Opposition congolaise : Une nouvelle alliance politique voit le jour sur un chapelet de bonnes intentions

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Face aux multiples échecs essuyés par différentes plateformes nées dans le feu du combat pour le respect de l’ordre constitutionnel en 2015, l’opposition congolaise réunie autour de Pascal Tsaty-Mabiala vient de sceller l’alliance d’une nouvelle ère politique par la signature, le 23 juin 2018, d’un mémorandum. Ce projet fédérateur minimal sous-tendra désormais son action politique. La nouvelle  plateforme de l’opposition a été portée sur les fonts baptismaux par onze partis politiques.

La surprise, comme toujours, est venue de La Chaîne de Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou qui n’a pas paraphé le document. Son parti a participé aux travaux préparatoires de cette cérémonie, mais s’est éclipsé du Palais des congrès ensuite.
Pour Pascal Tsaty-Mabiala, si hier les égoïsmes des hommes et femmes politiques les ont éloignés du devoir de construire une opposition organisée et disciplinée, aujourd’hui ce n’est plus le cas. «Cette première étape de notre combat politique est l’œuvre de tous ceux qui, comme par sursaut d’orgueil, ont décidé de quitter le fatalisme pour porter le rêve d’une alternance démocratique encore possible», a-t-il précisé. Selon lui, «plutôt que de camper dans les lamentations quasi obsessionnelles, notre conviction est de croire en la possibilité d’un autre destin, celui de l’émergence d’un Congo nouveau, un et indivisible qui fut le rêve des pères fondateurs de la République. C’est notre challenge. Ce jour, contre toute attente et déjouant tous les mauvais augures, nous voici enfin rassemblés autour d’un idéal partagé, celui d’offrir à notre pays d’autres perspectives. De nombreux Congolais pourraient s’interroger sur les mobiles d’un mémorandum de l’opposition qui, aux yeux des sceptiques, ne serait ni plus, ni moins qu’une activité de trop après l’appel historique de Diata de juillet 2015 qui en son temps avait galvanisé nos militants. La réponse à cette préoccupation me paraît simple, tant l’opposition congolaise pêche souvent par un défaut de projet fédérateur minimal qui sous-tende son action politique. C’est la raison pour laquelle il nous a paru nécessaire de proposer ce vade-mecum à l’effet d’aplanir les sentiers rocailleux de notre longue marche», a fait remarquer Pascal Tsaty-Mabiala.
Constituée par l’ensemble des partis politiques ne soutenant pas l’action du Gouvernement, l’opposition congolaise s’est donnée la mission d’assurer une alternance démocratique dans le pays. De ce fait, elle entend être une alternative politique crédible à la majorité présidentielle, et ce, dans la perspective des prochaines élections présidentielles; réaliser l’unité et la cohésion de l’opposition; exercer les prérogatives dévolues à l’opposition; contribuer à la consolidation de la paix et de la démocratie; participer à l’animation de la vie politique et du pluralisme démocratique; renforcer l’image de l’opposition à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Résolument engagés sur la voie de la restauration de la démocratie, de la justice et de la défense des libertés fondamentales, les partis signataires de ce mémorandum ont réaffirmé leur engagement à lutter pour la mise en place d’une gouvernance électorale fiable et équitable. Pour cela, ils ont exigé la refonte du fichier électoral à travers un recensement administratif spécial qui s’appuierait sur les données du recensement général de la population et de l’habitat de 2008; la mise en œuvre de la carte biométrique en 2021; la réécriture de la loi électorale de 2001; la réalisation d’un découpage électoral équitable; l’autonomisation administrative et financière de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI); le renouvellement de la CNEI; le renforcement des moyens de lutte contre la fraude et la nomination, par le bureau de la CNEI des membres des commissions locales; le renforcement exclusif des opérations préélectorales et électorales par la CNEI; le plafonnement des dépenses de campagne électorale; la révision à la baisse du montant des cotisations pour les élections présidentielles, législatives, sénatoriales et locales.
L’opposition congolaise a demandé au Gouvernement le transfert effectif des compétences de l’Etat vers les collectivités locales; la dotation d’un financement adéquat au profit des collectivités locales; l’intégration, dans la législation nationale, des dispositions de la charte africaine des valeurs et les principes du service public et de l’administration et de la charte africaine des valeurs et principes de la décentralisation, de la gouvernance locale et du développement local; la réécriture et l’adoption de la norme administrative de gestion axée sur les résultats.
En outre, elle dit vouloir œuvrer pour la restauration de l’état de droit à travers la décrispation de la situation politique et le respect des libertés publiques. A ce titre, l’opposition exige la libre circulation des leaders de l’opposition; l’organisation des procès équitables des responsables politiques placés en détention préventive prolongée;  la liberté d’accès des responsables de l’opposition aux médias publics; la liberté d’expression des opinions des responsables politiques de l’opposition;  la liberté des réunions et des manifestations; la levée des barrières sur toute l’étendue du territoire national; le rétablissement de la confiance entre les acteurs politiques, les personnes et la société civile.  
Après la signature de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités du 23 décembre 2017, ces leaders ont espéré que le processus de pacification ainsi enclenché conduise le département du Pool à une paix durable et définitive. Pour cela, ils ont demandé que soient lancés l’opération de réinsertion des ex-combattants; l’implication de l’opposition aux opérations de démobilisation, d’insertion et de réinsertion des ex-combattants; l’indemnisation des populations sinistrées du département du Pool; la mise en place des comités de pacification dans les districts; la prise en charge psychologique des populations traumatisées par les affres de la guerre; le rétablissement de la confiance entre les acteurs politiques, le Gouvernement et la société civile.
Conscient du fait que les finances sont gérées de façon peu orthodoxe, ces partis exigent le respect par le Gouvernement des règles de l’orthodoxie financière; la reprise du trafic sur le CFCO; la lutte contre les antivaleurs; la réduction du train de vie de l’Etat et le suivi des négociations avec le FMI et de l’exécution du programme qui en résulte. Aussi, entendent-ils œuvrer, dans le cadre du pacte républicain, à la préservation de la conscience républicaine et participative; la proposition d’un opuscule contenant les valeurs fondamentales servant de socle républicain engageant la majorité et l’opposition.
Enfin, ces leaders ont exprimé leur détermination à œuvrer pour l’aboutissement et la défense des engagements contenus dans leur mémorandum qui reste ouvert aux partis politiques qui se reconnaissent de l’opposition politique «sans conflits d’intérêts, de quelque manière que ce soit».

Cyr Armel
YABBAT-NGO

Informations supplémentaires