Raymond Timothée Mackitha, président du Front Uni des Républicains Congolais (FURC) : «Un système pourri par l’argent n’œuvre pas à l’émergence de la démocratie»

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Le Front Uni des Républicains Congolais (FURC), parti situé à l’opposition républicaine, a soufflé ses 24 bougies. Raymond Timothée Mackitha, président de cette formation politique a saisi cette opportunité pour faire le bilan de l’action du parti et projeter des perspectives.


**Monsieur le président du FURC, votre parti a totalisé ses vingt-quatre ans d’existence quel bilan faites-vous de ses actions ? Et quelles sont les perspectives?
*Merci de passer nous voir ce jour d’anniversaire de notre parti: le FURC a été créé hors du Congo, par réaction à une façon de faire la politique depuis la proclamation de l’indépendance le 15 août 1960. Alors que la conférence nationale tenue du 25 février au 10 juin 1991 ouvrait une ère nouvelle au peuple congolais, les événements de novembre 1992 et la fratricide guerre dans les quartiers sud de Brazzaville entre les partisans de Bernard Kolelas et ceux de Pascal Lissouba, ramenaient le pays plusieurs décennies en arrière et prouvaient que les mentalités étaient figées avec un personnel politique qui ne s’était pas renouvelé. Le FURC fut créé par votre serviteur avec pour objectif principal de faire la politique autrement. D’abord proclamer que le FURC doit être un parti national. La déclaration de principes définit la cible principale de notre action: la lutte contre le tribalisme , fléau qui gangrène la société congolaise. Il traverse les années et les événements. Il fausse le jeu politique, développe le clientélisme et entraine l’exclusion de compatriotes compétents de l’action de développement du Congo. Lorsque le pays a de nouveau été ravagé par les démons de la violence en 1997 et 1998, le FURC s’est engagé avec d’autres forces politiques et de la société civile sur la place de Paris (France) à ramener la paix au Congo. Notre parti est dans l’opposition depuis sa création et n’a jamais figuré parmi les protagonistes des violences qui ont ensanglanté notre peuple. Nous avons organisé les états généraux de l’opposition en mai 2003 à Ronen en France, toujours à la recherche de l’unité et de la cohésion des forces progressistes. Le FURC a toujours été caractérisé par son ouverture, son esprit de tolérance et son respect des différences. En 2015, quand le pays s’est encore divisé sur la question du changement ou non de la Constitution du 20 janvier 2002, nous nous sommes rendus aux consultations organisées par le président Sassou, non pas pour retourner notre veste, mais pour dire notre point de vue que nous étions opposés au changement de la constitution et favorable à l’alternance. Au dialogue qui suivit à Sibiti, nous réitérons notre propos. Nous n’avons jamais cru que la violence soit la meilleure façon de faire évoluer les choses au sein d’une société. Nous avons présenté des candidats à l’élection présidentielle de 2009, aux législatives de 2012 et aux locales de 2014. La place donnée à l’argent dans le système politique congolais ne nous a jamais permis d’avoir des élus dans ces organes. Mais nous n’avons jamais cédé devant ces tares de ce système gangréné par la corruption. C’est sur le terrain juridique et en concertation avec toutes les forces vives de ce pays que nous allons réaliser les véritables évolutions dans la gouvernance électorale, économique et financière. Le Congo peut devenir un modèle de vertu à condition que le plus grand nombre en manifeste la volonté. Vous avez demandé les perspectives du parti. Notre ambition est de faire adhérer encore plus de congolais à la vision que nous portons depuis près d’un quart de siècle. La politique ne signifie pas le partage de postes et de la richesse entre des copains. Nous défendons la justice sociale par une véritable distinction du revenu national. Le respect des droits et libertés des personnes, une démocratie irréversible pour notre peuple et sa prospérité. La paix est précieuse, elle doit être soignée et perpétuellement garantie par les verrous que sont la méritocratie, la solidarité, la probité des dirigeants et l’éducation des citoyens. Le FURC veut s’implanter dans les douze départements de la république du Congo, croyez-moi on est en bonne voie.

**Dites-nous pourquoi votre parti ne parvient toujours pas avoir des élus ?
*Dans un numéro précédent de votre journal j’ai expliqué avec moult détails les causes de cet état de choses. Il s’agit de la Semaine Africaine N°3739 du vendredi 2 novembre 2017. La répétition étant la mère des études, je me résume en vous rappelant que notre système électoral donne un rôle de premier plan à l’argent, que cela porte sur le montant du cautionnement les frais de campagne ou sur la corruption et l’achat des votes. Il est temps de se ressaisir et d’assainir nos mœurs politiques et nos processus électoraux.

**Il y a aujourd’hui dans notre pays, une opposition institutionnelle dont Pascal Tsaty-Mabiala est le chef de file, et, une opposition extra-institutionnelle dans laquelle on retrouve pêle-mêle les différentes plateformes. Où se situe le FURC?
*Le FURC se trouve au sein du rassemblement que vous appelez l’opposition institutionnelle en compagnie de Pascal Tsaty- Mabiala. Il y a une seule opposition faite de plusieurs sensibilités, l’opposition congolaise est plurielle. Ce qui n’empêche pas que sur des questions d’intérêt national, elle se cherche des convergences et parle d’une seule voix. Je ne sais pas si c’est le terme «chef de file» qui fait pousser des urticaires à certains, le mot «coordonnateur» aurait mieux traduit le fonctionnement pratique de ce rassemblement. On a entendu dire que Tsaty-Mabiala donnerait des directives et le troupeau des autres partis obéirait. C’est une conception surannée de la collaboration. Pour vous donner un exemple: l’élaboration du mémorandum qui va constituer le socle du rassemblement est un modèle de concertation entre toutes les formations politiques parties. En outre les partis politiques conservent leur autonomie sur les questions non traitées ensemble. Il faut cesser avec des querelles byzantines qui nous empêchent d’avancer, ne nous trompons pas d’adversaire. L’avantage que représente la reconnaissance par la constitution de l’opposition n’est pas un obstacle à une action convaincante de l’opposition.

**Le Congo vient de signer un accord avec le FMI, quels sont pour vous les véritables enjeux de cet accord?
*Il y a d’abord une évidence, celle que la signature d’un accord entre le gouvernement congolais et le FMI est une bonne nouvelle, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure. Dans les réseaux sociaux, dans la presse écrite, des personnes prescrivaient l’échec des négociations entre le Fonds monétaire international et le Congo. A-t-on vraiment réfléchi sur les conséquences d’une telle hypothèse ? L’aggravation de la misère sociale des ménages, l’hécatombe des retraités, des fins de mois difficiles pour les salariés, la fermeture des entreprises privées. L’aggravation du chômage, l’accumulation des malheurs dans le pays. Il y a des moments où dans l’histoire d’un peuple les querelles doivent s’estomper et où le peuple doit se serrer les coudes. C’est cela la solidarité nationale. Bien sûr cela n’absout pas la mauvaise gestion à l’origine de la crise. Mais il ne faut pas se réjouir des souffrances du plus grand nombre. Si le conseil d’administration du FMI entérine cet accord, les vrais enjeux porteront sur l’usage scrupuleux que les Congolais feront des fonds qui nous seront prêtés.

**Qu’est-ce que le Congo doit faire pour éviter les dérives budgétaires?
*Le Congo est une république dotée d’institutions, notamment d’un pouvoir exécutif. L’administration est régie par différents départements ministériels au sein desquels de hauts fonctionnaires et des experts en gestion financière sont placés au service de la collectivité nationale. Nous ne pouvons que rappeler les grands principes de l’orthodoxie administrative. Lorsque le budget est voté, les opérations de recettes et de dépenses sont effectuées selon les règles de gestion précises. Un corps d’inspecteurs de finances veille scrupuleusement sur la véracité des comptes. La cour des comptes et de discipline budgétaire contrôle la conformité des résultats aux prévisions macro-financières initiales. Les contrôles administratifs profitent des investigations d’une commission nationale de lutte contre la corruption. Les rapports de ces organes adressés au procureur de la République devraient permettre le déclenchement des contrôles judiciaires. Il faut ajouter à cet arsenal les contrôles parlementaires si cela s’avère nécessaire. Il existe tout un dispositif de contrôle de la comptabilité publique. Mais il ne peut être efficace que si son personnel est hautement qualifié et compétent, et aussi dévoué au service de l’Etat. Les détournements des deniers publics, l’enrichissement illicite, prouvent que ces organes sont pour le moment dépourvus de ces vertus morales et des compétences requises.

Propos recueillis par
Pascal AZAD DOKO

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