Après la condamnation de Me Mbemba et les détentions d’Okombi Salissa et Paulin Makaya : C’est le tour de leurs partis d’être frappés

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Un malheur ne vient jamais seul, affirme le dicton. C’est vrai! Trois des leaders de l’opposition dont Jean-Martin Mbemba, président de l’Union pour le progrès (UP) condamné par contumace à 10 ans d’emprisonnement ferme, André Okombi Salissa, président de la Convention pour l’action, la démocratie et le développement (CADD), ainsi que Paulin Makaya, président du parti Unis pour le Congo (UPC), en détention à la DGST et la Maison d’arrêt centrale ont vu leurs formations politiques ne pas être reconnues par la direction générale de l’Administration du territoire. Double peine ou sanction politique?

 

André Okombi Salissa est connu pour ne pas avoir sa langue dans la poche. Il avait l’habitude d’interpeller vigoureusement la classe politique en général, et le PCT, en particulier. Le fond de ses propos appelait l’attention du lecteur sur le malaise rampant au sein du principal parti de la majorité présidentielle, après son dernier congrès extraordinaire.
Par le verbe d’André Okombi Salissa, le CADD-MJ (jeunesse) opposait un «niet» absolu à toute demande de dissolution adressée par le PCT. Cependant, le Mouvement et son Président Coordonnateur réaffirmaient leur soutien au Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, tout en rappelant qu’ils sont, avant tout et en dernier ressort, des défenseurs de la démocratie, contre tout et contre tous.
Plusieurs fois ministre du président Sassou-Nguesso de façon ininterrompue entre 1997 et 2012, André Okombi Salissa, voulait incarner la ligne du renouveau avec les autres membres. Débarqué du Gouvernement en 2012 à cause sans doute de sa liberté d’expression, l’ancien député élu de Lékana s’exile volontairement en France pendant presqu’un an, tout en tenant un discours allant dans le sens du respect de la loi fondamentale du pays. Discours et positions qui agacent l’instance dirigeante du pays et du parti ne voyant en cela que le fruit d’une frustration.
Avec son refus réaffirmé de faire disparaître son CADD-MJ pour le fondre dans le PCT, Okombi Salissa glisse, dès 2014, vers l’opposition congolaise, largement hostile au changement de la loi fondamentale du pays. Il crée, à cet effet avec un autre ancien collègue du Gouvernement, le ministre Parfait Brice Kolélas, lui aussi rejoignant les rangs de l’opposition pour les mêmes raisons, la plate-forme IDC pour la défense et le respect de l’ordre constitutionnel. Il en est même le coordonnateur. Im finit par faire vraiment de l’ombre, en se portant candidat à la présidentielle de mars 2016.
Unis pour le Congo (UPC) est le parti de l’opposant Paulin Makaya, diplômé en sociologie politique de l’Université Marien Ngouabi ainsi qu’en Communication et Management de l’Université de Westminster à Londres. En 1991, il devient le proche collaborateur de l’opposant historique Bernard Kolélas, président fondateur du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) auprès de qui il fait ses classes en politique. Il entre d’abord au Bureau exécutif du MCDDI en qualité de secrétaire national chargé de la culture de paix et de l’unité nationale. Dans cette fonction, il œuvre à la pacification du pays après les troubles qui l’ont secoués au lendemain de l’élection présidentielle de 1992.
À l’issue de la guerre civile de 1997, il part en exil. Tout d’abord à Kinshasa, puis au Gabon, au Bénin, au Mali et en Côte d’Ivoire avant de s’installer, en janvier 2002, au Royaume-Uni. En 2007, lorsque Bernard Kolélas, de retour d’exil par amnistie présidentielle, amorce un rapprochement politique avec Sassou Nguesso et le Parti congolais du travail (PCT), Paulin Makaya prend ses distances avec lui. Puis, crée le parti UPC en 2011.
Arrêté le 23 novembre 2015 et gardé à vue pendant plus d’une semaine au commissariat central de police du centre-ville avant d’être déféré devant le procureur de la République qui l’avait incarcéré à la maison d’arrêt, Paulin Makaya aurait pu retrouver la liberté, après avoir purgé toute sa peine. Mais, il est encore poursuivi pour une autre affaire, celle liée à une évasion sanglante à la maison d’arrêt de Brazzaville, le jeudi 29 décembre 2016. Dans cette seconde affaire, le jugement a commencé. Il est accusé de complicité d’évasion.
Homme politique depuis le début des années 1990, Jean Martin Mbemba est quant à lui et avant tout un célèbre avocat. Il est le président de l’Union pour le progrès (UP), parti qu’il a créé en 1991. Il a servi dans le Gouvernement de transition 1991-1992 en tant que ministre de la Justice. Plus tard, sous la présidence de Denis Sassou Nguesso, est ministre du Travail et de la sécurité sociale de 1997 à 1999, ministre de la Justice de 1999 à 2005 et ministre d’État à la Fonction publique et à la Réforme de l’État de 2005 à 2009. Depuis octobre 2009 il était le président de la Commission nationale des droits de l’homme.
Jean Martin Mbemba et son parti ont soutenu Sassou Nguesso lorsque celui-ci a brigué un nouveau mandat à l’élection présidentielle de juillet 2009. En 2013, il fait l’objet d’une enquête de la Direction de la surveillance territoriale concernant des allégations de «possession d’armes de guerre et tentative de déstabilisation des institutions nationales». En signe de protestation, l’UP annonce le 19 juin 2013 qu’elle suspend sa participation à la coalition Rassemblement présidentiel majoritaire (RMP).
Jugé par contumace, il a été condamné à 10 ans d’emprisonnement ferme, par la Cour d’appel de Brazzaville.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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