Affaire Jean-Martin Mbemba : Le procès a révélé une histoire de trafic d’ossements humains qui n’implique pas l’accusé

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L’ancien ministre d’Etat et président de la Commission nationale des droits de l’homme, Jean-Martin Mbemba, en exil en France, est jugé par contumace à Brazzaville, depuis le 23 mai 2018 pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et détention illégale d’armes de guerre. Le procès qui n’intéresse pas trop les Congolais, contrairement à ceux qui ont précédé et impliqué deux généraux de l’armée, est entré dans sa phase des débats de fond.

Fait curieux, de ce procès est née une autre affaire qui a été révélée à la barre par l’un des co-accusés, Jean-Jacques Malela, celui du trafic d’ossements humains qui impliquerait, selon ses dires, l’ancien directeur administratif et financier d’Isidore Mvouba, à l’époque coordonnateur de l’action gouvernementale.

Peu d’engouement et un désintéressement du public. Tels sont les signaux visibles depuis le début de ce procès. La salle d’audience de la Cour d’appel qui, lors des procès des généraux Jean-Marie Michel Mokoko et Norbert Dabira affichait plein, est quasiment vide. Est-ce en raison de l’absence du principal accusé Jean Martin Mbemba?
Un procès sans enjeu, dirait-on. Dès son ouverture, les avocats de la défense ont soulevé une exception en s’appuyant sur un avis du groupe de travail des Nations-Unies du 25 avril 2015, notifiant que la détention des accusés était arbitraire et que, par conséquent, ils devaient être libérés et indemnisés. «Nous disons à la Cour que la présente affaire a déjà été jugée et ordonnons la mise en liberté de tous les détenus», a laissé entendre Me Edouard Maboya Nganga, un des avocats de la défense.
Les quatre co-accusés qui comparaissent sont en effet détenus depuis cinq ans à la Maison d’arrêt centrale de Brazzaville. Cette exception a été rejetée par la Cour à la grande satisfaction du ministère public et de la partie civile. A noter que le code de procédure pénale énonce que la détention préventive est de quatre mois, et deux mois supplémentaires de prolongation s’il y a besoin, mais pas plus.
Sur les sept co-accusés, seuls quatre sont devant la barre. Il s’agit du colonel Jean-Claude Mbango, de l’adjudant de gendarmerie Chrislain Ismaël Mabari, de Jean-Jacques Maléla et de Roland Fortuné Massamba. Ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs, atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et détention illégale d’armes et munitions de guerre. Un arsenal militaire, d’après la Cour, acquis et mobilisé dans le but de fomenter un coup d’Etat.
Mais ces armes n’ont jamais été placées sous scellé. Donc, «personne ne les a vues», se sont  s’indignés les avocats de Jean-Martin Mbemba qui considèrent que l’affaire n’a aucun sens. «C’est un procès politique», a argué l’un d’eux. A signaler que l’un des co-accusés, Eric Souami est décédé en prison. Quant à M. Samba Mountou, il a profité d’une liberté provisoire pour se faire soigner pour ne plus donner de ses nouvelles.
Les faits remonteraient à 2013, lorsque deux hommes réclamant une dette impayée se rendent chez le directeur administratif et financier de l’ancien coordonnateur de l’action gouvernementale. Il n’est pas chez lui ; les deux hommes agressent son épouse et lui arrachent ses téléphones. L’intéressé porte plainte et l’enquête révèle ensuite que ces deux jeunes sont des connaissances d’un membre du parti Union pour le progrès (UP) de Jean-Martin Mbemba. Quelques semaines plus tard, interviennent les six arrestations, dont celle du colonel Mbango, directeur départemental de la police du Pool.
Selon l’acte d’accusation lu par le greffier-audiencier à l’audience, Jean Martin Mbemba serait l’instigateur et le pivot central de ce coup d’État présumé. Dans l’arrêt de renvoi, il est précisé que Me Jean-Martin Mbemba nourrissait, depuis un temps, l’ambition d’accéder à la Magistrature Suprême à partir d’un putsch et aurait exprimé son ambition lors d’une réunion de son parti, l’Union pour le progrès.
Le deuxième jour du procès a été consacré à l’enquête de moralité des co-accusés qui ont tous clamé leur innocence et nié les faits qui leur sont reprochés. Tout a commencé avec le colonel Jean-Claude Mbango. Le vendredi 25 mai, c’était le tour de Jean-Jacques Malela, ancien chauffeur mécanicien du directeur administratif et financier de l’ancien locataire de la primature qui a fait des révélations fracassantes sur un trafic d’ossements humains. Il aurait été contacté par son chef qui lui avait commis une mission moyennant la récompense d’une somme de 13.000.000 F.Cfa. Le travail consistait à aller récupérer tard dans la nuit, c’est-à-dire vers 2 heures du matin, six cercueils au quartier l’Ombre, à La Base, embarqués dans un véhicule de commandement pour les déposer ensuite dans un cimetière après Bilolo où quelqu’un était posté pour les attendre.
Dans cette opération, Jean-Jacques Malela a fait comprendre à la Cour qu’il était accompagné par son épouse qui ne voulait pas le laisser sortir seul au milieu de la nuit sans savoir l’objet de la mission. Le lendemain, a-t-il poursuivi, «je suis allé voir le DAF pour lui demander mon argent. Il m’a fait attendre et m’a donné toutes sortes de raisons. J’ai insisté, je n’avais toujours rien».
Voilà comment, il se décide alors d’aller, selon lui, voir le défunt Anicet Pandou, alias Willy Matsanga, à qui il aurait expliqué l’affaire et aurait demandé de plaider pour lui auprès du DAF, afin qu’il lui donne son argent. Le défunt aurait pris attache avec le DAF qui lui aurait même remis une somme d’un million de F.Cfa en guise d’avance. «Il a retiré 400.000 F.Cfa pour sa commission et m’a donné 600.000 F.Cfa. Après, plus rien».
Lassé de la médiation de Willy Matsanga qui ne portait plus de fruits, il se décide alors de se raprocher, toujours selon lui, de M. Placide Lenga pour le même travail de médiation, puis de Mgr Anatole Milandou qui, dans cette affaire, sont cités comme témoins. N’ayant pas obtenu gain de cause, il conctate alors Roland Fortuné Massamba, un ex-ninja qui travaillait comme chauffeur à la Primature. Les deux décident d’aller au domicile du DAF qui, malheureusement, n’était pas sur place. Ils tombent sur sa femme et sa fille qu’ils menacent et leur ravissent les téléphones et prennent une somme de 900.000 F.Cfa. Mécontent, le DAF décide de porter plainte au motif qu’il venait d’être victime d’un braquage par des hommes encagoulés. L’enquête a permis d’arrêter le malfrat à l’aide du téléphone volé qu’il utilisait.
Devant la barre, l’accusé a reconnu une partie des faits. «Nous n’avions pas de cagoules ni d’armes. C’était à visages découverts. Je n’ai jamais vu de cagoule», a-t-il dit. Selon les dires des habitants du quartier Kinsoundi-Barrage, Malela n’était pas présent le jour de l’opération, mais les bandits étaient bel et bien armés.
Le lundi 28 mai, c’était le tour du DAF de venir s’expliquer à la Cour.

KAUD

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