dans le pays et une véritable démocratie, pour que les partis apprennent à se connaître et sur la base des idées, les idéologies et les programmes, ils pourront se regrouper. Je suis convaincu que la démocratie congolaise ne va pas continuer avec beaucoup de partis politiques. Mais ça se fera tout seul. Regardez les plateformes qui se constituent aujourd’hui, qu’est-ce qui vous dit qu’elles ne pourront pas, demain, se transformer en partis politiques? Ces choses-là se construisent avec le temps, on ne les décrète pas. Il n’appartient pas à un Gouvernement, surtout pas à celui dont nous connaissons la nature, de dire que dans notre pays il faut seulement tant de partis politiques. On sait comment vit le PCT, avec quels moyens. C’est un parti qui vit sur les moyens financiers de l’Etat, sur le Trésor public, c’est grave. Lorsqu’on voit les actes qu’il pose, c’est exactement comme à l’époque du parti unique où il y avait le principe du parti qui dirige l’Etat et où les dirigeants, moi-même y compris, étaient payés par le parti unique.

** Il faut laisser du temps au temps !
*Je ne peux pas donner du temps ; tout dépend de la combativité et de la vie démocratique dans le pays. Je crois que la première chose, c’est qu’il faut que la démocratie, en terme de liberté d’expression, change. Vous voyez très bien que les partis politiques de l’opposition ne s’expriment même pas, que le système est vicié.  Il y a une mesure qui a été prise faisant obligation aux partis politiques de l’opposition de demander l’autorisation avant de réunir ou d’organiser une manifestation. Le pouvoir ne pouvait qu’être informé. C’est ce même pouvoir qui a fait des mains et des pieds pour continuer d’empêcher les partis politiques de l’opposition de s’exprimer, donc de grandir, qui vient poser des conditions. En fait, c’est un moyen de tuer ces partis.   

**Le Collectif ne va plus tenir des manifestations avec les autres, vous vous tenez à l’écart?
*Je dois d’abord dire que nous ne considérons pas que nos partis politiques sont dissouts. Le directeur général de l’Administration du territoire n’est pas compétent pour dissoudre un parti politique, ni même le ministre. C’est la loi qui reconnaît les partis politiques et non pas les hommes, ni le Gouvernement. L’influence d’un parti politique n’est pas le fait d’être simplement présent sur le territoire national. Son influence découle de beaucoup de choses à la fois: des idées, les opinions et de tout ce que ce parti peut avoir à travers ces leaders, ses hommes politiques, à travers leur combativité. C’est ça qui fait un parti politique. Bien sûr, l’idéal pour un parti, c’est de couvrir le territoire national. C’est le vœu  de tout parti politique. Et, ce travail devrait se faire progressivement et non pas avec la chicotte. A partir du moment où nous ne reconnaissons pas que nous sommes dissouts, nous continuerons à nous exprimer. Une loi régit l’avenir et non le passé. Nous l’avions même relevé dans notre débat avec le ministre de l’Intérieur. Cette loi devrait s’appliquer aux partis qui vont naître et non pas aux partis qui existent déjà.  Raison pour laquelle, nous ne considérons pas que nous sommes dissouts, parce qu’il n’y a personne au-dessus de la loi. La loi n’est pas bonne que pour certains et pas pour d’autres. La question nous paraît tellement sérieuse que nous avons écrit pour solliciter des audiences auprès du président de la République, du premier ministre, des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Nous voulons les rencontrer pour parler de vive voix avec eux et attirer leur attention sur la gravité de la décision prise. Nous attendons toujours. Nous allons continuer à nous exprimer, à nous retrouver. Ce pays nous appartient à tous, c’est un patrimoine commun.
Nous avons tenté de montrer au ministre de l’intérieur que nous sommes des partis qui existons. Même si nous ne sommes pas présents dans tous les départements, nous avons une présence effective. Au niveau des partis du Collectif, nous avons aussi adressé une correspondance au ministre de l’Intérieur dans laquelle nous avons joint la liste de nos représentants dans les départements, les structures existantes et parfois même les sièges. Tous les partis qui sont reconnus sont proches du pouvoir. Tous ceux qui ne sont pas reconnus sont véritablement de l’opposition. Parmi les partis du collectif, il n’y en deux qui sont reconnus, ce sont des petits partis et les moins influents. Nous gardons espoir. S’ils ont fait ça de bonne foi, il y a des chances que l’on se comprenne. Par contre, s’ils l’ont fait parce qu’ils ont des intérêts cachés, c’est-à-dire des partis qui les gênent dans ce qu’ils veulent faire à l’avenir, de déblayer le chemin pour faire ce qu’ils veulent et de ne garder que les partis qui sont d’accord avec eux, là, je crois qu’ils risquent de ne pas entendre raison. Nous verrons le moment venu.

**Et l’opposition elle-même, vous êtes opposés, à l’opposition ! Pascal Tsaty-Mabiala est-il votre ennemi?
*On n’a pas besoin d’être des amis. Ça n’a rien à avoir avec le métier, même lorsqu’on n’est pas des ennemis, on n’est pas forcément des amis. Vous le savez bien. Non! Je pense qu’avant cette mesure du pouvoir, il se posait déjà un problème au niveau de l’opposition. Nous nous sommes exprimés là-dessus. Pour nous, il y avait plusieurs tendances à l’opposition. Nous étions contre la manière dont on a monté le statut de l’opposition au Congo. Nous ne demandons pas qu’on choisisse quelqu’un qui s’appellerait «chef de l’opposition» et qui organiserait des structures et coordonnerait tous les partis de l’opposition. Ce n’est pas ce que nous demandions! L’idée centrale chez nous, ce n’était pas le statut de l’opposition, mais que le pouvoir et les institutions reconnaissent la place de l’opposition dans le pays. D’abord, la liberté d’expression ; l’importance de l’opposition ; le rôle de contre-pouvoir qu’elle peut jouer. Ce n’est pas quelque chose de facultatif, mais plutôt constitutionnelle. On n’a pas besoin de faire comme ça, surtout dans notre pays où nous avons des partis de l’opposition qui sont au pouvoir, qui travaillent avec le pouvoir et qui se disent de l’opposition. Il y a aussi des partis politiques qui coopèrent avec le pouvoir. Pour nous, on ne peut pas accepter qu’il y ait un individu qui soit désigné, même si son parti à le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale, comme c’est le cas et que l’on appellerait chef de l’opposition. Pour nous, la question ne se poserait même pas. Il est évident que si un parti a plus de députés et si nous étions un pays où les choses se passeraient très bien, où les résultats étaient sérieux et où les députés ne sont pas distribués, les choses iraient toutes seules. On n’a pas besoin de bureaucratiser ça, de prendre un décret pour nommer le chef de l’opposition. Nous avons été indignés. En France, les Républicains ont le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale, pour autant le président de ce parti n’est pas le chef de l’opposition ! Quant au mémorandum signé, j’en ai entendu parler, mais je n’en sais rien.  Je ne l’ai pas lu. Je ne me peux pas l’apprécier ni le juger. Je me demande pourquoi un mémorandum de l’opposition? Dans tous les cas, c’est peut-être parce que celui qui a organisé ça savait que nous ne reconnaîtrions pas cette forme d’opposition que nous n’avons pas été appelés. Quand on veut réunir le gens, on les appelle !

Propos recueillis par
Albert S. MIANZOUKOUTA et
Cyr Armel YABBAT-NGO

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